Votations du 14 juin
Les partisans du salaire minimum vaudois partent en campagne

Le débat sur le salaire minimum vaudois s'intensifie avant le scrutin du 14 juin. Partisans vantent ses effets contre la pauvreté, citant Genève et Neuchâtel. Le Conseil d'Etat propose un contre-projet avec des exceptions.
Les partisans du salaire minimum vaudois ont tenu une conférence de presse lundi matin.
Photo: keystone-sda.ch

Les partisans du salaire minimum vaudois, soumis au peuple le 14 juin, lancent leur campagne. Ils font l'éloge de cet «outil de politique sociale» qui permet de lutter contre la pauvreté, réduit les dépenses de l'Etat et fait ses preuves à Neuchâtel et Genève.

Le salaire minimum vaudois a été calculé à 23 francs l'heure selon le coût de la vie en 2023, et se monterait à 23,60 francs aujourd'hui en tenant compte de l'inflation. Il profiterait à environ 23'000 personnes dans le canton – soit près de 5% des emplois – qui gagnent actuellement moins que ce salaire, a relevé Samuel Bendahan, lundi matin devant la presse à Lausanne.

Ce salaire minimum doit surtout profiter à certains secteurs (restauration, soins à domicile, coiffure, nettoyage, etc), et souvent à des postes occupés par des femmes. «Ces personnes travaillent à 100% et ne peuvent pas vivre dignement», a affirmé le conseiller national socialiste. Et de souligner que ces personnes dépendent de l'aide sociale et que c'est le Canton qui doit «compenser», par exemple avec les subsides d'assurance-maladie. C'est l'Etat qui paie pour les entreprises qui ne rémunèrent pas assez, a-t-il résumé.

Deux initiatives et un contre-projet

Le 14 juin, le peuple vaudois devra se prononcer sur deux initiatives. La première, constitutionnelle, vise à «ancrer et pérenniser» le principe du salaire minimum. La seconde est législative et fixe les règles d'application, a expliqué le député socialiste et syndicaliste Arnaud Bouverat, co-président du comité unitaire.

A ces deux initiatives, le Conseil d'Etat oppose un contre-projet, lequel prévoit aussi un salaire minimum à 23 francs. Toutefois, ce contre-projet fait primer les conventions collectives de travail (CCT) sur le salaire minimum. De plus, il ne prévoit pas d'indexation automatique et liste «une avalanche» d'exceptions à l'application de ce salaire, a souligné Gabriella Lima, l'autre co-présidente du comité.

Elle a critiqué «les failles majeures» de ce contre-projet, qui réduit le salaire minimum «à peau de chagrin». Pour la militante de solidaritéS, la proposition du Conseil d'Etat est «une ruse» qui «organise la précarité au lieu de la combattre.»

Autres cantons

Egalement membre du comité unitaire, la députée d'Ensemble à gauche Joëlle Minacci est, elle, revenue sur les exemples des cantons de Neuchâtel et Genève, qui appliquent déjà un salaire minium. Deux cantons où le nombre de travailleurs pauvres a diminué ainsi que le recours à l'aide sociale, a-t-elle affirmé.

Les «épouvantails» brandis par la droite et le patronat au sujet du salaire minimum sont faux, a-t-elle estimé. Elle a même assuré que l'introduction d'un salaire minimum avait engendré «un cercle vertueux» pour l'économie de ces deux cantons.

Pour mémoire, le Grand Conseil s'est déjà penché sur le salaire minium et recommande, via sa majorité de droite, de soutenir le contre-projet du Conseil d'Etat.

Les députés opposés aux initiatives ont notamment mis en garde contre «le mécanisme rigide» du salaire minimum qui prétériterait certains secteurs. Le contre-projet doit aussi être privilégié car il fait primer les CCT, et donc le partenariat social, a également argumenté la ministre de l'économie, la PLR Isabelle Moret.

CCT ou salaire minimum

A Genève et Neuchâtel, le salaire minimum prime sur les CTT. Mais pas dans les trois autres cantons qui connaissent aussi un salaire minium, à savoir le Jura, le Tessin et Bâle-Ville.

Le débat vient aussi d'avoir lieu au niveau national, le Parlement fédéral estimant que les CCT devaient primer sur le salaire minimum. Des garanties ont toutefois été données pour que Genève et Neuchâtel puissent maintenir leur régime. Vaud espère aussi «passer entre les gouttes» si les deux initiatives devaient être acceptées le 14 juin, a dit Samuel Bendahan.

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