Non, ce n’est pas un film d’espionnage, mais bien la réalité: 3,6 milliards de données de localisation ont pu être facilement obtenues par deux journalistes berlinois dans le cadre d’une vaste enquête internationale. Les emplacements ont beau être anonymes, leur précision permet de remonter jusqu’à l’utilisateur.
Les nuits passées toujours au même endroit, le même trajet emprunté chaque jour ou encore le quotidien dans un même lieu. Autant d’informations qui pointent le domicile et le lieu de travail d’un individu. Ajoutons à cela le chemin parcouru lors de la promenade du chien ou les parcs de jeu visités en famille et l’on obtient un «profil de vie». Ces profils de vie sont ce que les espions utilisent pour neutraliser, voire éliminer leurs ennemis.
Ici, les applications se chargent de ce travail en récoltant les données numériques qui seront ensuite revendues par des courtiers américains sous forme de listing comprenant, pour chaque internaute, latitude, longitude et réseau utilisé. La précision des informations est telle que l’on ne repère pas uniquement le bâtiment d’où émet le téléphone, mais carrément l’étage et même la pièce de l’appartement en question.
Problème de sécurité personnelle
Ingo Dachwitz et Sebastian Meineck, journalistes pour Netzpolitik.org, sont à l’origine de cette enquête menée conjointement avec le journal Le Monde et la Bayerischer Rundfunk. Ils ont obtenu les 3 milliards de données auprès du groupe américain Datastream. Couvrant deux mois de la fin de l’année 2023, il s’agit d’un échantillon gratuit pour promouvoir un abonnement mensuel qui garantit l’accès à de nouvelles localisations mises à jour en continu.
En étudiant les informations, Ingo Dachwitz et Sebastian Meineck ont facilement réussi à identifier certaines personnes en relevant par exemple leur lieu de travail. Ces personnes, totalement ignorantes du processus, ont été approchées dans ce documentaire.
Si le problème touche une multitude de profils variés, il est plus grave dans certains cas, comme celui de Basma Mostafa. Cette journaliste égyptienne s’est réfugiée à Berlin après avoir été arrêtée et torturée en raison de son métier. Cherchant la sécurité en Allemagne, elle se sent pourtant constamment suivie.
Elle découvre alors que son domicile ainsi que les lieux qu’elle fréquente avec ses enfants apparaissent dans la base de données récupérée par les journalistes d’investigation. A son niveau, le problème de la protection des données devient un problème de sécurité personnelle.
Question de survie
Pour Alexey, Dmytro et Svatislav, il s’agit même de survie. Ces trois anciens soldats ukrainiens utilisaient leur téléphone au front pour communiquer avec leurs familles et leurs proches. Ce lien a une double importance: d’une part, c’est la seule chose normale dans un quotidien en guerre, d’autre part, cela sert de motivation en leur rappelant ce pour quoi ils se battent.
Météo, shopping, jeux ou encore rencontres en ligne: 40 000 applications sont concernées par ce commerce de données, notamment de localisation. Peut-on échapper à cette surveillance sans aller jusqu’à détruire son téléphone? Pour limiter l’intrusion, il est possible de refuser aux applications l’accès à la localisation, voire de désactiver totalement le GPS du téléphone.
A noter que les connexions aux différents wi-fi peuvent aussi trahir la position des utilisateurs. La prochaine étape serait de ne pas utiliser les apps incriminées, mais le problème est si vaste que c’est difficile à mettre en place. Enfin, certains modèles de smartphone (comme ceux de la marque allemande Volla Phone ou de la française Murena) fonctionnent indépendamment de Google, dont les applications pompent nos données. L’inconvénient est l’impossibilité d’installer toutes ces apps utiles au quotidien.
Nous sommes donc coincés dans cette surveillance aussi désagréable qu’omniprésente, et ne pouvons compter que sur une hypothétique réglementation plus stricte de la protection des données. Pour l’instant, le dieu dollar favorise l’impunité des géants qui s’enrichissent aux dépens des internautes.
Météo, shopping, jeux ou encore rencontres en ligne: 40 000 applications sont concernées par ce commerce de données, notamment de localisation. Peut-on échapper à cette surveillance sans aller jusqu’à détruire son téléphone? Pour limiter l’intrusion, il est possible de refuser aux applications l’accès à la localisation, voire de désactiver totalement le GPS du téléphone.
A noter que les connexions aux différents wi-fi peuvent aussi trahir la position des utilisateurs. La prochaine étape serait de ne pas utiliser les apps incriminées, mais le problème est si vaste que c’est difficile à mettre en place. Enfin, certains modèles de smartphone (comme ceux de la marque allemande Volla Phone ou de la française Murena) fonctionnent indépendamment de Google, dont les applications pompent nos données. L’inconvénient est l’impossibilité d’installer toutes ces apps utiles au quotidien.
Nous sommes donc coincés dans cette surveillance aussi désagréable qu’omniprésente, et ne pouvons compter que sur une hypothétique réglementation plus stricte de la protection des données. Pour l’instant, le dieu dollar favorise l’impunité des géants qui s’enrichissent aux dépens des internautes.
Interdire les smartphones au front est donc impossible. Pourtant, la localisation des troupes est partagée par les applications utilisées pour se filmer ou échanger des informations. Lorsqu’un missile balistique détruit la base secrète où ils se cachaient pour envoyer des messages à leurs familles, les soldats ukrainiens se demandent si leur ennemi russe a eu connaissance du lieu en achetant les données de localisation.
L’enquête a mené les journalistes jusqu’en Floride, chez le courtier par qui les données personnelles ont pu être revendues à travers le monde. Ce dernier a brutalement éconduit les reporters, tout comme les différentes sociétés et applications participant à ce commerce hautement lucratif. Digne d’un thriller, mais bien réel, le documentaire Espionnés par nos apps retrace les étapes de l’investigation aux quatre coins du monde.
A regarder: ESPIONNÉS PAR NOS APPS, mardi 17 mars, Arte
Cet article a été publié initialement dans le n°11 de «L'illustré», paru en kiosque le 11 mars 2026.
Cet article a été publié initialement dans le n°11 de «L'illustré», paru en kiosque le 11 mars 2026.