Votation du 14 juin
Salaire minimum vaudois: Benoît Gaillard réfute les menaces de chômage

Le député socialiste vaudois contredit les arguments du PLR et de l'UDC sur le chômage et sur les risques pour les apprentis. Pour lui, le salaire minimum sera une chance justement pour les apprentis, et fera faire des économies au contribuable vaudois.
Benoit Gaillard débunke la droite sur le salaire minimum.
Photo: keystone-sda.ch
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Myret ZakiJournaliste Blick

Ce 14 juin, les Vaudois voteront sur un salaire minimum fixé à 23 francs l’heure. Des salaires minimaux sont déjà en vigueur à Genève (24,50 francs), Neuchâtel (21,35 francs), dans le Jura (21,40 francs), au Tessin (20,50 francs) et à Bâle-Ville (22,20 francs).

Le socialiste Benoît Gaillard, député du canton de Vaud au Conseil national depuis mai 2025, répond aux représentants des branches de l’hôtellerie, du commerce et de la construction. Ces derniers avaient plaidé contre le salaire minimum le 4 mai dernier, aux côtés de représentants du PLR et de l’UDC, opposant au «smic à la française» le «bon sens vaudois». Entretien.

Benoît Gaillard, que répondez-vous à la droite, qui alerte d’une hausse du chômage si le salaire minimum passait?
Cette affirmation est contredite par les faits. Par le cas genevois, pour commencer, où aucun effet significatif n’a été détecté sur l’emploi, malgré un suivi scientifique rigoureux. Ensuite, rappelons que le lauréat du «Nobel» d’économie 2021, David Card, avait déjà démontré dans les années 1990 que l’introduction ou l’augmentation d’un salaire minimum n’avait pas d’effet notable sur le chômage. Cette vue fait consensus en économie aujourd’hui. Il est amusant de constater que même UBS reconnaît sur son site ces conclusions. En outre, une méta-étude récente montre un «effet zero» ou un très faible effet des salaires minimaux en termes de perte d’emplois, dans 90% des études menées sur le sujet. 

Les opposants comparent le salaire minimum au «Smic» français. Aurons-nous un «Smic» suisse?
Non, cette comparaison n’est pas valable. En France, il y a eu jusqu’à 15% de personnes au Smic, actuellement c’est quelque part autour de 12-13%. Ici, on serait plutôt à 5% de personnes concernées. 

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Qui travaille doit avoir plus dans la poche que s’il était à l’aide sociale!
Benoît Gaillard
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Pourquoi n’y a-t-il que 5% de personnes concernées en Suisse?
Parce que la jurisprudence du Tribunal fédéral oblige à ce que le niveau du salaire minimum cantonal soit proche, ou juste au-dessus, des normes sociales. Autrement dit: nous ne pouvons pas avoir un plancher qui augmenterait sans cesse et «rattraperait» de plus en plus de salariés, sans quoi nous sortirions du cadre de la 'politique sociale' pour entrer dans celui de la 'politique économique'. Nous aurons donc toujours un salaire minimum modeste, permettant simplement de garantir un principe simple: qui travaille doit avoir plus dans la poche que s’il était à l’aide sociale!

Les opposants affirment que le salaire minimum nuirait aux apprentis. Que leur répondez-vous?
C’est un faux argument. En fait, les apprentis ne sont pas concernés par le salaire minimum. A Genève, ils sont exclus de la loi sur le salaire minimum. En réalité, la question essentielle aujourd’hui de l’attractivité de l’apprentissage, c’est le salaire après le CFC. On a plus de 20% des titulaires de CFC qui gagnent moins de 4500 francs. Si on introduit un salaire minimum, leur salaire se situera autour de 4250-4300 francs. Il concernera les personnes sans qualification, ou avec une qualification inférieure au CFC.

Que se passera-t-il concrètement pour les non-qualifiés et les qualifiés titulaires de CFC?
Les employeurs maintiendront évidemment une différenciation entre les non-qualifiés concernés par le salaire minimum et les qualifiés disposant d’un CFC. Donc, comme on l’a vu à Genève, les salaires du bas de l’échelle, même s’ils sont légèrement au-dessus du salaire minimum, progresseront aussi un peu avec le salaire minimum. Autrement dit: les titulaires de CFC en boulangerie, coiffure, vente ou cuisine bénéficieront indirectement d’une hausse via le salaire minimum. C’est exactement la revalorisation de l’apprentissage dont on a besoin!

Le salaire minimum est-il une bonne affaire pour les contribuables?
Oui, il est une bonne affaire pour ceux qui paient des impôts. Si on imagine une mère célibataire avec un enfant qui gagnait 3700 francs bruts et qui passe à 4300, elle touche possiblement 65 francs de subsides en moins par mois (estimation conservatrice). Multipliez ça par 5000 ménages concernés et vous avez une économie de près de 4 millions sur le budget de l’Etat.

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