«Les Valaisans ont montré leur pire visage»
Les vacances de ski d'une Genevoise à Verbier ont viré au fiasco

En vacances à Verbier (VS), une Genevoise de 66 ans a fait une mauvaise chute sur les pistes et s'est cassée le bassin. Les secours ont tardé à arriver et les soins qui lui ont été prodigués par l'Hôpital du Valais ont été expéditifs.
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Le 3 mars 2026, Anke fait une mauvaise chute à Verbier et les secours mettent plus d'une heure à arriver.
Photo: DR
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Pascal Scheiber

Des vacances de ski de sept jours à Verbier (VS) ont tourné au fiasco après deux jours d'hospitalisation à Zurich. Anke W.*, une Genevoise de 66 ans, a été victime d'un accident sur les pistes de ski valaisannes. Elle dit avoir vécu son «pire cauchemar». «Les Valaisans ont montré leur pire visage», assène-t-elle. 

Cette Allemande d'origine vit en Suisse depuis 30 ans. Passionnée par le Valais, elle se rend à Verbier pour des vacances de ski. «La neige est fantastique, le panorama spectaculaire.» Alors qu'elle ne tarissait pas d'éloges sur le Valais, Anke tombe de haut: «J'ai découvert un Valais peu professionnel et chaotique», déplore-t-elle.

Retour sur le jour de l'accident, le 3 mars dernier. Peu après 13h, Anke perd le contrôle de ses skis et tombe sur le bassin. Son mari, Rainer, l'évacue en bordure de piste. Elle se plaint de fortes douleurs et ne peut pas continuer à skier. Le couple alerte alors la Rega, ignorant qu'elle n'intervient généralement pas en Valais. Dans ce canton, les secours aériens sont assurés par Air Zermatt et Air Glaciers, coordonnés par le service cantonal de secours valaisan (KWRO). Anke et son mari sont donc pris en charge par un autre service. 

«J'ai ressenti de fortes douleurs»

Il s'avère par la suite qu'Anke s'est fracturé le bassin dans sa chute et malgré le soleil, les températures sont proches de zéro. La centrale d'intervention la met en contact avec un patrouilleur local. «Nous lui avons décrit notre position approximative, ce qui était compliqué car nous ne connaissions pas le nom de la piste. Nous lui avons envoyé l'emplacement par WhatsApp», explique Rainer. Mais le patrouilleur dit ne pas être responsable de ce secteur précis et qu'un de ses collègues prendra contact avec elle. 

Quarante-cinq minutes après l'accident, un autre patrouilleur arrive sur les lieux. Le patrouilleur ne prodigue aucun premier secours et demande à la centrale d'envoyer un hélicoptère. Reiner a d'ailleurs documenté son intervention et Blick a obtenu une copie du document. Plus d'une heure plus tard, un hélicoptère d'Air Glaciers atterrit sur la piste de ski. L'équipage se montre très étonné qu'aucun médecin urgentiste ne se soit rendu sur les lieux de l'accident. Après les premiers soins, l'hélicoptère transporte Anke à l'hôpital à Sion. «J'avais très mal, j'étais transie de froid et je me sentais abandonnée», se souvient-elle.

Anke a-t-elle réellement été livrée à elle-même? «Lorsque nous recevons un appel d’urgence, nos régulateurs médicaux effectuent une évaluation médicale systématique», répond Fredy-Michel Roten, président de l'organisation valaisanne des secours. Dans environ 50% des accidents de ski, les appels sont transférés aux patrouilleurs, qui prennent en charge les secours, précise Fredy-Michel Roten.

Dans le cas d'Anke, un hélicoptère a été immédiatement dépêché. Cependant, en raison d'une réanimation en cours sur un autre site, l'appareil a dû être réaffecté, selon Fredy-Michel Roten. Compte tenu de ses antécédents médicaux, de la nature de ses blessures et de son état stable, la centrale a classé le cas d'Anke comme «non urgent». 

De décembre à avril, c'est la haute saison en Valais, et le nombre de touristes et d'opérations de secours est généralement élevé. «Ce jour-là, il y a eu 36 missions d'hélicoptères. A ce moment, tous les appareils du réseau étaient mobilisés», explique Fredy-Michel Roten. Il ajoute que la durée d'une opération dépend généralement de quatre facteurs: «la priorisation en fonction du nombre d'appels simultanés, l'accessibilité du lieu de l'accident, la prise en charge médicale sur place et les conditions météorologiques». 

Des médecins valaisans virent Anke

Le rapport médical de l'Hôpital du Valais – que Blick a pu consulter – indique que la quadruple fracture du bassin d'Anke a été soignée de façon «conservatrice». Autrement dit: sans intervention chirurgicale, avec beaucoup de repos et des analgésiques. Le médecin décide qu'Anke, elle-même médecin, doit quitter l'hôpital le soir même avec des béquilles. «Je ne pouvais pas me tenir debout, la douleur était insupportable», raconte la patiente, avant d'ajouter: «Ils m'ont dit que je devais mettre du poids sur le côté blessé – une grave erreur.»

Anke et Rainer demandent à être transférés dans un autre service pour qu'elle puisse s'allonger, mais en vain. Les médecins refusent aussi leur demande d'hébergement temporaire en attendant qu'un transport approprié soit organisé. «La façon dont ces médecins m'ont traitée a été catastrophique», conclut la Genevoise, assurée à titre privé. 

Pourquoi l'hôpital a-t-il renvoyé cette patiente chez elle malgré ses douleurs? L'établissement était-il surchargé? Blick a mené l'enquête auprès de l'Hôpital du Valais, après avoir obtenu une autorisation de la patiente pour lever son obligation de confidentialité. «Nous ne commentons pas publiquement le traitement de nos patients, même s'ils ont été libérés de leur obligation de confidentialité», nous répond l'hôpital. 

Rainer a finalement passé plusieurs appels à différents hôpitaux et obtenu un rendez-vous de suivi. A 23h, une ambulance bernoise est venue chercher Anke à Sion et l'a emmenée chez un spécialiste du bassin à Zurich. Elle a payé plus de 3000 francs de sa poche pour le transport et a passé une semaine à l'hôpital de Zurich, puis six semaines en rééducation.

* Nom connu

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