Balle perdue pour Karin Keller-Sutter
Trump s'attaque encore à la Suisse et fait vaciller l'accord douanier

Alors que la Suisse négocie encore son accord douanier avec Washington, Donald Trump se moque de Karin Keller-Sutter. La Suisse est-elle devenue le nouvel ennemi des Etats-Unis?
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La Suisse et les Etats-Unis entretiennent une relation difficile sous la présidence Trump.
Photo: keystone-sda.ch
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Sven Altermatt et Tobias Bruggmann

C'est un véritable casse-tête. La Suisse vient tout juste de conclure un accord tarifaire avec le président américain Donald Trump à la mi-novembre 2025. Cet accord avait été annoncé par le représentant au commerce, Jamieson Greer, lors d'une interview télévisée. Désormais, au lieu de 39%, nous ne payons que 15% de droits de douane. 

Mais la Suisse n'est pas encore tirée d'affaire. A présent, la lettre d'intention de Washington doit devenir contractuelle et le temps presse. L'accord doit être finalisé d'ici le 31 mars, faute de quoi des droits de douane plus élevés seront de nouveau appliqués. 

Dans le même temps, Trump ne manque aucune occasion de s'en prendre à la Suisse et à la ministre des Finances, Karin Keller-Sutter (PLR). La Suisse est-elle devenue l'ennemi de Trump? Ou tout cela n'est-il qu'une tactique?

Trump insulte autant qu'il flatte

Durant l'été, peu avant l'expiration du délai douanier, une conversation téléphonique semble avoir durablement contrarié le président américain, du moins c'est ce qu'il affirme publiquement. Lors du Forum économique mondial (WEF) à Davos en janvier, le président américain a critiqué la conseillère fédérale. Il a déclaré qu'elle l'avait agacé et que, lors de cet appel téléphonique, elle l'avait «supplié» de baisser les droits de douane. Il a rapporté ses propos: «Non, non, vous ne pouvez pas faire ça – je vous en prie, ne le faites pas, nous sommes un petit pays.» 

Trump n'a visiblement pas gardé un bon souvenir de sa visite à Davos. A Washington, il a déclaré que la Suisse «s'auto-détruit». Et mercredi matin, il a une nouvelle fois critiqué le prétendu déficit commercial et mentionné la fameuse conversation téléphonique. Il affirme avoir parlé à la «première ministre»: «Je n'arrivais pas à raccrocher.»

Des négociations en cours

Quelles conséquences auront ces déclarations sur les négociations avec la Suisse? Des pourparlers sont en cours, mais quelle que soit l'entente entre les négociateurs, c’est Trump qui tranchera.

En coulisses, on reste zen. Cette démonstration de force de Donald Trump est une tactique bien connue, d’autres chefs d’Etat y ont déjà été confrontés. Le refus du président américain de mentionner publiquement le nom de Karin Keller-Sutter est une «vieille ruse psychologique», nous confie une source. Les attaques de Trump contre la Suisse font partie de son style de négociation, nous explique une autre personne proche du dossier. «Ce serait une erreur de réagir par l’indignation publique.» Lors de leur rencontre au WEF, Trump a fini par faire l'éloge de Karin Keller-Sutter: «Vous êtes coriace, coriace, coriace.»

Tensions autour de la Pharma

La lettre d'intention stipule une réduction générale des droits de douane sur les produits américains. Outre les produits industriels, la Suisse fait également des concessions aux Etats-Unis concernant le poisson et les fruits de mer. Les importations de ces produits ne représentent qu'une faible menace pour l'agriculture suisse, notamment du fait de l'absence d'accès à la mer. Par ailleurs, la Suisse accorde des contingents tarifaires sur le bœuf, le bison et la volaille.

Pour Donald Trump, cependant, les 200 milliards de dollars que les entreprises suisses prévoient d'investir aux Etats-Unis revêtent une importance presque encore plus grande. Dans les semaines qui ont suivi l'annonce de cet accord, la question du prix des médicaments a également pris de l'importance. Trump souhaite les voir baisser aux Etats-Unis. La Suisse compte deux grands groupes pharmaceutiques aux Etats-Unis: Roche et Novartis.

D'après le Tages-Anzeiger, information corroborée par Blick, la question devrait être abordée lors des négociations. Toutefois, une hausse des prix aux Etats-Unis risque d'entraîner une augmentation des prix en Suisse. La Confédération a mis en place un groupe de travail chargé d'étudier ce problème.

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