Un Vaudois témoigne
«Il y avait un homme mort à côté de moi dans l’avion»

Le Vaudois Selim rentrait de son pèlerinage à La Mecque, en Arabie Saoudite, quand un homme a rendu l’âme en plein vol, le 24 mars. Placé dans une housse, le corps a été couché sur les sièges à sa droite pour les trois dernières heures du voyage vers Genève. Témoignage.
Un Vaudois a passé trois heures dans un avion en direction de Genève avec un homme décédé sur le rang d'à côté.
Photo: Shutterstock

En bref

Généré par l’IA, vérifié par la rédaction
  • Le 24 mars, Selim rentrait de La Mecque sur un vol Saudia Airlines entre Djeddah et Genève lorsqu’un passager est décédé en plein vol.
  • Pendant trois heures, ce Vaudois s’est retrouvé assis tout près du corps, placé dans une housse noire sur une rangée de sièges.
  • A l’atterrissage, les passagers ont dû patienter à Genève le temps que les autorités vérifient les circonstances du décès.
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Amit Juillard

Selim comprendra tout dans quelques minutes, quand une vieille femme posera une question en arabe avant de hurler. Pour le moment, le Vaudois a ses écouteurs dans les oreilles. Le vol Saudia Airlines SV237 pour Genève a quitté Djeddah, ville saoudienne de près de 4 millions d’âmes, il y a à peu près trois heures ce 24 mars. 

Le trentenaire est assis bien à l’arrière de l’Airbus A330. Stewards et hôtesses de l’air vont et viennent. Agitation à l’avant de l’appareil. C’est le début d’une expérience «particulière».

Mais avant de poursuivre, un peu de contexte. «Je rentrais de La Mecque où j’avais séjourné du 12 au 24 mars pour la omra, aussi appelée petit pèlerinage, situe l’habitant de Bussigny, près de Lausanne, joint par Blick. Si on l’effectue dans les dix derniers jours du ramadan, c’est considéré comme l’équivalent d’un hajj (ndlr: le grand pèlerinage obligatoire dans l’islam). Je redoutais, je ne savais pas si j’étais légitime, si ma foi était assez forte. Sur place, tous mes doutes ont disparu, c’était hyper puissant, des jours hors de la réalité, entouré de gens du monde entier avec leurs coutumes.»

«Un grand et long sac noir»

Selim n’a pas grandi dans «un cocon spirituel musulman», mais avec sa mère, française et chrétienne, en Suisse. «Mon père d’origine marocaine ne m’a pas beaucoup transmis sa religion, je m’y suis consacré moi-même», confie l’éducateur social, qui raconte pour la première fois la présente histoire publiquement.

Retour à bord. Pourquoi toute cette agitation? Le moment de vérité approche. «Au centre de l’avion, à ma droite, un passager seul sur une rangée de quatre. Il est prié de se déplacer. Ensuite, l’équipage arrive avec un grand et long sac noir, le dépose à ma droite, en long, sur les sièges désormais vides. Un quadragénaire suit, en larmes, et est placé un rang derrière.»

Selim enlève ses écouteurs. «Une femme âgée demande en arabe s’il a rendu son dernier souffle. C’est là que je capte.» Il y a en vérité un corps sans vie dans la housse «complètement fermée». «Elle se met à crier des incantations et beaucoup reprennent ses 'amen'. D’autres viennent apporter leurs condoléances au neveu. Un imam, qui accompagnait un groupe, s’approche et lui explique notamment quelles démarches suivre après l’atterissage et jusqu’à l’enterrement.»

Trois heures à côté d’un cadavre

Les détails filtrent. «C’étaient des Lyonnais, confie Selim, qui préfère ne pas voir son nom de famille et sa photo apparaître dans cet article, par respect pour la famille du défunt et par pudeur. L’oncle était très malade et avait voulu faire son pèlerinage avant de mourir. La symbolique est forte, il a pu partir en paix. Son neveu était triste, mais avait le sentiment du devoir accompli. Il a pu accomplir l’une des choses les plus importantes de sa vie juste avant de décéder. Quand je l’ai compris, l’événement a pris une autre couleur. En cabine régnait une grande solidarité, un grand respect.»

Que ressent-on quand on passe trois heures à côté d’un cadavre dans les cieux? «J’étais gêné d’être là, se souvient Selim. Je n’osais pas continuer mon film.» La camarde était là, juste à côté. «Dur de penser à autre chose…»

Que dit le protocole en cas de décès?

La plupart des transporteurs suivent les directives de l’Association du transport aérien international (IATA), mais des différences existent dans la pratique. Selon ce document daté de janvier 2018, si quelqu’un s’effondre durant le trajet, le cabin crew tente d’abord la réanimation cardiopulmonaire. En cas d’échec après trente minutes ou plus, la personne peut alors être «présumée décédée».

Le ou la commandante de bord, immédiatement avertie, en informe l’aéroport de destination. Le macchabée doit ensuite être placé sur un siège, en position assise, si possible dans une zone moins occupée. Si le vol affiche complet, alors le cadavre est ramené à sa place initiale ou installé ailleurs «sans obstruer les couloirs ou les sorties».

Si disponible, le sac mortuaire doit être refermé «jusqu’à la nuque» puis être attaché. A défaut, des couvertures sont utilisées. 

Toujours selon la même marche à suivre, à l’arrivée, les voyageuses et voyageurs sortent en premier. Les membres de la famille restent. Les autorités locales prennent ensuite le relais. Approchée par Blick le 4 juin, Saudia Airlines n’a pas donné suite à nos sollicitations concernant sa manière de procéder.

La plupart des transporteurs suivent les directives de l’Association du transport aérien international (IATA), mais des différences existent dans la pratique. Selon ce document daté de janvier 2018, si quelqu’un s’effondre durant le trajet, le cabin crew tente d’abord la réanimation cardiopulmonaire. En cas d’échec après trente minutes ou plus, la personne peut alors être «présumée décédée».

Le ou la commandante de bord, immédiatement avertie, en informe l’aéroport de destination. Le macchabée doit ensuite être placé sur un siège, en position assise, si possible dans une zone moins occupée. Si le vol affiche complet, alors le cadavre est ramené à sa place initiale ou installé ailleurs «sans obstruer les couloirs ou les sorties».

Si disponible, le sac mortuaire doit être refermé «jusqu’à la nuque» puis être attaché. A défaut, des couvertures sont utilisées. 

Toujours selon la même marche à suivre, à l’arrivée, les voyageuses et voyageurs sortent en premier. Les membres de la famille restent. Les autorités locales prennent ensuite le relais. Approchée par Blick le 4 juin, Saudia Airlines n’a pas donné suite à nos sollicitations concernant sa manière de procéder.

L’histoire ne se termine pas à l’atterrissage. «Juste après, la police et le personnel médical montent. Consigne nous est donnée de rester assis. Les agents parlent au neveu. Les secours remarquent ensuite que ce sera compliqué de sortir la victime avec tout ce monde autour.»

Attendre la fin de l’autopsie et rentrer

Contacté par e-mail, Ignace Jeannerat, porte-parole de Genève Aéroport, «confirme la survenance d’un décès à bord du vol Saudia reliant Djeddah à Genève le 24 mars». Au sol, en règle générale, le Service de sauvetage et de lutte contre l’incendie des aéronefs (SSLIA) intervient d’abord, notamment avec ambulance(s) et médecin urgentiste. Si le décès est confirmé, la police prend le relais. 

La suite? «Tout ou partie des passagers peuvent être amenés au terminal 2 – une procédure inscrite dans nos plans d’urgence – en attendant [...] la fin de l’enquête.»

«Après une heure, on nous invite à débarquer avec la consigne d’attendre dans une halle, qui ressemble à un endroit où arrivent les bagages, se remémore Selim. Il n’y a pas de chaises pour s’asseoir, mais des bouteilles d’eau nous sont distribuées. Il fallait qu’on attende les résultats de l’autopsie. Si sa mort n’avait pas été naturelle, on aurait été interrogés un par un.» «Quarante minutes plus tard», la libération: Selim et les autres peuvent se rendre à l’immigration.

Combien de derniers souffles en plein vol chaque année?

«Les morts naturelles à bord sont heureusement rares», affirme d’abord Diego Cervantes, porte-parole de l’Association du transport aérien international (IATA), sollicité par Blick. Que disent les chiffres? Le communicant pointe vers la plus récente étude sur le sujet, publiée en septembre 2025 dans le prestigieux «Journal of the American Medical Association» (JAMA).

Le chercheur Paulo Alves et ses collègues calculent un taux de 0,15 décès pour un million de passagères et passagers embarqués. En 2025, quelque cinq milliards de personnes ont été transportées, selon l’IATA. Une simple extrapolation permet donc d’estimer un nombre total de 750 trépas dans les airs par an dans le monde, soit environ deux par jour. Leur enquête se base sur 77’790 «événements médicaux» annoncés par radio ou satellite par les équipages de 84 compagnies durant les années 2022 et 2023.

Les pilotes peuvent décider de dérouter dans l’espoir de sauver une vie, mais ne le font généralement pas si la personne s’est éteinte, précise Marco Chan, chargé de cours à la Buckinghamshire New University, en Angleterre, interrogé en mars 2025 par la BBC. Et ce, notamment pour une question de coûts. 

L’aéroport de Genève connait «2 à 3 cas par année [...], en majorité sur des vols de diverting et non sur des liaisons directes vers Genève, révèle Ignace Jeannerat. La position de Genève au centre de l’Europe et la réputation de l’organisation sanitaire à Genève fait que lors de situations d’urgence médicale les pilotes demandent à se poser en urgence à Genève.»

Et qu’advient-il ensuite de la dépouille? Le chef de la communication détaille: «C’est l’entreprise de pompes funèbres qui prend en charge le corps». Le rapatriement «sera géré ultérieurement» par la même structure, en accord avec les proches.

«Les morts naturelles à bord sont heureusement rares», affirme d’abord Diego Cervantes, porte-parole de l’Association du transport aérien international (IATA), sollicité par Blick. Que disent les chiffres? Le communicant pointe vers la plus récente étude sur le sujet, publiée en septembre 2025 dans le prestigieux «Journal of the American Medical Association» (JAMA).

Le chercheur Paulo Alves et ses collègues calculent un taux de 0,15 décès pour un million de passagères et passagers embarqués. En 2025, quelque cinq milliards de personnes ont été transportées, selon l’IATA. Une simple extrapolation permet donc d’estimer un nombre total de 750 trépas dans les airs par an dans le monde, soit environ deux par jour. Leur enquête se base sur 77’790 «événements médicaux» annoncés par radio ou satellite par les équipages de 84 compagnies durant les années 2022 et 2023.

Les pilotes peuvent décider de dérouter dans l’espoir de sauver une vie, mais ne le font généralement pas si la personne s’est éteinte, précise Marco Chan, chargé de cours à la Buckinghamshire New University, en Angleterre, interrogé en mars 2025 par la BBC. Et ce, notamment pour une question de coûts. 

L’aéroport de Genève connait «2 à 3 cas par année [...], en majorité sur des vols de diverting et non sur des liaisons directes vers Genève, révèle Ignace Jeannerat. La position de Genève au centre de l’Europe et la réputation de l’organisation sanitaire à Genève fait que lors de situations d’urgence médicale les pilotes demandent à se poser en urgence à Genève.»

Et qu’advient-il ensuite de la dépouille? Le chef de la communication détaille: «C’est l’entreprise de pompes funèbres qui prend en charge le corps». Le rapatriement «sera géré ultérieurement» par la même structure, en accord avec les proches.

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