La «Suisse souterraine» de retour?
Face à la menace russe, Berne veut remettre en service ses anciens bunkers

Face à la menace russe, l'armée suisse veut réactiver ses bunkers désaffectés pour y stocker munitions, médicaments et matériel critique. Une étude est lancée.
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Vestiges de la Guerre froide: le sous-sol suisse abriterait jusqu'à 20'000 installations militaires.
Photo: Thomas Meier
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Lucien Fluri et Sven Altermatt

Sous le sol suisse, tout un monde militaire dort depuis des décennies. D'anciens bunkers désaffectés, des cavernes à munitions, des hôpitaux militaires, des hangars pour avions, des casernes ou des postes de commandement: autant d'installations tombées dans l'oubli.

Aujourd'hui, la Confédération souhaite réactiver ces installations souterraines, peut-être même à grande échelle. Le porte-parole de l'armée, Mathias Volken, confirme ces projets à Blick: «La remise en service d'installations souterraines réparties de manière décentralisée en Suisse fait l'objet d'une étude approfondie.»

A la recherche d'«espaces de stockage protégés»

La raison de ce revirement: la dégradation de la situation sécuritaire en Europe. Depuis plusieurs mois, le conseiller fédéral en charge de la Défense, Martin Pfister met en garde: la Suisse doit de toute urgence se prémunir contre d'éventuelles menaces venant de Russie. Un constat largement partagé en Europe. Dès 2028, la Russie pourrait avoir considérablement renforcé la préparation au combat de son armée et chercher à déstabiliser le continent, notamment par des attaques visant les infrastructures critiques.

Pour s'y préparer, la Confédération a lancé un appel d'offres public. Une étude doit déterminer comment remettre en service les installations souterraines de l'armée de la manière la plus simple, la moins coûteuse et la plus adaptée possible à un usage quotidien. Berne entend limiter les dépenses dans ce domaine, afin de préserver le plus de moyens possible pour l'achat d'autres équipements militaires.

Ce que l'on recherche avant tout, ce sont des «espaces de stockage protégés», précise la Confédération. Il s'agit d'y entreposer en toute sécurité des consommables, des pièces de rechange, des médicaments, des appareils électroniques, des marchandises dangereuses ou encore des munitions. La production ou l'assemblage protégés de biens critiques sont également envisagés. En revanche, ni une rénovation complète des sites ni des systèmes de stockage standardisés ne sont souhaités.

Le retour de la «Suisse souterraine»?

L'armée ne souhaite pas préciser le nombre d'installations concernées, «pour des raisons de protection des informations». Ces sites devront pouvoir être exploités par «du personnel ne disposant pas d'une formation spécialisée de longue durée».

Ces nouveaux projets marquent un tournant. Pendant des décennies, la «Suisse souterraine» a fait pour ainsi dire partie de l'ADN du pays. Durant la Seconde Guerre mondiale, et surtout pendant la Guerre froide, la Suisse a bâti un immense réseau d'infrastructures militaires, du réduit national (un système de fortification dans les Alpes suisses) aux cavernes à munitions, en passant par les hôpitaux militaires et les postes de commandement souterrains.

Le nombre exact d'installations militaires souterraines dont dispose la Suisse n'a jamais été rendu public. Selon des sources historiques, environ 20'000 «ouvrages de défense» étaient en service avant les réformes de l'armée menées au cours des dernières décennies. Avec la fin de la Guerre froide, un grand nombre de ces installations ont été mises hors service, vendues ou démantelées.

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