Même le «Financial Times» en parle
Les autorités dévoilent de nouveaux éléments sur les home-jackings à Genève

Le home-jacking se multiplie à Genève et dans le canton de Vaud, avec des attaques parfois violentes contre des propriétaires fortunés. Des bandes repèrent leurs victimes sur les réseaux sociaux avant de passer à l'acte.
La police genevoise attribue sept home-jackings à des bandes du sud de la France et enquête sur cinq autres affaires.
Photo: Shutterstock
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Daniel Kestenholz

Le home-jacking fait, depuis plusieurs mois, parler de lui en Suisse romande. Blick, la RTS, «Le Temps» et la «Tribune de Genève» relatent régulièrement cette série de cambriolages brutaux qui inquiète les propriétaires de villas cossues au bord du Léman. Désormais, la presse internationale s'en empare à son tour. Le «Financial Times» consacre un long article à ce phénomène et apporte de nouveaux éléments sur les auteurs.

Le home-jacking avait particulièrement marqué les esprits en juillet 2025, lorsqu'un groupe d'individus cagoulés avait fait irruption dans une maison de Collonge-Bellerive (GE) et attendu les occupants à l'intérieur. A l'automne 2025, la RTS rapportait que le nombre de cas avait triplé dans les cantons de Genève et de Vaud depuis 2022.

Certaines attaques ont donné lieu à des scènes de violence particulièrement traumatisantes. Un haut responsable de la police genevoise expliquait alors à la RTS que ces cambriolages étaient devenus plus lucratifs pour les auteurs que d'autres délits de vol, les banques et les bijouteries ayant considérablement renforcé leurs dispositifs de sécurité.

De célèbres victimes

Plusieurs victimes sont désormais connues du grand public. En mai, la légende de la Formule 1 Alain Prost a été agressée près de Nyon (VD). Un membre de sa famille a également été blessé lors de l'attaque.

Christophe Burrus, ancien associé principal de la banque privée Vontobel, a lui aussi été victime d'une attaque à son domicile. Un agresseur lui a écrasé la poitrine avec son genou en lui répétant «On va te tuer!». Christophe Burrus a alors actionné le bouton d'alarme installé à côté de son lit, avant de rendre son histoire publique dans les médias.

L'entrepreneur et influenceur Alexandre Mourreau a quant à lui été agressé à deux reprises en l'espace de quelques mois. Ses assaillants lui ont dérobé des montres de luxe d'une valeur de 5 millions de francs. Depuis, il ne sait plus s'il souhaite rester à Genève.

Repérages sur les réseaux sociaux

Selon le «Financial Times», les enquêteurs s'intéressent désormais aussi à la dimension transfrontalière de ces affaires. La proximité avec la France, où la frontière peut être franchie sans contrôles systématiques des passeports, complique notamment le travail de la police des deux côtés de la frontière.

Selon la police cantonale genevoise, sept agressions commises l'année dernière sont attribuées à des bandes indépendantes originaires du sud de la France. Les enquêteurs ont établi un lien entre ces affaires et quatre ressortissants serbes ainsi que sept ressortissants français de la région de Marseille. La chaîne privée genevoise Léman Bleu a par ailleurs rapporté l'arrestation à Marseille de suspects dans au moins cinq autres home-jackings commis à Genève. Selon le parquet, il s'agit de trois suspects originaires d'Europe de l'Est qui devaient être extradés vers la Suisse.

Les enquêteurs soupçonnent par ailleurs les malfaiteurs de repérer leurs victimes avant de passer à l'acte, notamment sur les réseaux sociaux. Selon la police, les photos de montres, de bijoux, de voitures, de vacances ou, plus largement, du mode de vie peuvent fournir des indices sur le niveau de fortune des personnes ciblées.

La sécurité, un enjeu pour Genève

Selon la «NZZ», le phénomène aurait gagné Genève depuis la France, où plus de 500 cas ont été recensés en 2023. En Suisse alémanique, aucun phénomène comparable, avec un nombre de cas aussi élevé et en hausse, n'est actuellement documenté. Reste à savoir si cette différence s'explique par un nombre d'agressions effectivement plus faible, par une plus grande distance avec les réseaux criminels français ou simplement par des méthodes de recensement différentes.

Si la tendance se poursuit, elle pourrait toutefois nuire à l'attractivité de Genève. La Fondation pour l'attractivité du canton de Genève (Flag) met en garde: Genève ne doit pas perdre cet avantage concurrentiel, au risque de voir des entreprises s'installer ailleurs, notamment à Zurich ou à l'étranger.

Les autorités cherchent des parades

Face à ces accusations, l'ambassade de France en Suisse a défendu la coopération entre les deux pays. Selon le «Financial Times», elle la décrit comme «étroite, complète et flexible».

A Genève, les responsables politiques demandent néanmoins de renforcer les dispositifs de sécurité. Ils réclament davantage de policiers aux frontières, des contrôles ciblés, y compris aux petits postes-frontières, ainsi qu'un accès plus rapide des forces de l'ordre aux bases de données des plaques d'immatriculation.

D'autres mesures sont également envisagées pour compliquer le travail des malfaiteurs. Les données relatives aux ventes immobilières, notamment les noms des acheteurs, pourraient ainsi devenir confidentielles alors qu'elles sont actuellement accessibles au public. Dans la commune huppée de Vandœuvres (GE), une sorte de «frontière virtuelle» est déjà envisagée, avec reconnaissance automatique des plaques d'immatriculation et caméras aux entrées de la localité.

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