Nouvel épisode dans une affaire genevoise dont vous n’avez pas fini d’entendre parler. Selon nos informations, deux nouvelles procédures vont être lancées contre Léman Bleu devant l’Autorité indépendante d’examen des plaintes en matière de radio-télévision (AIEP), sorte de gendarme de l’audiovisuel suisse.
Ces textes seront signés par les avocats de Lorella Bertani et Lynn Bertholet, puis envoyés «prochainement, dans les délais impartis (ndlr: avant le 11 juin)», confirme à Blick Mauro Poggia, l’un des deux conseils de la seconde, aux côtés de Raphaël Jakob. Egalement joint, Jamil Soussi, défenseur de la première, ne commente pas.
Sont visés deux sujets diffusés le 31 mars, dans la foulée d’une conférence de presse de la Cour des comptes. Les deux premières plaintes soumises les 6 et 18 mai concernaient un article du 5 février.
Léman Bleu accusée de «mensonge»
Les pièces obtenues listent plus d’une vingtaine de griefs au total. Parmi les plus graves, le média genevois est accusé de pratiquer un «(mauvais) journalisme d'opinion (mal) caché sous l'apparence de contenu informatif», de «mensonge», «d’un acharnement insoutenable», d’avoir «passé sous silence des explications documentées données» et «savamment manipulé» le public ou encore été moqueur et sensationnaliste. Nous y reviendrons.
Rappelons d’abord que les deux femmes ont démissionné la semaine du 11 mai dernier de leur poste de présidente du conseil d’administration et d’administratrice-déléguée de la Caisse publique de prêts sur gages (CPPG) — cet établissement prête de l’argent aux personnes démunies en échange de biens placés en dépôt. La socialiste et l’ex-candidate verte au Conseil national avaient été mises en cause les 9 octobre 2025 et 5 février 2026 par la chaîne locale, financée à hauteur de 3 millions de francs annuels par la redevance.
En résumé, Léman Bleu dénonçait alors «népotisme, recours à des proches pour des petits travaux, rémunérations exceptionnelles» et annonçait une enquête de la Cour des comptes, organe chargé de vérifier la bonne utilisation de l’argent public (la CPPG n’est pas subventionnée, mais elle est en position de monopole et sa survie est garantie par l’Etat). Le 31 mars, la Cour des comptes avait publié un rapport sévère allant dans le même sens. Entre autres pointés du doigt: une gouvernance défaillante et des indemnités extraordinaires «non conformes» dont le Conseil d’Etat pourrait demander le remboursement.
Dans un document de 15 pages, la CPPG avait contesté toute illégalité et taclé, une à une, «de nombreuses erreurs factuelles». Résultat, le reste de la presse s’était montré plus mesuré que Léman Bleu. Lynn Bertholet avait livré sa vérité dans une interview exclusive accordée à Blick le 21 mai.
Termes utilisés jugés «gravement connotés»
Revenons aux plaintes. Sur quoi se basent les accusations de «mensonge»? Les hommes de loi avancent qu’il est faux d’affirmer que le stagiaire français engagé par la CPPG est une «bonne connaissance» de cette dernière alors qu’il s’agit du petit ami d’une ex-collaboratrice d’Epicène, son association venant en aide aux personnes trans.
Après les démissions de Lorella Bertani et Lynn Bertholet, le Conseil d’État a annoncé le 27 mai la nomination de Fabienne Bertolucci, membre du conseil d’administration de la Banque cantonale genevoise, à la tête du conseil d’administration de la CPPG.
La CPPG a subi un vol d’objets précieux d’une valeur totale de 600'000 francs mi-avril, révélait la RTS ce même 27 mai. Une plainte pénale a été déposée par le gouvernement. Selon le Département des finances, ces départs ne sont pas en lien avec cet événement.
À la suite de l’audit sommaire de la Cour des comptes, l’exécutif cantonal propose de modifier la loi sur la CPPG, notamment de réduire le nombre de membres du conseil d’administration de neuf à cinq et de supprimer le poste d’administrateur ou d’administratrice déléguée, jusqu’ici occupé par Lynn Bertholet.
Les deux ex-dirigeantes devraient être entendues par la Commission de gestion du Grand Conseil le 15 juin.
Deux partis de droite populiste, l’Union démocratique du centre (UDC) et le Mouvement citoyen genevois (MCG) demandent une enquête pénale sur la gestion de la CPPG.
Après les démissions de Lorella Bertani et Lynn Bertholet, le Conseil d’État a annoncé le 27 mai la nomination de Fabienne Bertolucci, membre du conseil d’administration de la Banque cantonale genevoise, à la tête du conseil d’administration de la CPPG.
La CPPG a subi un vol d’objets précieux d’une valeur totale de 600'000 francs mi-avril, révélait la RTS ce même 27 mai. Une plainte pénale a été déposée par le gouvernement. Selon le Département des finances, ces départs ne sont pas en lien avec cet événement.
À la suite de l’audit sommaire de la Cour des comptes, l’exécutif cantonal propose de modifier la loi sur la CPPG, notamment de réduire le nombre de membres du conseil d’administration de neuf à cinq et de supprimer le poste d’administrateur ou d’administratrice déléguée, jusqu’ici occupé par Lynn Bertholet.
Les deux ex-dirigeantes devraient être entendues par la Commission de gestion du Grand Conseil le 15 juin.
Deux partis de droite populiste, l’Union démocratique du centre (UDC) et le Mouvement citoyen genevois (MCG) demandent une enquête pénale sur la gestion de la CPPG.
Mauro Poggia, également conseiller aux Etats (Mouvement citoyen genevois), relève une autre «fausse affirmation»: «[Il est dit que] ‘Lynn Bertholet mandate Lynn Bertholet’ alors que […] le cours qu’a donné Madame Bertholet a été validé par le Conseil d’administration [et donc pas uniquement par celle-ci] en octobre 2022 déjà. [Cela démontre] que Léman Bleu n’a pas été animée par la volonté de rechercher la vérité et de dénoncer de potentiels dysfonctionnements, mais uniquement par le désir de nuire notamment à la réputation de Madame Bertholet.»
Des mots jugés «gravement connotés» ou des expressions considérées comme «grossières et moqueuses» figurent dans le texte de la réclamation. Parmi lequels: «tour de passe-passe», «copinage et népotisme» ou encore «miam miam vroum vroum» pour parler des frais de bouche et de taxi.
Arguments «sans aucun fondement juridique»
Les deux tentatives de médiation obligatoires ont échoué. Lors des premières discussions, Léman Bleu, sous la plume de son rédacteur en chef Jérémy Seydoux, écrivait le 3 mars: «[L’usage de] l’ironie est parfaitement licite pour autant qu’elle soit reconnaissable et elle l’a d’évidence été puisque les réclamantes font le choix de s’en plaindre.» Il égratignait aussi des arguments «sans aucun fondement juridique sérieux».
Contacté par Blick le 28 mai, toujours au nom de Léman Bleu, le journaliste en remet une couche. «Ce dossier étant pendant devant l’autorité fédérale compétente, notre avocat nous a fermement conseillé de réserver nos commentaires à celle-ci et c’est ce que nous ferons. Les procédures complaisamment évoquées dans vos questions relèvent d’une tentative d’intimidation qui restera sans résultat. Une actualité récente évoquée par la RTS (ndlr: lire encadré) semble d’ailleurs montrer que Mesdames Bertani et Bertholet pourraient avoir intérêt à s’occuper de leurs propres problèmes plutôt que d’essayer d’en créer à autrui.»
Quelles chances de succès pour les plaignantes?
La réponse de Mauro Poggia fuse: «Comment peut-on tenter d’intimider un média qui a démontré vouloir non pas rechercher la vérité, mais accuser des personnes d’avoir adopté un comportement malhonnête, et cela en occultant les explications documentées données?» L’ex-conseiller d’Etat se demande en outre si Léman Bleu «aurait fait tout ce tapage à l’encontre de deux hommes d’un parti de droite bien implanté». Il juge «sérieuses» les chances de faire condamner Léman Bleu.
L’AIEP a du pain sur la planche. Elle devra aussi déterminer si le public a été «savamment manipulé» pour lui faire «croire que ‘de nouvelles révélations’ […] dépeignent une mauvaise gouvernance voire des malversations systématiques au sein de la CPPG». Et ce alors que ces nouveaux faits présentés par Léman Bleu en février 2026 sont «en réalité les mêmes» que ceux «déjà évoqués en octobre 2025», appuient les mandataires de Lynn Bertholet. Le diffuseur semble au contraire maintenir fermement qu’il s’agit bien d’éléments neufs. La décision n’est pas attendue avant plusieurs mois.