La Suisse manque-t-elle d’eau?
Critiqué pour sa gestion de la sécheresse, Albert Rösti défend la stratégie de la Confédération

Face aux critiques sur la gestion de la sécheresse, le conseiller fédéral Albert Rösti défend les mesures de la Confédération. Il évoque l’eau, l’électricité et les défis à venir pour l’agriculture suisse.
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Piscine en plein air d'Ermatingen (TG): la sécheresse persistante laisse des traces visibles dans de nombreuses régions de Suisse.
Photo: Karin Frautschi
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Lucien Fluri et Sven Altermatt

Des bancs de gravier émergent au milieu des rivières, la sécheresse s’aggrave et les inquiétudes grandissent concernant l’eau et l’électricité. Le Rhin n’avait plus connu un débit aussi faible depuis plusieurs années. Le ministre de l’Environnement Albert Rösti (UDC) répond aux critiques: la Confédération a-t-elle sous-estimé la situation?

Albert Rösti, la Suisse, ce «château d’eau», est menacée. Certains reprochent à la Confédération de ne pas être suffisamment préparée. Avez-vous sous-estimé le problème?
On ne doit jamais sous-estimer la nature. Mais non, la Confédération dispose de stratégies et d’équipes d’experts adaptées pour coordonner les mesures au niveau national si cela s’avère nécessaire. Elle assure notamment un suivi de la sécheresse. La mise en œuvre des mesures doit ensuite se faire de manière différenciée selon les régions, par exemple avec des interdictions de faire du feu, et relève de la responsabilité des cantons et des communes.

Faut-il à l’avenir renforcer les capacités de stockage de l’eau?
Oui, mais les réservoirs ne suffiront pas à eux seuls à résoudre le problème. Les infrastructures existantes peuvent évidemment être mieux exploitées et de nouveaux réservoirs peuvent jouer un rôle important au niveau local. Mais pour faire face à des sécheresses estivales plus fréquentes, nous devons avant tout gérer nos ressources en eau de manière efficace.

Qu’entendez-vous par là?
La Confédération a proposé aux cantons une démarche en trois étapes: identifier les zones à risque, y développer une planification de la gestion des ressources en eau et mettre en place des plans d’urgence pour les situations exceptionnelles. Nous devons également réduire nos besoins en eau. Des techniques d’irrigation plus efficaces, des cultures davantage résistantes à la sécheresse et une agriculture adaptée aux conditions locales sont des éléments essentiels.

Concrètement, qui reçoit de l’eau en premier? Et qui risque de ne plus en recevoir?
Les cantons sont responsables de la répartition de l’eau. Ils décident, selon la situation, quelles utilisations sont prioritaires et quelles quantités peuvent être accordées. C’est logique, car les réalités varient fortement d’une région à l’autre. Ce type de décision ne peut pas être réglé de manière uniforme depuis Berne. Dans la pratique, la priorité a toujours été donnée à l’eau potable pour les besoins quotidiens de la population. Et c’est une bonne chose.

Les centrales nucléaires sont parfois arrêtées et les lacs de retenue affichent des niveaux plus bas. Quel est l’impact de la canicule sur l’approvisionnement en électricité?
La canicule influence le niveau des lacs de retenue, mais elle n’a actuellement pas d’impact sur la sécurité de l’approvisionnement électrique. Les réserves d’eau sont plus faibles que les années précédentes, mais la Commission fédérale de l’électricité, qui réalise ce type d’analyses, estime que l’approvisionnement pour l’hiver prochain est assuré.

Le prix de l’électricité va-t-il encore augmenter?
La Suisse est fortement liée au marché européen de l’électricité et suit donc généralement l’évolution des prix dans les pays voisins. Une disponibilité légèrement plus ou moins importante de l’énergie hydraulique ou nucléaire suisse n’a ainsi qu’un impact limité sur les prix.

Actuellement, et dans la perspective de l’hiver prochain, c’est surtout le prix du gaz en Europe qui influence le marché de l’électricité. En raison de la guerre en Iran et du blocage du détroit d’Ormuz, les prix du gaz restent élevés, ce qui a un impact négatif sur les prix de l’électricité en Suisse.

La saison d’alpage est plus courte. Quelles conséquences en tirez-vous en tant qu’agronome et habitant de l’Oberland bernois?
Je considère cette question comme relevant de ma responsabilité en tant que conseiller fédéral. Je constate que les effets de la chaleur et de la sécheresse ne touchent pas seulement l’Oberland bernois ou la saison d’alpage, mais l’ensemble de l’agriculture suisse, qui subit des pertes économiques. Le transport d’eau vers les Alpes ou l’achat de fourrage lorsqu’il faut redescendre plus tôt des alpages engendrent des coûts importants. Les baisses de rendement, notamment dans les cultures du Plateau, pèsent également sur la rentabilité.

En tant qu’agronome, je réfléchis aux stratégies d’adaptation qui permettront à l’agriculture suisse de faire face au changement climatique. C’est pourquoi nous élaborons actuellement une loi sur l’utilisation de nouvelles technologies de sélection, notamment pour permettre la culture de variétés plus résistantes à la chaleur.

Le Rhin près de Disentis (GR), qui est presque complètement à sec.

Le Rhin, le Rhône et le Tessin prennent leur source en Suisse avant de s’écouler à l’étranger. Les pays voisins vous ont-ils demandé de limiter votre consommation d’eau?
Les pays situés en aval savent que la sécheresse actuelle est un phénomène climatique et qu’elle ne peut pas être attribuée à la consommation d’eau en Suisse. La collaboration avec nos voisins est très importante pour nous, et nous l’entretenons activement. La Suisse est le château d’eau de l’Europe et nous prenons cette responsabilité très au sérieux.

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