Il y a un an, le 1er août 2025, Donald Trump frappait la Suisse d'un droit de douane de 39%. Une annonce qui avait provoqué un véritable choc pour les entreprises helvétiques.
Depuis, le dossier a connu de nombreux rebondissements. Si un tribunal américain a jugé ces droits de douane illégaux, le président américain n'a pas renoncé à sa politique commerciale. «Trump veut des droits de douane d'environ 10%. Pour cela, il invente sans cesse de nouvelles raisons», explique Richard Baldwin, professeur d'économie internationale à l'IMD de Lausanne.
Selon lui, les entreprises suisses doivent désormais s'adapter à cette «nouvelle réalité». «Les droits de douane sont toujours une question politique, mais dans le cas de Trump, il n'y a aucune justification économique», poursuit-il. A ses yeux, le président américain ne fait finalement que «monter un grand spectacle politique».
Depuis le 24 juillet, un droit de douane de 12,5% s'applique aux produits suisses. Les entreprises helvétiques paient ainsi toujours 2,5 points de plus que leurs concurrentes de l'Union européenne. Un an après le début de ce bras de fer commercial, Blick est retourné voir plusieurs PME déjà rencontrées l'été dernier. Comment ont-elles traversé douze mois de turbulences douanières avec les Etats-Unis?
Thomas Meier, directeur de Ricola
- Entreprise: Ricola Suisse SA, à Laufen (BL)
- Principaux produits: bonbons aux herbes
- Nombre d'employés: plus de 450
- Part des exportations vers les Etats-Unis avant l'instauration des droits de douane: 40%
Les Etats-Unis constituent le premier marché de Ricola. Dans une interview accordée à Blick fin mai, son directeur général Thomas P. Meier expliquait que les droits de douane avaient causé un préjudice de plusieurs millions de francs. Le fabricant de bonbons aux herbes a donc demandé le remboursement de ces montants aux autorités douanières américaines. «Nous nous attendons à recevoir prochainement les premiers remboursements», déclarait alors le dirigeant.
Malgré une hausse des prix d'environ 10%, Ricola n'aurait enregistré qu'un «recul étonnamment faible» de son activité. Plus d'un tiers de sa valeur ajoutée est réalisé aux Etats-Unis. «Nous expédions outre-Atlantique les produits semi-finis fabriqués chez nous en Suisse et les conditionnons sur place en plus petites unités destinées à la vente», explique Thomas P. Meier. Contactée par Blick, l'entreprise n'a pas souhaité indiquer si les premiers remboursements avaient depuis été versés.
Christoph Birchler, directeur de Maestrani
- Entreprise: Maestrani AG, basée à Flawil (SG)
- Principaux produits: produits alimentaires, chocolat
- Nombre d'employés: 160
- Part des exportations vers les Etats-Unis avant les droits de douane: moins de 10%
«L'année a été intense. Le plus grand défi a été l'incertitude, qui a rendu notre planification extrêmement difficile», résume Christoph Birchler, directeur de Maestrani. Selon lui, les droits de douane de 39% ont failli priver le fabricant des chocolats Minor et Munz de toute compétitivité sur le marché américain.
L'entreprise a toutefois pu limiter les dégâts grâce à des stocks bien remplis, même si les surtaxes ont pesé sur son activité. Comme d'autres sociétés suisses, Maestrani a demandé le remboursement des droits de douane et a déjà récupéré une partie des sommes versées.
Aujourd'hui, Christoph Birchler s'inquiète surtout de l'écart de traitement avec l'Union européenne. «Nous appelons les responsables politiques à continuer de s'engager de toutes leurs forces pour la Suisse.»
Tina Müller, directrice générale de Weleda
- Entreprise: Weleda, basée à Arlesheim (BL)
- Principaux produits: cosmétiques naturels et produits de santé
- Nombre d’employés: 2200 dans le monde
- Part des exportations vers les Etats-Unis avant les droits de douane: non communiqué
«Les droits de douane réduisent la rentabilité, créent de l'incertitude et compliquent la planification», résume Tina Müller, directrice de Weleda, dans un entretien accordé à Blick. Le fabricant de cosmétiques naturels a toutefois été moins touché que d'autres entreprises suisses, la majorité de ses exportations vers les Etats-Unis provenant d'Allemagne, soumise à des droits de douane moins élevés.
«Malgré tout, nous avons augmenté nos prix aux Etats-Unis en 2025 pour la première fois depuis sept ans», précise Tina Müller. Selon elle, les produits Skin Food ont désormais acquis un «statut culte» outre-Atlantique et continuent de très bien se vendre. Lorsque cela est pertinent, Weleda fait également fabriquer ses produits par un sous-traitant installé aux Etats-Unis.
Carl Elsener, PDG de Victorinox
- Entreprise: Victorinox, basée à Ibach (SZ)
- Principaux produits: couteaux de poche et de cuisine, montres et bagages
- Nombre d'employés: 2250 dans le monde, dont 1250 en Suisse
- Part des exportations vers les Etats-Unis avant droits de douane: plus de 20%
Pour Victorinox, les conséquences des droits de douane restent importantes. Son directeur général, Carl Elsener, indique que la part des exportations vers les Etats-Unis est tombée de 20% à 13% en un an. Malgré cette baisse, une délocalisation de la production n'était pas une option, les célèbres couteaux de poche misant sur leur fabrication suisse.
Victorinox a réclamé aux autorités américaines le remboursement de 4,5 millions de dollars de droits de douane. «Plus de 4 millions de dollars nous ont déjà été versés», précise Carl Elsener à Blick. L'entreprise continue toutefois de supporter un surcoût d'environ 30% sur ses exportations vers les Etats-Unis en raison des droits de douane sur l'acier et l'aluminium.
Adrian Steiner, directeur de Thermoplan
- Entreprise: Thermoplan, à Weggis (LU)
- Principaux produits: machines à café automatiques
- Nombre d'employés: plusde 500
- Part des exportations vers les Etats-Unis avant les droits de douane: plus de 30%
Pour Adrian Steiner, directeur général de Thermoplan, l'introduction des droits de douane a été «un véritable choc». «D'un seul coup, nous n'étions tout simplement plus compétitifs», explique-t-il. L'entreprise a subi un important préjudice financier, mais a choisi de partager le coût avec ses clients en prenant à sa charge la moitié des surcoûts.
Depuis, les clients ont demandé le remboursement des droits de douane. «Ils ont déjà pu nous en rembourser une grande partie», précise Adrian Steiner. Malgré la baisse des surtaxes, l'activité aux Etats-Unis reste toutefois morose. De cette année mouvementée, le dirigeant retient une leçon. «Les grandes puissances agissent de manière imprévisible.»
Tobias Gerfin, directeur de Kuhn-Rikon
- Entreprise: Kuhn Rikon, basée à Rikon (ZH)
- Principaux produits: poêles, ustensiles de cuisine, couteaux et accessoires de cuisine
- Nombre d'employés: 270
- Part des exportations vers les Etats-Unis: 20%
Lorsque Donald Trump a annoncé des droits de douane de 39% sur les produits suisses, Tobias Gerfin, directeur de Kuhn Rikon, a d'abord cru à une erreur. «En tant que physicien, je n'ai pu m'empêcher de sourire en voyant le calcul, mais malheureusement, Trump était sérieux», raconte-t-il.
Pour le fabricant de poêles, les conséquences ont été immédiates. Son équipe commerciale de Nashville, aux Etats-Unis, a dû faire face à une forte hausse de sa charge de travail, tandis que les consommateurs se sont tournés vers des produits meilleur marché. «Nous avons ainsi subi une perte significative de chiffre d'affaires et de marge en 2025», explique Tobias Gerfin. Même une hausse des prix de 20% sur le marché américain n'a pas suffi à compenser les effets des surtaxes.
Aujourd'hui encore, Kuhn Rikon s'acquitte de droits de douane compris entre 15% et 30%, notamment en raison des taxes supplémentaires sur les ustensiles de cuisine. L'entreprise a toutefois déjà récupéré la majeure partie des droits réclamés, soit plusieurs centaines de milliers de francs.
Gilles Robert, directeur général de MPS
- Entreprise: MPS Micro Precision Systems AG, Bienne (BE)
- Principaux produits: composants de haute précision pour l’industrie des semi-conducteurs et la technologie médicale
- Nombre d'employés: 560
- Part des exportations vers les Etats-Unis avant les droits de douane: 20 à 25%
L'incertitude qui continue de peser sur l'industrie préoccupe aussi Gilles Robert, directeur général de MPS. «Heureusement, la situation est aujourd'hui nettement meilleure, même si elle n'est pas optimale», observe-t-il.
L'entreprise n'a pas eu à supporter elle-même les droits de douane, ceux-ci ayant été intégralement répercutés sur ses clients. MPS n'a donc pas subi de préjudice financier majeur. Pour Gilles Robert, une seule chose est désormais certaine. «La seule constante est le changement permanent.»
Thomas Nägelin, directeur général de Fraisa
- Entreprise: groupe Fraisa de Bellach (SO)
- Principaux produits: outils de précision
- Nombre d’employés: 523
- Part des exportations vers les Etats-Unis avant les droits de douane: 8,5 % du chiffre d’affaires à l’étranger
Thomas Nägelin, directeur général du groupe industriel Fraisa, a choisi de répercuter intégralement les surcoûts liés aux droits de douane sur ses clients américains. Malgré cette décision, l'entreprise a perdu moins de clients qu'elle ne le craignait.
«Nous avons subi un préjudice financier limité en raison de la faiblesse du dollar américain», explique le dirigeant. Comme d'autres entreprises suisses, Fraisa a demandé le remboursement des droits de douane aux autorités américaines, mais n'a encore reçu aucun versement. Le groupe exporte directement de Suisse vers les Etats-Unis environ 30% de sa production.