«La bombe qui vient d'exploser à Lausanne est colossale», écrivions-nous alors. Il y a cinq mois, à la fin de l'été, la Municipalité in corpore présentait à la presse des messages racistes, sexistes, antisémites et discriminatoires ayant circulé massivement entre policiers lausannois sur des groupes WhatsApp depuis 2016. La Municipalité présentera mercredi les résultats de deux mandats lancés en octobre dernier permettant d'établir un état des lieux et d'appuyer l'élaboration de réforme au sein de la police municipale.
Pour rappel: parmi les 10'000 pages de conversations et 6000 photos et vidéos analysées figuraient des blagues racistes, dont une évoquant «une bonne n***esse» en légende d'une photo d'une personne noire. Des références à Adolf Hitler, au Ku Klux Klan ou à un «temps maghrébin… gris, voilé» y étaient également présentes. Une enquête pénale est en cours.
Du racisme «systémique»
«Nous sommes profondément heurtés et choqués face à ce qu'il faut bien nommer comme du racisme systémique», avait déclaré Grégoire Junod, le syndic, ajoutant que ce scandale «brisait un lien de confiance indispensable entre la police et la population». Par décision de la Municipalité, quatre suspensions avaient été annoncées, d'autres devaient suivre. Ce qui n’a pas tardé. Dès le 1er septembre, quatre nouvelles suspensions avaient été prononcées.
La Municipalité ne souhaitait pas uniquement «punir», affirmait-elle. Elle entendait mener «une réforme en profondeur» pour obtenir «un changement de culture». Elle avait donc mandaté André Duvillard, ancien délégué du réseau national de sécurité et ancien commandant de la police neuchâteloise, pour faire la lumière sur les profonds dysfonctionnements de sa police.
Dans un entretien accordé au journal «Le Temps» en novembre, l'intéressé expliquait mener des entretiens individuels et se félicitait que «les gens aient envie de parler». Il disait ressentir «une grande frustration de la base vis-à-vis du politique» et estimait qu'il s'agissait de «réfléchir aux moyens pour que la police soit plus représentative de la population dans sa diversité». Il évoquait également les coûts de son mandat: 1600 francs par jour, pour trente-deux jours de travail prévus, soit 51'200 francs au total.
Recueillir les dénonciations de policiers
Pour accompagner le spécialiste de la sécurité, l'Exécutif annonçait début octobre la nomination de Morella Frutiger au poste de déléguée «Sécurité urbaine et climat de travail 2030». Sa mission: «apporter un double soutien au corps de police et à la Municipalité pour développer et mettre en place les réformes». Elle est entrée en fonction le 1er novembre.
Parallèlement à cela, l'Exécutif communal avait mis en place «une structure externe et confidentielle», auprès de l'étude Kellerhals Carrard, permettant aux policiers de signaler des comportements discriminatoires. Les échanges se faisaient sur une base volontaire et de manière totalement confidentielle, précisait alors la Municipalité.
Que va-t-on apprendre?
Les résultats présentés mercredi restent pour l'heure inconnus. Mais la présence annoncée de Grégoire Junod, de son collègue de l'exécutif Pierre-Antoine Hildbrand, du colonel Olivier Botteron, commandant de la police municipale, et d'André Duvillard laisse présager des annonces importantes.
Dans ce dossier hautement sensible, l'espoir d'un vrai changement est très fort. La réforme de la police lausannoise est notamment au centre de la campagne pour les élections municipales du 8 mars prochain.