L’UDC peut-il venir chatouiller la majorité de gauche lors de l’élection à la Municipalité de Lausanne le 8 mars prochain? Pour ce troisième épisode de notre série d’interviews de campagne, intéressons-nous au parti le plus populaire de Suisse… qui n’a pas cette aura dans le chef-lieu vaudois.
Drogue, police, chantiers et commerçants mécontents: L’heure des élections approche à Lausanne, et la Municipalité a des dossiers chauds plein les bras. Ces dernières années, le collège actuel – six élus de gauche (3 PS, 2 Vert-e-s, 1 POP) pour un PLR – a essuyé nombre de critiques venues de tous bords. Face à l’immobilisme, certains se demandent s’il ne faudrait pas du sang neuf et des idées nouvelles.
Un élément pourrait changer la donne: le passage au bulletin unique. Depuis cette campagne, les électeurs et les électrices ne votent plus pour une liste complète mais doivent cocher les noms soutenus individuellement (7 choix). Une situation qui met à risque le siège obtenu grâce à l’alliance de gauche par le POP. Des formations du centre et de la droite de l’échiquier politique espèrent en profiter.
A cinq semaines du premier tour (le 8 mars), Blick publie sa série d’interviews de candidates et de candidats à l’exécutif du chef-lieu vaudois. De gauche à droite de l’échiquier politique, nous avons isolé cinq profils qui espèrent insuffler un vent de fraîcheur à Lausanne… et qui ont des chances de récolter des voix.
Dans l’ordre du tirage au sort des listes, nous avons commencé la semaine dernière par la Vert’libérale Virginie Cavalli. Viennent ensuite Guillaume Matthey (EàG), puis Valentin Christe pour l'UDC, ou encore un membre du PLR et de l’alliance de gauche (PS/Vert-e-s/POP).
Drogue, police, chantiers et commerçants mécontents: L’heure des élections approche à Lausanne, et la Municipalité a des dossiers chauds plein les bras. Ces dernières années, le collège actuel – six élus de gauche (3 PS, 2 Vert-e-s, 1 POP) pour un PLR – a essuyé nombre de critiques venues de tous bords. Face à l’immobilisme, certains se demandent s’il ne faudrait pas du sang neuf et des idées nouvelles.
Un élément pourrait changer la donne: le passage au bulletin unique. Depuis cette campagne, les électeurs et les électrices ne votent plus pour une liste complète mais doivent cocher les noms soutenus individuellement (7 choix). Une situation qui met à risque le siège obtenu grâce à l’alliance de gauche par le POP. Des formations du centre et de la droite de l’échiquier politique espèrent en profiter.
A cinq semaines du premier tour (le 8 mars), Blick publie sa série d’interviews de candidates et de candidats à l’exécutif du chef-lieu vaudois. De gauche à droite de l’échiquier politique, nous avons isolé cinq profils qui espèrent insuffler un vent de fraîcheur à Lausanne… et qui ont des chances de récolter des voix.
Dans l’ordre du tirage au sort des listes, nous avons commencé la semaine dernière par la Vert’libérale Virginie Cavalli. Viennent ensuite Guillaume Matthey (EàG), puis Valentin Christe pour l'UDC, ou encore un membre du PLR et de l’alliance de gauche (PS/Vert-e-s/POP).
Sur le ticket à trois têtes de l’UDC, c’est à Valentin Christe que nous avons adressé nos questions. Elu au Conseil communal depuis 2012 alors qu’il n’a que 35 ans, ce juriste de profession – qui travaille dans le secteur public – l’a même présidé entre 2016 et 2017. En décembre 2024, il a débarqué au Grand Conseil vaudois en cours de mandat.
Déjà candidat à la Muni en 2021, il avait obtenu au premier tour un score de 8,34%, le plaçant derrière deux UDC, dont Fabrice Moscheni qui se représente également. Valentin Christe venait alors de clore sa «parenthèse de dissidence» au parti libéral conservateur (PLC), né d’une scission interne à l’UDC Lausanne.
Valentin Christe, à chaque élection à Lausanne, l’UDC est le parti qui compte le plus d’affiches de campagne arrachées. C’est mauvais signe pour votre candidature?
Non, ça montre simplement qu’une certaine logique de vandalisme perdure. Certains milieux, qui clament en permanence leur attachement à la «tolérance», sont apparemment peu soucieux de respecter les opinions d’autrui. Je trouve ça dommage de s’en prendre à des messages politiques plutôt que de débattre du fond. Cela ne me surprend pas, c’est une vieille habitude à Lausanne.
L’une de vos affiches montre des seringues au sol près de ce qui semble être la Riponne. Pour vous, il faut aller encore plus loin que la restriction de l’espace de consommation sécurisé (ECS) aux seuls Vaudois?
Dès que le projet de local de la Riponne a été lancé, nous étions opposés aussi bien à l’emplacement qu’au modèle retenu pour l’ECS, celui du bas seuil. Il y a un écosystème de prestations sociales sans critères d’accès, où chacun peut venir, qui concourt à faire de Lausanne un endroit qui est moins désagréable que d’autres villes pour consommer des stupéfiants. Cela crée inévitablement un appel d’air et nous constatons la présence de nombreux nouveaux toxicomanes. Chacun peut aussi constater le trafic de drogue au quotidien. Après des mois de déni, la Municipalité rejoint maintenant nos revendications et souhaite restreindre l’accès à l’ECS, c’est cocasse. Cela n’a évidemment aucun lien avec l’imminence des élections…
Vous allez même plus loin et désirez exclure les non Vaudois de toutes les institutions dédiées aux plus précaires…
Oui, que ce soit la soupe populaire, les hébergements d’urgence ou certaines prestations de santé. Depuis une bonne trentaine d’années, la gauche dirige Lausanne. La politique du bas seuil est en développement exponentiel. Sur l’hébergement d’urgence en hiver, on est passés d’une cinquantaine de places au début des années 1990… à plusieurs centaines aujourd’hui (ndlr: Lausanne compte 239 places annuelles et a pu ajouter 50 places «Grand froid» en décembre 2025). Malgré cette augmentation des moyens, le dispositif est toujours invariablement saturé. L’absence de critères d’accès à des structures provoque un important appel d’air. L’UDC propose de n’accorder que des prestations strictement limitées dans le temps, pour des motifs humanitaires. Le dispositif bas seuil ne doit pas avoir pour conséquence de saper la cohérence de notre politique migratoire.
Dans ces institutions, vous plaidez pour plus de contrôles. Pour quelle raison?
La situation est en train de devenir hors de contrôle. En ce qui concerne les restrictions d’accès au local d’injection, ce n’est pas une question de nationalité, mais bien de résidence et de lien organique avec Lausanne. Qu’il s’agisse de Suisses ou d’étrangers, ça nous est bien égal. Mais ce n’est pas aux Lausannois de prendre en charge les toxicomanes de toute la région avoisinante, de France voisine, ou même d’autres pays européens. Il nous incombe de venir en aide aux toxicomanes et précarisés lausannois, ça l’UDC ne le remet aucunement en question. Mais il n’incombe pas aux Lausannois d’accueillir toute la précarité des alentours.
La Municipalité prépare une réforme de la police municipale de Lausanne. Qu’avez-vous pensé des deux rapports publiés début février qui font état de racisme et de sexisme?
Ces rapports sont très intéressants. En particulier le rapport Duvillard, qui pointe un certain nombre d’éléments que l’UDC dénonce depuis longtemps. Notamment une ingérence du politique dans l’opérationnel de la police. Ce sont des constats rapportés aussi par l’AFPL, le syndicat de police. Il faut sortir de cette logique. La politique doit fixer le cadre, les moyens alloués à la police, définir les prestations attendues, mais pas micromanager. Sur le fond, ce que l’UDC attend des policiers, c’est que leur comportement sur le terrain, dans leurs interactions avec la population, soit exemplaire. Quelle que soit la personne qu’ils ont en face d’eux. En revanche, nous nous opposons à la logique de chasse aux sorcières qui prévaut actuellement au sein de la Municipalité.
Après les rapports, Pierre-Antoine Hildbrand espère dans «24 heures» une police qui «ressemble à sa population» par son parcours, ses origines et ses expériences de vie. Qu’est-ce que cela vous évoque?
Il faut le dire clairement: la grande majorité de la population n’a aucun problème avec la police. Les études menées depuis plusieurs années par l’EPFZ ou l’Uni de St-Gall le montrent sans aucune ambiguïté. Il faudrait plutôt se demander pourquoi certains individus paraissent systématiquement incapables de se conformer aux règles de vie en société. S’agissant du personnel de la police, je n’ai pas envie d’entrer dans une logique de quotas et de discrimination positive. Si on voulait aller au bout, on devrait élargir la réflexion au corps enseignant et au personnel de santé. Réfléchir en pourcentages de personnes d’origine étrangère, de telle ou telle minorité sexuelle, religieuse ou je ne sais quoi, c’est ouvrir la porte à une forme de communautarisme. C’est l’opposé de la conception que je me fais de la vie en société, en tout cas selon le modèle suisse.
Parlons d’urbanisme, pensez-vous toujours que le chantier de la gare de Lausanne est une manière de se moquer des Lausannois?
Pour nous autres conseillers communaux, ce sont des discussions qui sont un peu lointaines, puisqu’elles ont lieu entre la Municipalité, l’Office fédéral des transports et les CFF. Au vu du retard accumulé, on est parti pour pédaler dans la semoule encore de trop nombreuses années. Le seul point positif, c’est que depuis qu’Albert Rösti a repris le Département des transports (DETEC), on constate que ce dossier est un peu remonté dans la liste des priorités à Berne.
Ce chantier est central dans toute la mobilité de Lausanne. Propulsé à la gestion de l’urbanisme, que feriez-vous différemment?
Depuis dix ans, la coordination des chantiers est un marasme. Si on veut être efficient, il faut recréer la Direction des travaux, divisée entre plusieurs départements en 2016 pour des raisons politiciennes et de lutte de pouvoir. Les services de l’urbanisme, de l’eau, de l’architecture, des routes et de la mobilité, alors réunis sous un seul magistrat en la personne d’Olivier Français, travaillaient de concert et communiquaient mieux. Dernièrement, la Municipalité a annoncé la nomination d’une déléguée aux chantiers. Je ne suis pas sûr qu’un échelon de plus dans le millefeuille administratif règle le problème. Il faut sortir de cette logique des silos, où chaque magistrat a son propre agenda politique.
Et pour ce qui est de la mobilité?
Aujourd’hui, la mobilité de Lausanne est engorgée. D’une part, parce que la population a rapidement augmenté. D’autre part, parce qu’une politique très dogmatique en matière de transports est menée. La Municipalité, avec sa majorité en place depuis 30 ans, a déclaré une guerre plus ou moins affichée contre la voiture en supprimant des places de parc par milliers et en créant des obstacles artificiels sur les routes. Les premières victimes sont les citoyens lambda, qui perdent du temps dans les bouchons ou qui sont coincés dans des transports publics qui n’avancent pas. C’est aussi la vie économique locale qui souffre parce que les clients hors Lausanne renoncent à venir en ville.
Concernant les commerçants, vous plaidez pour leur éviter les «chicaneries administratives». C’est-à-dire?
A Lausanne, la police du commerce n’est pas réputée pour être conciliante envers les commerçants, notamment les tenanciers de bistrots et de restaurants. Sur certaines normes, il y a un effort de souplesse à faire et des règlements communaux à simplifier ou à revoir de fond en comble. Par exemple, quand vous voulez occuper temporairement une partie du domaine public pour intervenir sur un bâtiment ou pour parquer votre véhicule professionnel, la procédure pourrait être revue. Après toute demande, un responsable du service compétent doit venir sur place. Et si, par malheur, vous dépassez d’une journée, on vous facture le prix fort. Ne pourrait-on pas être moins tatillon pour faciliter l’activité économique et donc soutenir l’emploi?
On a parlé des grands thèmes de Lausanne, quel est celui qui vous tient à cœur et dont on n’a pas encore parlé?
Ce qui me préoccupe, c’est le nombre élevé de jeunes qui sortent de l’école obligatoire sans perspective d’avenir. Qui ne se dirigent ni vers les études, ni vers un apprentissage et se retrouvent un peu perdus (ndlr: selon une étude de l’Etat, en 2020-2021, 8% des jeunes Vaudois sont dits «sans solution référencée» à la sortie de l’école). C’est une question de société: certains secteurs sont en pénurie de main-d’œuvre. Il faudrait intensifier les efforts pour rediriger ces jeunes inactifs vers des domaines qui ont besoin de monde. Lausanne compte presque 20% de la population cantonale, on dispose donc ici d’un vrai levier d’action. Je plaide pour plus d’apprentissages. A l’ère du développement de l’IA, ce n’est peut-être pas un mauvais calcul de choisir une profession technique, plutôt qu’exclusivement cérébrale.
Etant donné que l’UDC n’a jamais eu de siège dans cette Municipalité historiquement de gauche, votre enjeu ne se trouve-t-il pas surtout du côté du Conseil communal?
Les deux ne s’excluent pas. Si on croît suffisamment au Législatif, on devient légitime à prétendre à un siège à l’Exécutif. Même s’il est incontestable que la Ville est en l’état très à gauche, cette Municipalité n’est pas du tout représentative du rapport de force au Conseil communal. Il faudrait qu’une pluralité d’opinions puisse s’exprimer. Pourquoi pas un peu plus d’élus qui représentent la classe moyenne, celle qui se lève le matin pour faire tourner le système.
Qu’est-ce qui vous donne un avantage sur vos deux colistiers UDC?
Je ne veux pas faire ma pub au détriment de mes collègues de parti. A quelque part, c’est la suite logique de mon parcours politique. Je suis au Grand Conseil et cela fait longtemps que je siège au Conseil communal, que j’ai présidé. Cela m’a donné une certaine vision des rapports entre cet organe et la Municipalité, un fonctionnement que l’on ne voit pas forcément de l’extérieur. Par ma formation, j’espère apporter une plus-value à la Municipalité de cette ville, à laquelle je suis viscéralement attaché.
Les Vert’libéraux et Ensemble à Gauche, que j’ai interviewé avant vous, observent une tendance du PLR à rejoindre l’UDC sur ses sujets, comme la sécurité. Les libéraux-radicaux marchent-ils sur vos plates-bandes?
Lorsque les élections approchent, tout le monde droitise son discours. Même le syndic Grégoire Junod quand il s’inquiète de la montée de l’insécurité. Cela me réjouit, de voir tout le monde rejoindre nos positions, même si ce n’est hélas qu’une fois tous les cinq ans. Dans une interview pour «24 heures», nous proposions la gratuité de la première heure de stationnement sur le domaine public. Deux semaines plus tard, le PLR déposait un postulat à ce sujet. Il faut préférer l’original à la copie, mais il y a aussi bien de la place pour le PLR que pour l’UDC à la Municipalité.