Après le départ de Nuria Gorrite, les cantonales vaudoises de 2027 entrent dans une nouvelle phase. Pour la première fois depuis longtemps, le PS devra défendre un siège sans sa grande locomotive électorale. Le premier tour aura lieu le 28 février 2027, le second le 21 mars.
Qui le PS mettra-t-il aux côtés de Roger Nordmann?
Roger Nordmann sera le seul socialiste sortant. Mais il ne possède pas encore, à l’échelle cantonale, l’aura électorale que Nuria Gorrite avait construite au fil des années. La vraie question est donc double: qui pour compléter le ticket? Et le PS présentera-t-il deux ou trois candidats?
Pour succéder à la Morgienne, Jessica Jaccoud apparaît comme l’une des options les plus crédibles. Elle dispose d’une forte visibilité cantonale et offrirait au PS une candidature féminine alors que le gouvernement vaudois a longtemps compté jusqu’à trois socialistes femmes.
Brenda Tuosto reste aussi un nom qui compte. Son score à Yverdon, qui l’a empêchée de briguer la syndicature, a refroidi l’hypothèse, sans forcément la rendre impossible. Emilie Möschler, qui a réalisé un très bon score à Lausanne, incarne quant à elle une génération montante. Mais le PS devra se demander s’il veut concentrer encore davantage son ticket dans la capitale.
Chez les hommes, Samuel Bendahan conserve un profil solide, notamment sur les questions économiques et fédérales. Stéphane Montangero peut faire valoir son implantation chablaisienne – Mais Frédéric Borloz vient aussi d’Aigle, son expérience de député et son passage à la présidence du Grand Conseil. Le chef de groupe Sébastien Cala ou le Lausannois Benoît Gaillard pourraient aussi entrer dans les discussions. Le nom de Jean Tschopp est parfois prononcé dans les sphères politiques.
Et Pierre Dessemontet? Son nom reviendra forcément dans les conversations. Mais son retour après sa double retraite politique paraît, à ce stade, peu probable.
Et la gauche radicale, en progression à Lausanne ou Vevey, pourrait venir jouer les trouble-fête.
Les Verts vont-ils tenter le doublé?
Le départ de Nuria Gorrite donne aux Verts un argument supplémentaire pour réclamer une ambition de reconquête. Leur poids électoral s’est tassé depuis la vague verte, mais ils peuvent être tentés de présenter un ticket à deux noms dès le premier tour.
Vassilis Venizelos repartira. La question est de savoir avec qui. Sophie Michaud Gigon offrirait un pari séduisant: une élue connue au-delà du cercle écologiste, identifiée sur les thèmes du pouvoir d’achat, de la consommation et de la défense des ménages. Elle apporterait aussi une candidature féminine et fédérale au ticket vert.
Léonore Porchet représenterait une autre option, plus militante et plus clivante. Alberto Mocchi, ancien président des Verts vaudois et député, reste lui aussi une possibilité, avec un profil plus interne et territorial.
Mais deux candidatures vertes compliqueraient fortement la mécanique PS-Verts. L’union de la gauche reste la meilleure garantie pour défendre ses sièges. La tentation de l’autonomie pourrait donc se heurter à l’arithmétique électorale.
Le Centre peut-il conserver le siège Dittli?
Si Valérie Dittli renonce à se représenter, le Centre présentera presque forcément un candidat ou une candidate. Le parti ne peut pas abandonner sans combat son unique siège au gouvernement.
Dans ce scénario, Isabelle Chappuis apparaît comme l’option la plus évidente. La conseillère nationale possède une expérience institutionnelle, une visibilité fédérale et un profil compatible avec une alliance bourgeoise. Mais sans sortante, le siège centriste deviendrait mécaniquement plus vulnérable.
Reste la grande inconnue: l’alliance avec l’UDC. Jean-François Thuillard a déjà annoncé sa candidature, porté par son bon score lors de la dernière complémentaire et soutenu par son parti. Le Centre devra donc négocier sa place dans une équation bourgeoise où chacun voudra peser davantage. Enfin, que vont faire les Vert'libéraux?
Quel siège devient le plus prenable à droite?
Les trois PLR Christelle Luisier Brodard, Isabelle Moret et Frédéric Borloz ont annoncé qu’ils repartiraient ensemble. Une démonstration d’unité bienvenue pour le parti, mais qui ne fait pas disparaître les tensions apparues durant la crise gouvernementale.
Qui est le plus exposé? Christelle Luisier Brodard pourrait l’être davantage que les deux autres. La présidente du Conseil d’Etat a été placée sous forte pression dans l’affaire Valérie Dittli, qui a révélé les fragilités de la majorité bourgeoise et les difficultés du collège à afficher une ligne commune.
Isabelle Moret a, de son côté, cultivé un positionnement plus autonome, notamment dans le débat sur l’initiative des 12%. Cette stratégie lui permet de se distinguer des remous du gouvernement, mais elle nourrit aussi l’image d’une conseillère d’État parfois en solo.
Frédéric Borloz semble pour l’heure bénéficier d’un profil plus consensuel. Il a apaisé une partie des tensions dans l’école vaudoise après son arrivée. Mais son département reste confronté à des défis lourds: pénurie d’enseignants, école inclusive, besoins croissants dans le spécialisé et pression budgétaire.
La bataille de 2027 ne se jouera donc pas seulement sur le remplacement de Nuria Gorrite. Elle dira aussi si la gauche parvient à préserver son équilibre, si les Verts osent hausser le ton, si le Centre survit sans Valérie Dittli et si la droite gouvernementale peut encore afficher un front uni.