Proposition radicale à Berne
Interdire les smartphones aux moins de 12 ans, l'idée choc de deux élus

Regina Durrer et Giorgio Fonio, du Centre, proposent d’interdire les smartphones aux moins de 12 ans. Cette mesure viserait à protéger à la fois les enfants et les parents.
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Une utilisation excessive des smartphones a des conséquences néfastes sur la santé de nombreux enfants et adolescents.
Photo: imago
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Ruedi Studer

Que ce soit pour discuter, jouer ou consulter les réseaux sociaux, le smartphone est devenu omniprésent dans la vie quotidienne. Beaucoup d’enfants possèdent leur propre appareil et l’utilisent chaque jour, souvent pendant plusieurs heures.

Cette pratique n’est pas sans conséquences: troubles du sommeil, difficultés de concentration à l’école, voire problèmes physiques et psychiques liés à une utilisation excessive. Chez les plus jeunes, les effets négatifs du smartphone inquiètent de plus en plus.

«Cette situation a des effets néfastes sur la santé physique et mentale des enfants et, indirectement, sur l’avenir de notre société», estiment le Tessinois Giorio Fonio et la Nidwaldienne Regina Durrer, tous deux conseillers nationaux du parti du Centre.

Une mesure radicale

Pour répondre à cette problématique, les deux élus proposent une mesure radicale: «Il faut interdire les smartphones aux enfants de moins de 12 ans!», clament-ils. Ils déposeront mardi 10 mars une intervention en ce sens au Parlement.

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La société a échoué, il appartient désormais à l’Etat de prendre ses responsabilités
Giorgio Fonio, Conseiller national du Centre
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Concrètement, leur texte demande l’interdiction de la vente de smartphones et d’abonnements mobiles aux mineurs de moins de 12 ans. Les fournisseurs devraient également être tenus de vérifier l’âge lors de la vente et d’activer des paramètres de protection adaptés aux enfants et aux jeunes.

Contrôle numérique de l'âge

Afin d’éviter que les enfants n’utilisent simplement les téléphones de leurs parents, les principales fonctions et applications devraient être protégées sur tous les appareils par un système de contrôle d’âge numérique. Les téléphones limités aux appels et aux SMS ne seraient toutefois pas concernés par cette interdiction.

«Nous voulons protéger les enfants des effets nocifs de l’usage du smartphone», explique Regina Durrer. Selon elle, les règles qui s’appliquent déjà à d’autres produits potentiellement dangereux pour la santé, comme l’alcool ou le tabac, devraient également s’appliquer ici.

«La société a échoué, il appartient désormais à l’Etat de prendre ses responsabilités et de limiter légalement l’accès aux smartphones, ajoute Giorgio Fonio. La priorité doit être le développement psycho-physique sain des enfants.»

Soulager les parents et les enfants

Les deux élus affirment vouloir soulager tant les parents que les enfants. Giorgio Fonio, père de quatre enfants âgés de cinq à douze ans, connaît bien la pression sociale inhérente au smartphone. «Plus ils grandissent, plus ils en veulent un, parce que beaucoup de leurs camarades en ont déjà», explique le Tessinois.

Jusqu’ici, il dit avoir tenu bon malgré les difficultés. «Une interdiction permettrait de fixer des règles claires pour les enfants comme pour les parents», martèle-t-il.

Selon Regina Durrer, une telle mesure offrirait aussi aux enfants la possibilité «d’être simplement des enfants». «Ils pourraient à nouveau occuper leur temps libre de manière plus créative, sans être constamment accrochés à leur téléphone.»

«Nous ne voulons pas d'un Etat de surveillance»

En tant que vice-rectrice de l’école professionnelle de Nidwald, elle constate elle-même l’influence importante du smartphone chez les jeunes. Dans son établissement, les élèves doivent remettre leur téléphone avant le début des cours. «Cette pratique est appréciée non seulement par les enseignants, mais aussi par les élèves, car elle apporte un certain apaisement», explique-t-elle.

Les deux politiciens reconnaissent toutefois qu’une interdiction pourrait être contournée. «Nous ne voulons pas instaurer un Etat de surveillance», précisent-ils. Mais, comme pour l’alcool ou le tabac, les fournisseurs et les parents doivent assumer leurs responsabilités.

Protéger les enfants des dérives en ligne

Cette proposition s’inscrit dans une série d’initiatives visant à mieux encadrer l’usage du numérique. L’an dernier déjà, Giorgio Fonio avait déposé une motion demandant qu’une taxe soit prélevée auprès des plateformes numériques, comme TikTok, afin d’alimenter un fonds de protection de l’enfance.

De son côté, Regina Durrer souhaite contraindre les plateformes technologiques à mieux limiter les risques liés aux contenus illégaux ou nuisibles pour la santé. Pour les deux élus, la conclusion est claire: «Nous devons mieux protéger nos enfants contre les dérives du monde en ligne.»

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