Climat hostile à Lausanne
Après des rapports accablants, la réforme de la police s’accélère

Deux rapports publiés par la Ville de Lausanne pointent la nécessité de réformer la police, notamment face aux discriminations internes. Des signalements évoquent des propos sexistes, des inégalités de traitement et des mises à l’écart.
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Olivier Botteron, Commandant de la Police municipale de Lausanne lors d'une conference de presse.
Photo: keystone-sda.ch

La Ville Lausanne a dévoilé mercredi 4 février deux rapports sur sa police, secouée par les crises depuis plusieurs mois après la révélation de l'affaire des groupes WhatsApp racistes. Ces documents confirment la nécessité d'une réforme, notamment pour détecter les discriminations.

«Les deux rapports confirment que l'organisation actuelle de la Police municipale ne permet pas, notamment, de détecter efficacement les discriminations», a affirmé devant les médias le syndic Grégoire Junod. La réforme ne sera pas toute simple et se fera sur le long terme, a-t-il ajouté, soit un horizon de quatre à cinq ans.

La Municipalité avait ouvert un espace d'écoute en octobre dernier pour le Corps de police (512 postes). Les échanges se sont faits sur une base volontaire et de manière anonyme, soit en présentiel, par téléphone ou par un formulaire en ligne. Cette mission externe a été confiée à l'étude d'avocat Kellerhals Carrard. «Il ne s'agit ni d'une enquête ni d'un audit et ni de la formulation de recommandations», a tenu à souligner l'un des avocats, Me Nicolas Gillard.

Discriminations banalisées

Les 25 témoignages de policiers et policières recueillis, dont un seul ancien collaborateur, et onze en présentiel et quatorze en ligne, ont fait l'objet d'un rapport de synthèse, présenté en premier mercredi. Sur la base donc de perceptions et de ressentis personnels, il met en évidence «une généralisation et une banalisation de discriminations, liées aux origines ethniques et à la religion», a affirmé Me Cendrine Rouvinez.

Des stéréotypes ont été décrits comme «persistants», selon elle. «Des comportements sexistes répétés à différents niveaux de la hiérarchie ont également été révélés», a-t-elle aussi dit, parlant d'attitudes «hostiles et méprisantes» envers les femmes. Les témoignages relèvent aussi des pratiques de promotions «opaques ou influencées par du copinage».

Le document évoque aussi des perceptions de mise à l'écart de personnes ayant des avis divergents soit «une culture de groupes», d'inégalités de traitement dans certains processus internes et de difficultés rencontrées dans le recours aux mécanismes de signalement. Me Rouvinez a aussi fait part de sentiments «d'impuissance, d'usure et de frustration» ainsi que de «perte de confiance vis-à-vis de la Municipalité».

La Municipalité a assuré prend ces retours «avec le sérieux requis», consciente d'une «certaine souffrance» dans les rangs de la police. Elle a d'ailleurs indiqué qu'elle maintenait la structure d'écoute.

Trois axes prioritaires

S'agissant du deuxième mandat, confié à André Duvillard, ancien délégué du réseau national de sécurité et ancien commandant de la police neuchâteloise, il doit mettre en oeuvre des réformes permettant d'améliorer le climat de travail et l'organisation de la Police de Lausanne en faveur aussi bien des policières et policiers que de l'ensemble de la population.

Son rapport intermédiaire montre aussi plusieurs dysfonctionnements. Son analyse, qui doit encore être approfondie, souligne notamment «la nécessité de renforcer les dimensions managériales, sociales et déontologiques de l'action policière». Il parle de trois axes de travail prioritaires: l'analyse et la priorisation des missions, la culture institutionnelle et la modification des comportements basée sur une posture déontologique.

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