En bref
- Depuis 365 jours, les «Veilleurs pour Gaza» se réunissent devant la gare de Lausanne, entre 17h30 et 18h30, pour une manifestation silencieuse. Ils brandissent pancartes et drapeaux pour sensibiliser à la cause palestinienne.
- Malgré quelques aléas, le groupe reste pacifique et discipliné, respectant les conditions imposées par la police municipale.
- La mobilisation regroupe surtout des retraités, mais pas seulement. Un groupe WhatsApp compte une centaine de membres, qui se relaient Danièle, initiatrice de l'événement, n'a manqué qu'une poignée de jours en une année.
Nous rencontrons les «Veilleurs pour Gaza» sous un soleil de plomb. Comme à leur habitude, un peu plus d'une dizaine de personnes sont postées devant la gare de Lausanne, autour du passage-piéton qui mène au métro (ou au McDonald's). Ce mardi 30 juin, cela fait 365 jours de suite qu'ils brandissent en silence pancartes et drapeaux palestiniens, à chaque fois entre 17h30 et 18h30.
A l'heure du retour des pendulaires chez eux, la place est bondée. La grande majorité des passants continue son chemin sans leur prêter attention. D'autres s'arrêtent, les saluent, leur disent «courage». Voire prennent le temps de déposer quelques sous dans une tirelire – pour l'association distributrice de repas Gazaland – ou de signer l'initiative «Pour la reconnaissance de l'Etat palestinien».
Doigt d'honneur et «Vive Israël!»
En une heure, les invectives sont rares. Un homme lance un doigt d'honneur aux pro-Palestiniens depuis sa voiture, un autre crie «Vive Israël» en ouvrant la fenêtre de son véhicule. La réaction des militants: silence et passer à autre chose. «Ce n'est vraiment pas grave. Ça fait partie du jeu et ça ne me dérange pas plus que ça», réagit Danièle, la quadragénaire qui a lancé l'initiative un an plus tôt.
Petit à petit, un groupe WhatsApp d'une quarantaine d'habitués et d'une centaine d'occasionnels s'est constitué. Aucun n'a enchaîné les 365 jours de veille. Mais Danièle, pancarte et drapeau à la main, explique n'avoir manqué que deux semaines lors de vacances et trois jours lors d'un séjour à l'hôpital de son fils.
«Venir ici, c'est nécessaire, exprime la Lausannoise. C'est plutôt rester chez soi qui demanderait du courage.» Qu'il vente, qu'il pleuve ou que la canicule frappe, par 35°C comme par -5°C, au milieu d'un chantier de la gare qui n'a cessé d'évoluer, les Veilleurs ne se plaignent pas. Même à Noël ou le 31 décembre, la veille a eu lieu.
«On ne s'arrête pas, car le génocide continue dans des conditions épouvantables, s'émeut Danièle, debout depuis 40 minutes sous le feu de circulation. Désormais il est fait de privation: d'eau, d'aide humanitaire, d'accès aux soins et à l'hygiène. Sans compter que les bombardements sont toujours là, simplement les médias n'en parlent plus.»
Un pacifisme radical
De l'autre côté du petit chemin qui traverse le chantier de la gare, un duo de militants discute avec un passant, qui s'est arrêté pour signer l'initiative. «Ça fait chaud au coeur de voir des gens donner ce temps et cette énergie pour une bonne cause, nous explique ce dernier, partisan d'une solution à deux Etats entre Israël et la Palestine. C'est important que des personnes se mobilisent, surtout pacifiquement, même si des actions plus radicales bien pensées peuvent aussi faire avancer les choses.»
Il faut dire que depuis ses débuts, la manifestation est autorisée. Tous les 10 jours, Danièle se charge de renouveler l'autorisation auprès de la police municipale de Lausanne. Le sexagénaire Luc, militant invétéré et ancien politologue, en rigole: «Je pense qu'on est mieux perçus que les black blocs par les agents. On leur donne moins de travail. Tout dépend de leurs opinions personnelles, mais généralement je les trouve assez corrects.»
Celui qui veille depuis août 2025 explique avoir eu quelques fois «des militants agressifs» à ses côtés, qui «se mettaient au milieu du chemin pour interpeller les gens». Un comportement qui ne correspond pas aux habitudes du petit groupe, composé essentiellement de retraités: «On leur explique: ici, c'est une manifestation pacifique et silencieuse. On ne perturbe pas le flot des passants, c'est la condition donnée par la police pour rester là. Ceux qui ne jouent pas le jeu, on les vire.»
Contre l'inaction
Les militants qu'il côtoie ont «entre 14 et 84 ans», estime Luc. Parmi eux ce jour-là, Henri n'est venu que deux fois et a l'air un peu plus jeune que la moyenne – il a tout juste quarante ans: «Ça fait un moment que je les vois, tous les jours à la gare. Ce qui se passe en Palestine me choque, et je me sens mal à l'aise et un peu démuni. Alors manifester comme cela, c'est un premier pas qui me convient, pour être en ligne avec ce que je ressens.»
Le sentiment principal qui anime les Veilleurs pour Gaza, c'est l'indignation. Et c'est avec une bonne dose de résilience qu'ils persévèrent. «Je me suis toujours demandée comment vivait la population non-juive à l'heure de la Shoah, conclut Danièle. Mais en fait, c'est tout simple. Il suffit de ne rien faire, de se taire et de prendre le parti du plus fort.»