Sexting, nudes, IA…
Unisanté lance une large étude nationale pour mieux comprendre la vie sexuelle des jeunes

Unisanté vient de lancer une grande étude nationale, destinée à mieux comprendre les pratiques et relations intimes des jeunes adultes. L'objectif, entre autres, est de pallier au manque de données quant à une réalité transformée par le numérique.
«Avec cette étude nationale, on veut donner une voix et une place aux jeunes, pour qu’elles et ils nous racontent leur réalité», précise Yara Barrense-Dias, responsable de recherche à Unisanté.
Photo: Shutterstock

En bref

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  • Unisanté vient de lancer l'étude nationale ASTRI pour analyser les relations intimes des jeunes de 16 à 26 ans, avec des premiers résultats attendus fin 2026. La recherche est soutenue par le Fonds National Suisse et veut combler un manque de données important, relevé par le domaine scientifique et les milieus de prévention.
  • Les chercheurs étudient des thèmes comme le sexting, la pornographie et les «dick pics», tout en abordant les pratiques en ligne et les violences sexistes.
  • Un questionnaire confidentiel a été envoyé à 25'000 jeunes via l’Office fédéral de la statistique en mars 2026, avec des entretiens individuels prévus pour 2027, dans le but d’affiner les données collectées.
Ellen De Meester - Journaliste Blick
Ellen De MeesterJournaliste Blick

Un écran dans la poche, le coeur sur la main, les jeunes bâtissent des relations intimes dans une réalité complètement transformée par le numérique. Les adultes (oui, même ceux qui ont regardé l'intégralité de la série «Sex Education») peinent souvent à les comprendre. Et du côté de la recherche, on manque cruellement de données quant à leurs pratiques sexuelles, qui composent avec un monde fait de «dick pics» et de «sexting», où l'intelligence artificielle est capable de se faire passer – avec plus ou moins d'habilité – pour notre âme soeur dévouée.

Afin de mieux comprendre la vie sexuelle des jeunes âgés de 16 à 26 ans, Unisanté vient de lancer une large étude financée par le Fonds National suisse. Baptisée ASTRI (Analyse des Sexualités, des Relations et de l’Intimité des jeunes en Suisse), elle a démarré en janvier 2025 et aboutira probablement d'ici à 2029. 

«Il est difficile d’obtenir des données représentatives de cette population, souligne Yara Barrense-Dias, responsable de recherche. Celle-ci s’exprime parfois dans des enquêtes axées sur des sujets plus larges, donc rarement en profondeur ou avec suffisamment de contexte.» Même les milieux de prévention relèvent ces lacunes, qui risquent d'entraver leur travail, sur le terrain. 

Pornographie et «dick pics»

Se voulant «ni voyeuriste, ni moralisatrice, ni stigmatisante», l'étude souligne l'importance de protéger la santé et les droits des jeunes, tout en prévenant les violences sexistes et sexuelles. En effet, ainsi que le pointe notre intervante, de nouvelles pratiques et phénomènes sont apparus, ces dernières années: «Je pense notamment aux "nudes", au "sexting", à l’IA et à la pornographie, des thématiques que la recherche peine à aborder sous cet angle, indique Yara Barrense-Dias. Par ailleurs, il n’existe aucune donnée suisse concernant la réception d’images sexuelles non-sollicitées, comme les dick pics, alors que ce fléau semble devenir si courant que certaines victimes le banalisent et l’intègrent parfois comme quelque chose de "normal".»

Un questionnaire envoyé à 25'000 jeunes

Un premier questionnaire, disponible jusqu'à fin juin, a été envoyé au cours du mois de mars à un échantillon représentatif de 25'000 jeunes, tirés au sort par l'Office fédéral de la statistique (OFS). La deuxième étape, prévue pour 2027, consistera à mener des entretiens individuels plus poussés avec des groupes de volontaires, afin de préciser les résultats du questionnaire. Tout au long du processus, les chercheurs d'Unisanté sont accompagnés par un groupe de jeunes adultes, qui ont notamment aidé à l'élaboration des questions.

Si le questionnaire doit rester confidentiel, Yara Barrense-Dias révèle qu'il s'articule autour de plusieurs grands thèmes, parmi lesquels figurent notamment les méthodes de contraception, les pratiques sexuelles en ligne, l'éducation, les ressources d'information ou de soutien les plus utilisées, le consentement et le masculinisme. «Avec cette étude, on veut donner une voix et une place aux jeunes, pour qu’elles et ils nous racontent leur réalité, ajoute notre experte. On veut éviter les raccourcis et souligner la complexité du développement qui survient à cet âge-là.»

Intégrer les minorités de genre et sexuelles

Réalisation, diffusion et publication comprises, l'étude devrait durer environ quatre ans. Une fois les résultats disponibles, Unisanté a prévu de collaborer avec l'organisation Santé Sexuelle Suisse, afin que les données puissent aider les jeunes, comme les professionnels du terrain et les parents.

Pour Yara Barrense-Dias, le timing est important, dans la mesure où le domaine scientifique est désormais mieux outillé pour aborder ces thématiques délicates: «Il s'agira aussi d'intégrer toutes les minorités de genre et sexuelles, qui doivent avoir une place importante dans ce genre d’enquête, précise-t-elle. Les tout premiers résultats pourraient être disponibles d'ici à la fin de l'année.

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