Le Tour du Mont-Blanc est victime de son succès. Chaque année, quelque 80'000 personnes parcourent les près de 170 kilomètres de ce circuit qui traverse la France, l’Italie et la Suisse. Face à l’affluence et à son impact sur la nature et les habitants, le maire de Saint-Gervais-les-Bains (F), commune située sur l’itinéraire, veut imposer dès le printemps prochain des réservations dans les refuges, ainsi que des contrôles et des sanctions.
Si la France décide de durcir les règles, une question se pose naturellement: la Suisse va-t-elle suivre le mouvement? Pour l’heure, aucune mesure comparable n’est prévue. Mais de nombreux sites touristiques et sentiers de randonnée helvétiques sont eux aussi confrontés à une forte affluence.
Que va faire la Suisse?
Le lac d’Oeschinen, dans l’Oberland bernois, en est un exemple. La réservation est déjà obligatoire pour l’accès à la zone située autour du lac. Du 20 juin au 20 septembre, randonneurs et visiteurs doivent disposer d’un billet réservé à l’avance.
La commune de Lauterbrunnen (BE) est elle aussi confrontée à la surfréquentation de la célèbre cascade de Staubbach. Selon le président de la commune, un système de péage installé devant la cascade pourrait à l’avenir contribuer à désengorger le site. Avant cela, un filet de protection de 60 mètres de long doit toutefois être installé. Une fois ces travaux réalisés, la commune pourrait théoriquement mettre en place un droit d’entrée.
D’autres solutions sont également à l’étude. La galerie rocheuse existante pourrait être prolongée jusqu’à la cascade et un nouveau sentier à travers le massif pourrait être aménagé. La circulation devrait par ailleurs être améliorée grâce à l’élargissement de la route cantonale et à la construction prévue d’un parking souterrain.
«C’est hors de question pour nous»
La randonnée des 5 lacs au Pizol, dans le canton de Saint-Gall, est un autre itinéraire qui connaît un succès grandissant. Mais pour Johanna Burgener, responsable marketing au Pizol, aucune restriction n’est nécessaire pour le moment. La randonnée des 5 lacs n’est en effet pas le seul itinéraire très fréquenté de la région, ce qui permet de mieux répartir les visiteurs.
Les infrastructures, notamment le nombre de places de parking et la fréquence des transports publics, contribuent également à réguler l’affluence. «Nous sommes bien sûr conscients de la popularité de la randonnée des 5 lacs et nous surveillons de près le comportement des randonneurs, notamment avec l’aide des gardes forestiers de la commune, qui veillent aussi à la propreté», explique Johanna Burgener.
La sécurité sur les sentiers fait également l’objet d’une surveillance régulière. Pour l’instant, il n’est toutefois pas question d’instaurer un nombre maximal de visiteurs. Même situation à Stoos, dans le canton de Schwytz. C’est surtout la randonnée sur la crête du Fronalpstock qui attire les foules lors des journées de forte affluence. Les exploitants ne jugent cependant pas nécessaire d’imposer une réservation ou de limiter l’accès.
«Nos visiteurs doivent pouvoir décider eux-mêmes quels sentiers ils souhaitent emprunter et à quel moment. Pour ceux qui recherchent davantage de calme, Stoos propose des alternatives au sentier de crête, très fréquenté les jours de forte affluence», explique Rahel Stocker, responsable marketing à Stoos.
Un système de guidage vers les parkings
Dans le massif de l’Alpstein, en Appenzell Rhodes-Intérieures, la fréquentation de sites populaires comme le lac Seealpsee ou le restaurant Aescher est comparable à celle des étés précédents. La région constate toutefois un phénomène particulier cette année: les visiteurs ont tendance à décaler leurs activités vers la fin de la journée. Le canton reçoit par ailleurs régulièrement des retours positifs concernant les gardes-nature et les sacs-poubelle mis à disposition dans la région. Ces deux mesures ont été introduites en 2025 dans le cadre d’un ensemble de mesures visant à mieux gérer l’affluence.
Les mesures comprennent notamment la présence de gardes forestiers chargés d’informer et de sensibiliser les visiteurs, la distribution de sacs-poubelle ainsi que le maintien d’un système de signalement permettant aux habitants et aux visiteurs de faire part de leurs préoccupations.
De nouvelles mesures concernant le stationnement sont prévues pour le printemps 2027. Un système de guidage et de réservation des places de parking est notamment envisagé. «Tant la législation concernant le stationnement touristique que celle relative au camping avec des tentes et des camping-cars sont actuellement en cours d’élaboration par le Département de la justice, de la police et des affaires militaires», précise le canton.
«Nous ne pouvons pas exclure une multiplication des mesures ponctuelles»
Le Club alpin suisse (CAS) défend en principe le libre accès à la montagne. L’organisation reconnaît toutefois que la demande pour les activités en montagne a fortement augmenté ces dernières années. «En ce qui concerne les nuitées en refuge, notre objectif est d’équilibrer davantage le taux d’occupation entre les week-ends et les jours de semaine. Des propositions de solutions seront élaborées au cours de l’année prochaine», explique le CAS.
Remo Schläpfer, responsable de la communication au sein du CAS, estime également que de nouvelles mesures pourraient voir le jour dans certains endroits. «Nous n’excluons pas que des mesures de gestion ponctuelles se multiplient à l’avenir dans les lieux particulièrement fréquentés – comme c’est déjà le cas, par exemple, au lac d’Oeschinen avec le système de réservation en ligne de la télécabine», explique-t-il.
Ces mesures concerneraient toutefois principalement les sites très fréquentés et facilement accessibles au grand public. Les refuges disposent, eux, déjà d’une limite naturelle liée au nombre de places disponibles. «Une nuitée dans nos refuges n’est possible qu’avec une réservation valide», rappelle Remo Schläpfer.