Guillaume Matthey, Ensemble à Gauche
«A Lausanne, la gauche molle a des objectifs mous!»

Lausanne se prépare pour des élections, le 8 mars prochain, qui pourraient amener du sang neuf à la Municipalité. Blick continue sa série d'interviews avec l'un des cinq candidats d'Ensemble à Gauche, Guillaume Matthey.
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Elections du 8 mars: Guillaume Matthey (30 ans) est l'un des cinq candidats Ensemble à Gauche à la Municipalité de Lausanne.
Photo: Keystone
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Léo MichoudJournaliste Blick

La gauche de la gauche a-t-elle une chance d’accéder à la Municipalité de Lausanne le 8 mars prochain? Pour ce faire, deux solutions s’offrent aux électeurs: le candidat POP Xavier Roth, présent sur la liste «Une alliance pour Lausanne» aux côtés de plusieurs figures socialistes et vertes… ou toute une flopée – cinq, pour être précis – de candidates et de candidats sur la liste «Ensemble à gauche – solidaritéS et indépendant-e-x-s».

Les enjeux de l'élection à la Muni

Drogue, police, chantiers et commerçants mécontents: L’heure des élections approche à Lausanne, et la Municipalité a des dossiers chauds plein les bras. Ces dernières années, le collège actuel – six élus de gauche (3 PS, 2 Vert-e-s, 1 POP) pour un PLR – a essuyé nombre de critiques venues de tous bords. Face à l’immobilisme, certains se demandent s’il ne faudrait pas du sang neuf et des idées nouvelles.

Un élément pourrait changer la donne: le passage au bulletin unique. Depuis cette campagne, les électeurs et les électrices ne votent plus pour une liste complète mais doivent cocher les noms soutenus individuellement (7 choix). Une situation qui met à risque le siège obtenu grâce à l’alliance de gauche par le POP. Des formations du centre et de la droite de l’échiquier politique espèrent en profiter.

A cinq semaines du premier tour (le 8 mars), Blick publie sa série d’interviews de candidates et de candidats à l’exécutif du chef-lieu vaudois. De gauche à droite de l’échiquier politique, nous avons isolé cinq profils qui espèrent insuffler un vent de fraîcheur à Lausanne… et qui ont des chances de récolter des voix.

Dans l’ordre du tirage au sort des listes, nous avons commencé la semaine dernière par la Vert’libérale Virginie Cavalli. Viennent ensuite Guillaume Matthey (EàG), puis des candidats UDC, PLR, et enfin issu de l’alliance de gauche (PS/Vert-e-s/POP).

Drogue, police, chantiers et commerçants mécontents: L’heure des élections approche à Lausanne, et la Municipalité a des dossiers chauds plein les bras. Ces dernières années, le collège actuel – six élus de gauche (3 PS, 2 Vert-e-s, 1 POP) pour un PLR – a essuyé nombre de critiques venues de tous bords. Face à l’immobilisme, certains se demandent s’il ne faudrait pas du sang neuf et des idées nouvelles.

Un élément pourrait changer la donne: le passage au bulletin unique. Depuis cette campagne, les électeurs et les électrices ne votent plus pour une liste complète mais doivent cocher les noms soutenus individuellement (7 choix). Une situation qui met à risque le siège obtenu grâce à l’alliance de gauche par le POP. Des formations du centre et de la droite de l’échiquier politique espèrent en profiter.

A cinq semaines du premier tour (le 8 mars), Blick publie sa série d’interviews de candidates et de candidats à l’exécutif du chef-lieu vaudois. De gauche à droite de l’échiquier politique, nous avons isolé cinq profils qui espèrent insuffler un vent de fraîcheur à Lausanne… et qui ont des chances de récolter des voix.

Dans l’ordre du tirage au sort des listes, nous avons commencé la semaine dernière par la Vert’libérale Virginie Cavalli. Viennent ensuite Guillaume Matthey (EàG), puis des candidats UDC, PLR, et enfin issu de l’alliance de gauche (PS/Vert-e-s/POP).

C’est cette seconde option que nous explorons aujourd'hui pour ce deuxième épisode de notre série d’interviews électorales. Du côté d’Ensemble à gauche (EàG), c’est finalement Guillaume Matthey qui a accepté de se plier à l'exercice – après des désistements et une concertation démocratique à l’interne à la gauche radicale.

Relativement peu connu du grand public, ce Lausannois de 30 ans milite depuis son adolescence, sans jamais avoir été élu. Il est actuellement doctorant en sociologie à l’Université de Lausanne et se décrit comme un «militant écosocialiste et internationaliste, ex-membre de la Grève du Climat et ancien membre du Collectif contre la spéculation sur les matières premières». D’accord, mais que propose-t-il pour l’avenir de Lausanne qui n’est pas déjà dans les plans de la majorité de gauche de l’Exécutif?

Guillaume Matthey, vous n’êtes pas encore conseiller communal mais vous vous présentez à la Municipalité. Est-ce que ce n’est pas viser un peu haut?
Vous savez, le Centre ainsi que l’alliance PS/Vert-e-s/POP présentent des candidats à la Municipalité qui ne sont pas conseillers communaux. Donc je ne crois pas qu’EàG viserait trop haut en procédant de même. Et ça s’explique par le fait que notre candidature est collective. On se présente à cinq pour porter un programme, pas ma personne. On construit une alternative: une gauche radicale et combative, indépendante des socialistes et des Vert-e-s.

Mais vous, qu’est-ce que vous portez à titre personnel?
Ce que je peux représenter, c’est mon engagement de ces dernières années sur des enjeux écologistes et dans des mobilisations. Contre les violences policières, contre l’austérité et pour le remboursement des soins dentaires. Et en ce moment, pour le salaire minimum vaudois. Ma candidature – celle d’une personne jeune et engagée dans les mouvements sociaux – est on ne peut plus légitime dans ce contexte.

L’un des enjeux de Lausanne est la consommation de drogue et le deal. Chez Ensemble à Gauche, vous défendez, un «accueil universel dans les structures de réduction de risque». Pour vous, il n’y a aucun problème dans et autour de l’espace de consommation sécurisé (ECS)?
Il y a un problème, mais pas celui qui est présenté. Les mesures défendues autant par la Municipalité que, de manière plus radicale, par le PLR et l’UDC, sont simplistes. Elles prennent l’enjeu de la drogue uniquement comme un problème de sécurité publique et de délinquance. Il s’agit d’un problème de santé publique et de précarité. La Ville est en train de revenir sur tout un ensemble de mesures sociales, c’est vraiment malheureux. 

L’ECS est un très bon exemple: lorsqu’il a enfin ouvert, c’était sur un critère universel. Une nécessité, comme le montrent toutes les études et les associations spécialisées en la matière. En fait, mettre des critères de sélection, c’est fermer l’accès à toute une catégorie de personnes qui se retrouveront à consommer dans la rue. Les mesures décidées par le PS et le PLR vont renforcer la problématique de la consommation en pleine rue alors que ces partis prétendent la combattre.

«
La Municipalité fait la guerre aux pauvres plutôt qu’à la pauvreté
Guillaume Matthey, candidat EàG à la Municipalité
»

Parlons de la police et de sa présence au centre-ville. Votre parti défend une réduction drastique du nombre d’agents et leur remplacement par des travailleurs sociaux. Comment la justifiez-vous?
Les études et les associations spécialisées montrent que le travail social a un impact très positif pour les personnes en situation de très grande précarité, de bas seuil ou de toxicomanie. La politique des quatre piliers inclut aussi un accompagnement des personnes, sur lequel la Ville rétropédale. L’accent est mis sur une politique de répression. 

La police elle-même reconnaît qu’elle est inutile lorsqu’il y a des travailleurs sociaux dans les rues. Du moins pour certains problèmes. Mais augmenter le dispositif policier ne résout pas le problème. Ça le déplace, par exemple dans les bus ou dans des zones moins couvertes par la police. Ça coûte plus cher, c’est déshumanisant et ça produit une violence qui renforce le racisme systémique et les violences policières. La Municipalité fait la guerre aux pauvres plutôt qu’à la pauvreté.

Comment est-ce que cela fonctionnerait sur le terrain, sans policiers?
En premier lieu, il faudrait renforcer le nombre de travailleurs sociaux et leur rémunération. On sait que les salaires sont très bas dans le parapublic, victime de l’austérité en cours. Ensuite, on souhaite mettre au cœur du projet le principe du housing first, le fait de lutter contre le sans-abrisme en offrant un logement sans conditions avec un suivi social. Les personnes en situation de toxicodépendance ou de bas seuil se retrouvent souvent à la rue. Si on leur permet de se loger, on les aide à sortir de leur situation. 

Il faut évidemment un investissement massif dans la prévention. On a besoin d’un renforcement des moyens alloués à l’entier du secteur du bas seuil, qui doit refuser des personnes chaque nuit depuis des années. La ville a largement les moyens de loger ces personnes en renforçant les structures existantes. Ensemble à Gauche se bat depuis des années pour augmenter le nombre de places d’hébergement d’urgence. Mais la majorité rose-verte refuse de mettre les moyens.

Deux rapports viennent de sortir sur les discriminations (racisme, sexisme et autres) bien ancrées à la police municipale de Lausanne. Qu’est-ce que vous attendez de la réforme promise par la Municipalité?
On n’attend pas grand-chose de cette Municipalité. Et ce, pour plusieurs raisons. La Muni fait mine de découvrir le problème. Mais notre conseiller communal Pierre Conscience a illustré combien la Municipalité avait méprisé les nombreuses sources qui, depuis une dizaine d’années, alertaient sur les violences et le racisme systémique dans la police. Nos élus ont alerté depuis des années sur des cas de violences et de comportements racistes. 

Cela fait plus de 20 ans qu’on propose une série de mesures minimales pour éviter les violences policières et le racisme institutionnel de la police: une instance pour les dépôts de plainte indépendante de la police; l’interdiction du placage ventral, adoptée mais toujours pas mise en œuvre par la Muni rose-verte; et l’introduction d’un récépissé lors des contrôles de police. Ces propositions trouvent aujourd’hui des échos dans les deux rapports. Et nous voulons un désarmement de la police Municipale!

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La réforme de la police municipale, c’est du vent pour continuer à protéger l’institution policière!
Guillaume Matthey, candidat EàG à la Municipalité
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Et sur la réforme qui se profile?
C’est du vent pour continuer à protéger l’institution policière! La Municipalité rose verte continue d’ignorer le problème du racisme systémique de la police. Comment croire à une réforme de la police à l’horizon 2030, alors que la Ville ignore les alertes depuis des années et vient juste d’augmenter le nombre de policiers à la Riponne. Et c’est sans parler de la question des manifestations, mais c’est un autre enjeu.

Ça tombe bien que vous en parliez. Un des éléments avancés par certains commerçants qui se plaignent de voir leur clientèle disparaître, c’est la fréquence élevée de manifestations à Lausanne. Comme habitué des mobilisations, qu’est-ce que vous leur dites à ces commerçants?
C’est un faux problème. Il n’y a rien, à l’heure actuelle, qui montre que les manifestations induisent une baisse des ventes dans les commerces lausannois. Et c’est grave parce que ça sous-entend de revenir sur un droit fondamental, garanti par la Constitution. Le droit de manifester induit certains dérangements, le vivre-ensemble implique de les tolérer. La consommation de drogue et la mendicité sont aussi des faux problèmes. De notre point de vue, il y a trois difficultés pour les commerces: la concurrence entre eux et avec la vente en ligne; les loyers trop élevés des locaux commerciaux; et l’appauvrissement de la population.

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Ce cadeau aux spéculateurs immobiliers, ce n’est pas l’idée qu’on se fait d’une ville faite pour tout le monde
Guillaume Matthey, candidat EàG à la Municipalité
»

La population du chef-lieu vaudois va continuer d’augmenter. Parmi les projets urbanistiques actuels, il y a celui de la Rasude, près de la gare. Pourquoi y êtes-vous opposés?
Ce n’est pas la première fois que la Ville de Lausanne fait un cadeau au secteur privé. En offrant à Mobimo un plan d’affectation sur mesure qui permettra de gros profits en plein centre-ville, les autorités visent complètement à côté des besoins réels de la population. En l’occurrence, celui de disposer de logements à loyer abordable. Le projet de la Rasude, c’est une tour surdimensionnée de quinze étages, bétonnée et qui va créer un nouvel îlot de chaleur. Sous le couvert d’un projet végétalisé, c’est une aberration écologique: une tour en béton et pas un mètre carré de pleine terre. Tout ça pour un projet qui n’a que 30% de logements abordables.

La Rasude se présente surtout comme un centre économique…
C’est la politique de la Ville. Il y aurait des quartiers adaptés aux logements (Boveresses, Plaines du Loup, Prés-de-Vidy) et d’autres au développement économique. A Ensemble à gauche, on trouve ça aberrant, parce que ça repousse les logements vers l’extérieur de la ville. Une nouvelle fois, c’est un projet qui bénéficie au secteur privé. Les espaces commerciaux et les bureaux sont beaucoup plus rentables, parce qu’ils permettent d’imposer des loyers plus élevés et nécessitent moins de rénovations. Sans oublier qu’on ajoute des places de parking et des années de chantier. Ce cadeau aux spéculateurs immobiliers, ce n’est pas l’idée qu’on se fait d’une ville faite pour tout le monde.

Lausanne en fait-elle assez pour loger ses habitants?
La gauche molle a des objectifs mous. 30% de logements à loyer modéré (seulement sur les terrains communaux), c’est très insatisfaisant. Avec Ensemble à Gauche, ce qu’on défend, c’est 100% de logements d’utilité publique dans tous les bâtiments et sur les terrains qui appartiennent à la Ville. Et d’imposer un minimum de 50% de logements d’utilité publique dans tous les bâtiments privés sur le territoire communal. On veut aussi que la Ville fasse usage du droit de préemption à chaque fois que cela est possible. Le logement est un bien commun, pas une marchandise. Il faut le sortir des griffes des spéculateurs immobiliers!

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C’est important de montrer qu’il y a une pluralité de voix et qu’un projet plus radical existe
Guillaume Matthey, candidat EàG à la Municipalité
»

Quel est, selon vous, le sujet phare de Lausanne qu’on n’a pas encore abordé?
Peut-être que, contrairement aux autres forces politiques, on garde un œil ouvert sur le monde. En particulier sur ce qui se passe à Gaza. La colonisation et le génocide continuent. L’impunité aussi. Nous soutenons l’appel de la société civile palestinienne, la campagne BDS. Nous voulons faire de Lausanne une Apartheid free zone. C’est-à-dire d’éviter que les services de la Ville utilisent des produits qui participent économiquement à l’enrichissement de l’Etat israélien. Mais aussi que les commerces et les espaces culturels ne proposent aucun produit ou événement public qui bénéficie directement au projet colonial israélien.

Vous êtes l’un des cinq candidats Ensemble à Gauche pour la Muni. En vous présentant en dehors de l’alliance PS/Vert-e-s/POP, ne risquez-vous pas un éclatement des voix à gauche?
EàG ne s’est jamais présentée à une élection en s’alliant avec les Vert-e-s et le PS, pour la bonne et simple raison que nous défendons une politique alternative à celle que mène la gauche molle. Une politique réellement combative et qui cherche à répondre aux besoins de la population en général. Depuis 30 ans, la Municipalité à majorité rose-verte ne lutte pas efficacement sur le plan social. A gauche, pas mal de gens découragés pourraient être intéressés par l’idée qu’on porte. C’est important de montrer qu’il y a une pluralité de voix et qu’un projet plus radical existe. Cela justifie pleinement de se présenter.

Soyons honnêtes, il y a peu de chance que vous soyez élu à la Municipalité, mais un peu plus au Conseil communal. Quelle serait votre première mesure en cas d’élection?
Je ne suis pas d’accord avec vous, EàG est la 4e force politique sur sol lausannois juste derrière le PLR. Donc en réalité j’ai à peu près autant de chance d’être élu à la municipalité que les représentants de ce parti! S’il faut citer une mesure, ce serait de rouvrir l’espace de consommation sécurisé à tout le monde, et pas seulement aux Vaudois. Ou alors de réduire le nombre de policiers et de policières pour les remplacer par des équipes sociosanitaires. Ou peut-être de mettre en place les mesures pour lesquelles se bat Ensemble à Gauche depuis des années sur le racisme systémique de l’institution policière.

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