En bref
- Des méduses d'eau douce ont été observées dans des étangs du Jura français et dans le Léman depuis 1962.
- Ces méduses, mesurant environ la taille d'une pièce de 2 francs, ne représentent aucun danger pour les humains.
- Contrairement à la moule quagga, ces méduses ne constituent pas une menace écologique majeure.
Des méduses dans un étang du Jura français? La découverte, rapportée par «La Voix du Jura», peut sembler improbable. Elle n’a pourtant rien d’inédit. Ces créatures translucides ne vivent pas uniquement dans les mers et les océans: elles peuvent aussi apparaître dans les lacs, les étangs et les rivières.
Le Léman lui-même leur sert de maison. «Cette espèce y a été observée pour la première fois en 1962», indique Diane Maitre, hydrobiologiste au sein du Service genevois de la surveillance et de la protection des eaux et des milieux aquatiques.
La dernière apparition connue remonte toutefois à 2004. Depuis, les méduses du lac semblent avoir disparu des radars. «Personne ne nous a signalé leur présence depuis plus de 20 ans», confirme l’experte. Mais cela ne signifie toutefois pas qu’elles ont complètement quitté le lac.
Cachées sous une autre forme
La méduse que l’on peut voir flotter dans l’eau ne représente en effet qu’une courte étape de son existence. Le reste du temps, l’animal adopte un autre aspect. «Son cycle de vie est particulier: elle peut vivre sous la forme d’un polype accroché aux rochers, puis parfois se transformer pour devenir la méduse que nous connaissons», détaille Diane Maitre.
Pour que cette métamorphose se produise, l’eau doit être particulièrement chaude: au moins 25 degrés. «Mais ce n’est pas parce que l’eau atteint cette température que les polypes se transforment forcément en méduses», précise la spécialiste.
Même durant une période de canicule, aucune apparition n’est donc garantie. Les polypes peuvent rester cachés pendant des années.
Une invasion comme celle de la moule quagga?
Faut-il alors craindre que ces méduses finissent par se multiplier dans le Léman jusqu’à l’envahir, comme l’a fait la moule quagga? Diane Maitre écarte ce scénario.
En 2004, leur présence était restée très limitée. «Elles avaient été observées dans le Vieux-Rhône, de manière très localisée», relate l’hydrobiologiste.
Leur durée de vie sous leur forme visible est également très courte. «Elles ne vivent pas très longtemps, entre 30 et 50 jours. Le stade de méduse est éphémère. Nous n’allons donc pas être envahis.» Leur retour éventuel ne devrait pas non plus menacer les poissons ni bouleverser l’écosystème lémanique.
La situation n’a ainsi rien de comparable avec celle de la moule quagga, autre espèce exotique désormais solidement implantée dans les lacs suisses. Pour cette envahisseuse, il est déjà trop tard. «Eradiquer cette espèce n’est plus possible. L’eau contient des milliards de larves de cette moule. Même si, d’un coup de baguette magique, nous pouvions retirer tous les spécimens adultes, cela ne servirait donc à rien.»
Les efforts se concentrent désormais sur les lacs et les étangs encore épargnés. «La sensibilisation vise à protéger les petits plans d’eau dans lesquels la moule quagga ne s’est pas encore implantée.»
Pas plus grandes qu’une pièce de 2 francs
Par ailleurs, même lorsqu’elles apparaissent, les méduses lacustres sont bien loin des imposants spécimens que les baigneurs peuvent redouter en Méditerranée. «Elles ont environ la taille d’une pièce de 2 francs», indique Diane Maitre.
Comme leurs cousines marines, elles possèdent des tentacules et des cellules urticantes. «Elles leur permettent de se défendre contre les prédateurs. Celles-ci sont nocives pour les petits animaux et le plancton dont elles se nourrissent, mais elles sont trop petites pour nous blesser.»
Aucun risque, donc, de sortir de l’eau couvert de brûlures. «Elles ne sont pas conçues pour s’attaquer à l’être humain. Même si l’on se retrouvait au milieu d’un banc de méduses du lac, on ne sentirait donc rien.» Diane Maitre les compare aux puces de canard, dont les larves peuvent pénétrer dans les premières couches de la peau et provoquer des démangeaisons, sans parvenir à s’installer dans l’organisme.
Une passagère arrivée de Chine
Reste à savoir comment ces curieuses créatures, qui appartiennent à la même famille que les anémones et les coraux, ont atterri dans le Léman. Leur présence n’y est pas naturelle. «Il s’agit d’une espèce exotique originaire de Chine, souligne Diane Maitre. Elles étaient peut-être déjà présentes avant 1962.»
Leur arrivée en Europe remonterait à la fin du XIXe siècle. «Elle a été observée pour la première fois en 1880, au jardin botanique de Londres. Elle y est probablement arrivée sous la forme d’un polype accroché à des plantes.»
Presque invisibles sous cette forme, ces passagères clandestines ont ensuite pu voyager d’un plan d’eau à un autre, accrochées à des végétaux, à des animaux ou à du matériel nautique. Et bien que ces animaux disposent de deux modes de reproduction – seuls, de manière asexuée, lorsqu’ils sont sous forme de polypes, ou de manière sexuée lorsqu’ils sont sous forme de méduses –, ils sont pourtant loin d’inquiéter les biologistes autant que d’autres espèces invasives.