Révolte contre le nouveau système tarifaire
La colère gronde chez les médecins qui menacent de fermer leur cabinet à midi

Le nouveau modèle tarifaire des soins ambulatoires met le corps médical en ébullition. La colère vise également la Fédération des médecins suisses (FMH), qui tente désormais d’apaiser les tensions.
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De nombreux médecins suisses s'opposent au nouveau modèle de tarification Tardoc.
Photo: Getty Images
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Andreas Schmid

Yvonne Gilli a pu voir de près la frustration accumulée par les médecins. «La colère éclate aujourd’hui après toutes les dégradations survenues ces dernières années», déclare la présidente de la Fédération des médecins suisses (FMH). Elle fait notamment référence au nouveau plafonnement prévu pour la facturation des traitements ambulatoires, qui doit entrer en vigueur l’année prochaine.

Selon le modèle proposé, les médecins ne pourront plus facturer, en moyenne quotidienne et à la charge de l’assurance de base, plus de 1577 points tarifaires. Ce plafond correspond à douze heures de travail et représente environ 1400 francs de recettes, selon le lieu d’exercice. Les frais liés aux infrastructures et au personnel restent toutefois à la charge des médecins. Avec ce plafonnement, les responsables politiques veulent lutter contre la hausse des coûts de la santé, limiter l’augmentation du nombre de prestations médicales, prévenir les abus et garantir une rémunération uniforme.

Fermeture des cabinets à midi

Les opposants jugent toutefois ce modèle inadapté, car les points tarifaires ne correspondent pas directement à la durée des consultations. Certaines prestations médicales réalisées en une demi-heure peuvent ainsi représenter 90 minutes de travail selon le système de points. Les médecins affirment qu’ils pourraient atteindre le plafond après avoir reçu seulement quelques patients et être contraints de fermer leur cabinet dès midi.

Yvonne Gilli est elle aussi la cible des critiques. Une partie des 46’000 membres de la FMH reproche à sa présidente d’avoir approuvé un plafonnement des prestations ambulatoires contraire, selon eux, aux intérêts du corps médical. Une pétition adressée au Parlement fédéral pour s’opposer à ce modèle a recueilli 25’000 signatures en quelques jours.

«Des bureaucrates incompétents»

Georg Fischer, un médecin qui officie de longue date à Stäfa, dans le canton de Zurich, fait partie des opposants. Il estime qu’en approuvant ce plafonnement, la FMH s’est privée de toute possibilité de le contester sur le plan juridique. «Il est certain que les patients seront moins bien pris en charge à l’avenir. C’est un aveu d’échec pour l’ensemble du système de santé.»

Georg Fischer est convaincu que ce modèle tarifaire entraînera des fermetures de cabinets et des licenciements. Il envisage lui-même deux possibilités. La première serait de licencier tous ses collaborateurs à l’exception d’une assistante, de réduire son taux d’activité à 50% et de fermer son cabinet à midi après avoir reçu dix patients. La seconde serait de cesser complètement son activité. «On ne doit pas accepter tout ce que concoctent des bureaucrates incompétents», lance-t-il.

«Encore loin d’une solution»

La FMH assure avoir combattu la disposition légale élaborée par le Parlement, avant de soutenir le modèle prévu pour sa mise en œuvre. L’organisation explique avoir voulu empêcher le Conseil fédéral d’imposer un système tarifaire rigide, entièrement contrôlé par l’Etat. «C’est maintenant celle qui apporte la mauvaise nouvelle qui se fait critiquer», déplore Yvonne Gilli. Selon elle, le Conseil fédéral et le Parlement sont responsables de cette situation.

La présidente assure que la FMH s’est battue aux côtés des médecins. Elle souligne que le modèle proposé ne concernerait pas la majorité d’entre eux et qu’il est «encore loin d’être abouti». Il faudra attendre six mois après l’introduction du nouveau système tarifaire Tardoc pour disposer de données permettant d’évaluer les prestations de manière fiable.

«Le nouveau modèle tarifaire ne sera pas prêt pour le 1er janvier 2027. Une solution transitoire sera nécessaire», affirme Yvonne Gilli. La FMH entend désormais définir les détails avec ses organisations membres, dans le cadre d’un processus démocratique, puis les négocier avec ses partenaires tarifaires. 

Yvonne Gilli reconnaît que le modèle actuel est «une erreur». La FMH ne veut pas d’une réglementation trop détaillée, insiste-t-elle. «Nous nous engagerons pour obtenir des corrections.»

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