Chaque année, le même scénario se répète, presque en boucle: les directeurs cantonaux des finances annoncent des budgets déficitaires, alertent sur la situation, brandissent des menaces et dénoncent la dégradation de leurs finances.
Au final, la réalité est bien différente: les cantons enregistrent malgré tout, parfois, d'importants bénéfices. Les directeurs des finances s'en disent surpris, avant de recommencer, lors du budget suivant, à alerter, menacer et se plaindre.
Exemples à l'appui: en 2024, seuls trois cantons prévoyaient un budget excédentaire, mais quinze ont finalement dégagé un surplus. Au total, les cantons ont enregistré un bénéfice de 1,34 milliard de francs, au lieu des 2,4 milliards de déficit prévus. Et en 2025, les résultats ont de nouveau largement dépassé les prévisions: Zurich avait budgété un excédent de 98 millions, mais a finalement engrangé 629 millions de francs supplémentaires. Berne, qui tablait sur un bénéfice d'environ 250 millions, a en réalité atteint 873 millions de francs.
Zoug veut servir d'exemple
Les importants excédents et les erreurs d'estimation de plusieurs milliards irritent depuis longtemps les milieux libéraux. Le groupe de réflexion Avenir Suisse réclame par exemple des allégements fiscaux afin de rendre aux contribuables les recettes jugées excessives. «Une mesure simple, sans risque et sans bureaucratie», affirme Lukas Rühli, membre d'Avenir Suisse.
Un canton pourrait d'ailleurs approuver définitivement une telle ristourne fiscale pour la première fois ce jeudi. A Zoug, le «remboursement» des recettes excédentaires figure à l'ordre du jour du conseil cantonal, et ses chances d’être adopté sont élevées.
Le Grand Conseil doit encore définir précisément les règles du jeu. Mais selon la proposition du Conseil d'Etat, le rabais fiscal pourrait atteindre jusqu'à 8% de la base imposable. Les premiers 50 millions de francs d'excédent resteraient dans les caisses du canton, puis, jusqu'à la moitié du surplus pourrait être reversée.
Aucun mécanisme automatique n'est cependant prévu à Zoug: une nouvelle décision devrait être prise chaque année. Un tel automatisme correspondrait toutefois à l'idée défendue par Lukas Rühli, qui précise que la proposition d’Avenir Suisse vise, contrairement au modèle zougois, à ne restituer que les excédents non prévus au budget.
Des baisses d'impôts seraient préférables, mais...
«La meilleure solution serait de réduire les impôts», reconnaît Lukas Rühli. Mais, selon lui, cela reste souvent difficile à mettre en œuvre dans la réalité. «Le gouvernement craint aussitôt une baisse des recettes l'année suivante et la nécessité de relever à nouveau les impôts. Les bons résultats financiers sont généralement présentés comme des situations exceptionnelles appelées à ne pas se reproduire.»
Un autre avantage des allégements fiscaux est que les contribuables récupèrent l'argent qui leur revient. En cas d'excédents budgétaires, la question du financement d'autres dépenses publiques se pose rapidement, ce qui a parfois conduit à une hausse des dépenses de l'Etat.
Certains cantons ont toutefois utilisé ces surplus pour financer des mesures profitant directement à la population: Zoug a réduit les primes d'assurance maladie en affectant ses excédents au cofinancement des traitements hospitaliers, tandis que Genève, qui a enregistré d'importants excédents ces dernières années, a rendu les transports publics gratuits pour les moins de 25 ans.
«Seuls les multimillionnaires en profiteront vraiment»
Plusieurs tentatives de rabais fiscaux ont échoué, notamment en Argovie, à Schaffhouse ou dans le canton de Schwytz. A Bâle, le gouvernement doit élaborer une proposition d'ici 2028, et à Zurich, une initiative populaire des jeunes libéraux-radicaux pour un rabais d'impôt a récemment abouti.
Mais à Zoug aussi, le rabais d'impôt ne reste pas sans opposition. Les Vert-e-s le rejettent fermement. «Il va dans la mauvaise direction, déclare Luzian Franzini, conseiller cantonal. Ceux qui en auraient le plus besoin ne recevront qu'une poignée de francs. Seuls les multimillionnaires en profiteront vraiment», dit-il.
Son parti privilégierait un remboursement via les cotisations d'assurance maladie. Les Vert-e-s estiment également qu'il est urgent d'agir sur la question du logement. «Il n'y a quasiment plus d'appartements vacants. Des centaines de familles sont contraintes de déménager chaque année», explique Luzian Franzini. Les partis de gauche à Zoug militent donc pour un référendum. La population devrait avoir le dernier mot sur la question de savoir si – et comment – elle recevra ce remboursement.