Le lieu est tenu secret jusqu’au dernier moment. Les heureux gagnants de billets mis exclusivement en jeu sur les réseaux sociaux n’en savent pas davantage: ils sont simplement priés de se rendre à Vevey, où des cars les attendent pour les conduire vers une destination inconnue.
Même le trajet fait partie de l’expérience. Lorsque les portes s’ouvrent enfin, la surprise est spectaculaire: le prestigieux hôtel cinq étoiles Mirador Resort & Spa, un joyau accroché au-dessus du Léman.
Cette soirée pas comme les autres, baptisée Parallel, porte la griffe d’Audemars Piguet, global partner du Montreux Jazz Festival depuis 2019. Lancée en 2022, elle est devenue l’un des rendez-vous les plus courus de la jeunesse dorée romande. Chaque année, elle propose une immersion musicale gratuite dans un lieu confidentiel de la Riviera.
Plusieurs centaines de privilégiés, des artistes de premier plan et une seule promesse: vivre un concert inédit, loin des grandes scènes montreusiennes. Blick s’est immiscé dans les coulisses de cette sauterie très VIP organisée le 16 juillet dernier au Mont-Pèlerin.
Les caprices du ciel
A 20 heures, pourtant, le spectacle est ailleurs. La pluie tombe à verse. Les éclairs zèbrent le ciel. Le tonnerre fait vibrer les hauteurs de Lavaux. Quelques minutes plus tôt, certains festivaliers râlaient au moment d’embarquer dans les autobus, les parapluies étant interdits. A l’abri, les fêtards patientent. Une poignée de quinquagénaires grisonnants, impeccablement tirés à quatre épingles, croisent une foule bien plus jeune, extravagante et manifestement venue autant pour vivre un moment unique que pour se montrer.
Sur l’immense terrasse, personne n’ose s’aventurer. La musique s’interrompt. Les bars baissent le rideau. Des agents de sécurité en costume-cravate veillent au grain. Pendant un instant, l’un des événements les plus prisés du Montreux Jazz Festival semble suspendu aux caprices du ciel.
Danser sous l'averse
Puis tout bascule. Une voix s’élève au micro: «La cellule orageuse a dépassé Chardonne.» Un tonnerre d’applaudissements lui répond. Les débits de boissons rouvrent, le son repart, les festivaliers se ruent devant la scène. Jimi Jules, un DJ installé à Zurich, relance la soirée. L’ambiance est électrique. Le vent, lui, redouble. Nom de Zeus! La tonnelle protégeant l’artiste menace de s’envoler. Des techniciens accourent pour la sangler tandis que le panorama se partage entre deux mondes. Côté Valais, le ciel s’éclaircit. Côté Genève, les nuages noirs continuent de s’amonceler.
Au moment où les Australiens de Rüfüs Du Sol prennent les commandes dans une formation réduite, sans leur chanteur, la pluie revient de plus belle. Des trombes d’eau. Avec elles, une sensation de froid presque oubliée après de trop longs jours de canicule. Les capuches et les pèlerines fleurissent, mais personne ne quitte la piste. Les mains restent levées, les smartphones aussi. On danse sous l’averse comme à Paléo, la boue en moins.
Les stars des platines font gronder la scène frappée du logo de la manufacture du Brassus. Les éclairs répondent aux jeux de lumière. Deep Purple aurait presque pu écrire Storm on the Water plutôt que Smoke on the Water, l’hymne né de l’incendie du casino de Montreux lors d’un concert de Frank Zappa en 1971 et devenu indissociable du festival fondé par Claude Nobs.
Le frisson d’une annulation qui plane jusqu’au dernier moment participe lui aussi à cette parenthèse hors norme. Le coup de foudre est collectif. C’est grandiose, inédit, luxueux et avec juste ce qu’il faut de trash. A 23h, les organisateurs se résignent à écourter la soirée d’une trentaine de minutes. L’orage aura bien eu le dernier mot. Mais il aura surtout offert à Parallel son plus beau scénario.
Cet article a été publié initialement dans le n°30 de «L'illustré», paru en kiosque le 23 juillet 2026.
Cet article a été publié initialement dans le n°30 de «L'illustré», paru en kiosque le 23 juillet 2026.