Deux commandants Swiss suspendus
Pourquoi la plupart des compagnies aériennes n'imposent pas de test d'alcoolémie à leurs pilotes

Alors que deux commandants de la compagnie Swiss ont récemment été surpris en plein abus d'alcool, la veille d'un vol, on découvre que la majorité des pilotes ne passent aucun test d'alcoolémie avant le décollage. Comment la sécurité est-elle assurée, dans ce cas?
En Europe, le cadre légal n'impose pas de tests d'alcoolémie systématiques, bien que de rares compagnies choisissent de les mener quand même. Swiss n'en fait pas partie.
Photo: Keystone

En bref

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  • Deux pilotes de la compagnie Swiss ont été suspendus «jusqu'à nouvel ordre» après avoir été surpris en état d'ébriété avant un vol depuis Genève. Une enquête est en cours pour déterminer les circonstances exactes.
  • Aucune réglementation européenne n'impose de tests d'alcoolémie systématiques pour les pilotes avant un vol. Cependant, certaines compagnies comme AirBaltic ont adopté des politiques strictes de «tolérance zéro» avec des tests obligatoires.
  • En 2026, l'Agence de l'Union européenne pour la sécurité aérienne (EASA) a confirmé que les cas d'alcoolisation des pilotes restent rares et ne constituent pas un problème de sécurité généralisé en Europe.
Ellen De Meester - Journaliste Blick
Ellen De MeesterJournaliste Blick

Monter dans un avion s'apparente, pour de nombreuses personnes, à un véritable exercice de lâcher-prise. Les turbulences, de plus en plus nombreuses, deviennent alors des épreuves terrifiantes, si bien que la voix rassurante du pilote dans le micro peut avoir le même effet qu'un exercice de respiration. 

On imagine donc la frayeur des aviophobes en découvrant que deux commandants de la compagnie Swiss ont récemment été suspendus «jusqu'à nouvel ordre» pour avoir abusé de l'alcool, la veille d'un vol de ligne. Surpris par leurs collègues dans l'hôtel qui hébergeait tout l'équipage, ils ont été aussitôt dénoncés et remplacés. Ces faits rarissimes posent toutefois une question inquiétante: les pilotes ne sont-ils pas systématiquement soumis à un test d'alcoolémie, avant de décoller? 

La règle «bouteille-à-accélérateur»

La réponse est non, puisqu'aucune base légale européenne n'impose ce genre de contrôle. Ainsi que nous l'indique un porte-parole de l'European Union Aviation Safety Agencys (EASA) «les règles exigent que chaque opérateur mette en place ses propres politiques et procédures, pour vérifier que les membre de l'équipage soient à même d'assurer leurs fonctions. Ces règles devraient impliquer l'interdiction, pour tout collaborateur, de consommer de l'alcool moins de 8 heures avant un vol.» 

Dans le domaine, cette règle est surnommée la période «bottle-to-throttle» («bouteille-à-accélérateur»), soit le temps minimal qui doit s'écouler entre le moment où un pilote touche une bouteille et l'instant où sa main effleure l'accélérateur. La consommation d'alcool durant les heures de travail ou les périodes de «piquet» doit également être strictement interdite par toutes les compagnies.

Le comportement des deux pilots de Swiss, «clairement alcoolisés» selon leurs collègues, dérogeait donc clairement à ces règles, d'où les sanctions immédiatement appliquées par leur employeur. En revanche, comme l'expliquait le quotidien «24 Heures», la compagnie Swiss ne mène pas de contrôles généralisés pour ses pilotes: si les collègues des commandants n'avaient pas dénoncé leurs actes, les intéressées auraient probablement pu s'envoler, ni vus ni connus. Une enquête est d'ailleurs en cours, souligne le média spécialisé Aerotelegraph.

Des contrôles «ponctuels» et des simulations

D'après une source proche du milieu, ce genre de cas est incroyablement rare. En effet, les règles liées à l'alcool sont tenues de manière très stricte, tandis que des contrôles aléatoires sont menés assez fréquemment. 

«Les opérateurs doivent développer des règles autour de la prévention et de la détection de l'abus de substances psychotropes, chez tous les membres de l'équipage et chez tout collaborateur dont le rôle est lié à la sécurité, confirme l'EASA. Cela peut inclure des programmes de contrôles aléatoires, bien que ceux-ci ne soient pas obligatoires.» Par ailleurs, le règlement européen oblige les compagnies à mener des tests chez les nouveaux employés, dès la moindre suspicion jugée «raisonnable», afin d'écarter tout risque. 

La question de l'alcool est également omniprésente dans les cours d'aviation et les simulations que doivent réaliser tous les pilotes, au cours de leurs différents apprentissages, pointe encore notre source. On leur présentera, par exemple, un cas où un pilote clairement ivre insiste pour prendre les commandes de l'avion, dans le but de juger la réaction instinctive de l'apprenti à cette situation dangereuse.

Les pilotes d'AirBaltic sont contrôlés avant chaque vol

Mais pourquoi les tests d'alcoolémie ne sont-ils pas systématiques, chez les compagnies aériennes? Ces procédures sont-elles trop compliquées et fastidieuses, d'un point de vue logistique et organisationnel? La question est infiniment délicate, sachant que les entreprises communiquent très peu à ce sujet et que certaines compagnies européennes ont quand même intégré des contrôles généralisés à leurs pratiques. C'est le cas, par exemple, d'AirBaltic, qui «maintient des procédures de contrôles sévères, à la fois pour les pilotes et le personnel de cabine», précise un porte-parole.

En effet, la «tolérance zéro» s'applique, sachant que les collaborateurs sont systématiquement soumis à des tests, afin «d'assurer qu'ils soient aptes à appliquer les standards de sécurité». Quant à savoir pourquoi AirBaltic a décidé d'implémenter ces contrôles, notre interlocuteur n'a pas souhaité donner davantage de précisions. 

«Ces tests sont pleinement intégrés à nos activités et sont réalisés conformément aux exigences européennes applicables en matière de sécurité aérienne, note-t-il toutefois. La sécurité reste notre priorité absolue, et ces mesures s'inscrivent dans le cadre de notre engagement à maintenir des normes opérationnelles et de sécurité élevées.» En d'autres termes, il s'agit d'une décision propre à l'entreprise, même si le cadre légal européen n'impose pas ces règles. 

La sécurité est constamment surveillée

A noter qu'en Inde et au Japon, par exemple, les tests sont plus fréquents et plus strictement exigés. Mais cela demande du temps et de l'organisation, sans oublier qu'un éventuel résultat positif ou suspicieux risque de retarder le vol: en effet, avant d'être pris en compte, un résultat positif doit être confirmé par un second test. 

Et ainsi que l'indique le règlement de l'EASA, «un test de confirmation supplémentaire peut être effectué au moins 15 minutes, mais au plus tard 30 minutes, après la fin du test initial.» Cela signifie que, si les contrôles étaient systématiques, les vols risqueraient d'être retardés d'au moins 15 minutes, provoquant un effet de cascade sur le programme des décollages. 

«L’EASA surveille en permanence les tendances en matière de sécurité aérienne, rassure le porte-parole. Bien que les cas individuels liés à l’alcool soient pris très au sérieux, notre analyse n’indique pas que l’altération des facultés due à l’alcool constitue un problème de sécurité systémique au niveau européen. Le cadre réglementaire existant, associé aux procédures des exploitants et à la surveillance nationale, a contribué à maintenir un niveau élevé de sécurité dans ce domaine.» 

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