«Nous voulons des prix des médicaments plus élevés qu’aux Etats-Unis». La phrase circule en coulisses, rapportée par un participant à une discussion confidentielle. La citation provient de la première réunion du groupe «Lifesciences-Stand», mis en place par le président de la Confédération et ministre de l'Economie Guy Parmelin ainsi que par la ministre de la Santé Elisabeth Baume-Schneider.
Le groupe de travail a pour objectif de garantir les «meilleures conditions–cadres possibles» pour les sciences de la vie et l’industrie pharmaceutique en Suisse. Dans les faits, la démarche étonne: jamais la politique fédérale n’avait, selon des observateurs, répondu aussi directement aux attentes d’une seule branche.
Autour de la table figurent des représentants des départements compétents, des cantons, ainsi que deux délégués de l’industrie pharmaceutique, chacun accompagné d’un suppléant, selon des sources. Une configuration qui garantit la présence permanente des poids lourds Roche et Novartis.
Le groupe s’est déjà réuni à deux reprises, un rythme révélateur de l’urgence. Du point de vue de la branche pharmaceutique, les principaux points de discussion sont clairs: augmentation des prix des médicaments en Suisse, accès aux études cliniques, baisse des impôts et des prix de l'énergie, réduction de la réglementation et de la bureaucratie, procédures d'autorisation plus rapides, numérisation, accès aux données des patients et coopération dans la recherche.
Le facteur Trump met le feu aux poudres
Selon la Confédération, le groupe de travail doit certes examiner, dans une «approche globale», tous les facteurs qui influencent le site pharmaceutique. Le thème principal reste toutefois le prix des médicaments, depuis que le président Donald Trump a clairement fait savoir qu'il souhaitait faire baisser les prix aux Etats-Unis.
Selon les chiffres de l'OCDE, les Américains paient actuellement 1564 dollars de médicaments par an et par habitant. A titre de comparaison, ce montant s’élève à 1074 dollars en Suisse et à 1159 dollars en Allemagne. Le principe américain du «Most Favored Nation» prévoit d’aligner les prix américains sur les prix plus bas pratiqués dans les principales économies – Suisse et Danemark incluses.
Conséquence: panique en coulisses. Les entreprises pharmaceutiques comme Roche et Novartis ont intérêt à ce que les prix augmentent dans les pays de comparaison, afin que la baisse aux Etats-Unis soit moins marquée. C'est pourquoi elles font pression sur le monde politique. En Suisse, cette pression s’exerce principalement sur l'Office fédéral de la santé publique, qui réglemente les prix des préparations soumises à prescription.
Si les responsables politiques ne suivent pas, les groupes disposent d'un instrument puissant: ils peuvent retarder la mise sur le marché de nouveaux médicaments en Suisse, voire renoncer à les commercialiser. Le chiffre d'affaires perdu est alors un moindre mal par rapport à une baisse des prix américains. Les victimes de ce rapport de force sont les patients, qui risqueraient de ne plus bénéficier des traitements les plus récents.
Le salaire du CEO de Novartis «n'aide pas»
Cette situation existe toutefois déjà en partie aujourd'hui: en Suisse, seuls 47% des médicaments les plus récents sont remboursés par les caisses. En Allemagne, plus flexible à cet égard, cette proportion dépasse les 90%. Le patron de Roche, Thomas Schinecker, a récemment indiqué qu'un nouveau médicament contre le cancer du sein pourrait ne pas être introduit pour les patientes suisses.
Les 25 millions de francs encaissés en 2025 par le CEO de Novartis, Vas Narasimhan, constituent également une démonstration de force. «Cela n'aide pas dans les discussions», avertit le dirigeant d'une autre entreprise pharmaceutique suisse.
La pression sur le secteur n’a pas attendu le début du deuxième mandat de Trump pour être élevée. Selon une étude, la Suisse a reculé au troisième rang, à égalité avec le Danemark, dans le classement des sites les plus compétitifs, derrière les Etats-Unis et l'Irlande. «D'autres espaces économiques ont rattrapé leur retard et ont parfois dépassé la Suisse. Si nous voulons continuer à avoir du succès, nous devons redoubler d'efforts», déclare Stephan Mumenthaler, directeur de l'association Scienceindustries. «C'est pourquoi nous saluons le fait que la Confédération réfléchisse, en collaboration avec les cantons et l'industrie, à la manière de renforcer les conditions-cadres pour la Suisse».