«Ne pas y voir un échec»
Une experte conseille de démissionner en cas de mobbing

Experte dans le harcèlement au travail, Karin Rosatzin explique au «Beobachter» ce qu'il faut faire lorsqu'on se sent victime de mobbing. Et pourquoi il faut tout connoter dans un cahier.
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Le harcèlement au travail est une douce descente aux enfers (photo prétexte).
Photo: Shutterstock
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Katharina Siegrist
Beobachter

C'est la pause de midi. Tout le monde se lève et personne ne demande si l'on veut se joindre au reste de l'équipe pour manger. Des informations ne sont pas communiquées, on entend des rumeurs, des rires derrière le dos. Les remarques peuvent avoir un double sens. Et les plaisanteries en sont-elles vraiment? Le harcèlement au travail est une douce descente aux enfers. Forte de 30 ans d'expérience dans le domaine des ressources humaines, dont 10 spécifiquement dans le harcèlement moral, Karin Rosatzin explique au «Beobachter» comment ne pas sombrer.

Karin Rosatzin, les personnes concernées se disent souvent: «Pourquoi moi? Qu'est-ce que j'ai fait de mal?»
C'est malheureusement le cas. Les victimes se sentent souvent responsables. Or, le harcèlement moral est généralement le résultat de plusieurs facteurs défavorables qui se combinent. Une direction incompétente, par exemple, des responsabilités mal définies, une forte pression temporelle ou une culture d'entreprise où les remarques désobligeantes ne sont pas dénoncées et où les conflits sont passés sous silence.

Un article du «Beobachter»

Cet article a été publié initialement dans le «Beobachter», un magazine appartenant à Ringier AG, éditeur de Blick.

Cet article a été publié initialement dans le «Beobachter», un magazine appartenant à Ringier AG, éditeur de Blick.

La «victime type de mobbing» n'existe donc pas?
Non. Cependant, le risque augmente lorsqu'une personne se démarque trop, d'une manière ou d'une autre, ou se comporte différemment du reste du groupe. Mais cela n'a rien de négatif en soi. Par exemple, une personne particulièrement engagée ou axée sur la performance au sein d’une équipe qui se contente toujours de faire le strict minimum peut devenir une cible. Mais malheureusement, cela vaut aussi pour les employés qui traversent une période de vulnérabilité particulière, par exemple après une maladie ou dans une situation personnelle difficile. Ce qu’il faut retenir, c’est que la victime n’est pas responsable. La responsabilité incombe uniquement aux auteurs.

Quelles peuvent être les conséquences du mobbing?
Le corps réagit généralement en premier: maux de tête, problèmes gastriques ou troubles du sommeil. Sur le plan psychologique, cela entraîne une profonde insécurité et des dépressions pouvant aller jusqu'au syndrome de stress post-traumatique. La vie privée souffre également énormément de ces pensées négatives. Le harcèlement moral doit donc toujours être pris au sérieux, tant par les personnes concernées que par les employeurs. Sinon, cela peut entraîner de longs arrêts de travail.

Que conseillez-vous à quelqu'un qui en est victime?
Réagissez sans tarder! Dès que vous trouvez une situation étrange ou que vous avez le sentiment que quelque chose ne va pas, interpellez directement la personne qui en est l'auteure. Si vous ne réagissez pas, vous risquez de laisser un comportement inapproprié devenir la norme. Et généralement, la situation ne fait qu'empirer.

Que faire si la discussion n'apporte aucune amélioration?
Il convient alors d'en informer ses chefs et de leur demander de l'aide. Si le supérieur hiérarchique fait lui-même partie du problème, il faut s'adresser à un échelon au-dessus ou aux RH. Si cela ne donne aucun résultat, il faut faire appel à une aide extérieure. Parallèlement, il est recommandé de tenir un journal relatant les faits de harcèlement.

Pourquoi?
Ce journal ne sert pas seulement de preuve dans le cadre d'une procédure judiciaire. Cela aide surtout à se sentir plus sûr de soi et à prendre du recul pour analyser la situation: que s'est-il passé et à quelle date? Qui était présent? Y avait-il des témoins? Souvent, le regard extérieur d'amis ou de membres de la famille aide également à vérifier sa propre perception des faits

Quelles sont les chances qu'une victime de mobbing soit entendue?
Cela dépend de chaque cas particulier. Si les discussions ne permettent pas d'améliorer la situation, il est possible de déposer une plainte pénale pour harcèlement moral auprès de l'employeur et de lui rappeler son devoir de diligence. Malheureusement, cette voie juridique n'apporte souvent pas ce que les personnes concernées souhaitent, à savoir une forme de justice. A moyen terme, la démission est alors souvent la solution la plus judicieuse. Il ne faut pas y voir un échec, mais plutôt un acte de responsabilité personnelle et de bien-être personnel, afin de reprendre le contrôle de sa propre vie et de pouvoir à nouveau trouver de la joie au travail.

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