Une étude tire la sonnette d’alarme
La criminalité augmente à Genève et commence à inquiéter les entreprises

La criminalité a augmenté de 14% en trois ans à Genève, qui reste le deuxième canton le plus exposé du pays derrière Bâle-Ville. Une étude de la Fondation pour l’attractivité du canton s’en inquiète, malgré des effectifs policiers importants.
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Genève occupe la deuxième place des cantons les plus exposés à la criminalité.
Photo: KEYSTONE

En bref

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  • Entre 2022 et 2025, les infractions au Code pénal à Genève ont augmenté de 14,1%, passant de 43'838 à 50'020, tandis que la population n’a crû que de 3,7%.
  • Malgré une densité policière élevée, le canton reste le deuxième plus touché de Suisse avec 94,2 infractions pour 1000 habitants, après Bâle-Ville.
  • Genève affiche le taux d’élucidation le plus faible des grands cantons urbains, avec seulement 17,7%.
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Lucie FehlbaumCheffe de la rédaction Actualité de Blick Romandie

Genève a beau disposer de l’une des plus fortes densités policières de Suisse, la criminalité y reste durablement élevée. C’est le constat dressé par une nouvelle étude de la Fondation pour l’attractivité du canton de Genève (FLAG), qui a passé au crible les statistiques officielles de 2022 à 2025 et les a confrontées au ressenti des milieux économiques.

Entre 2022 et 2025, le nombre d’infractions au Code pénal enregistrées dans le canton est passé de 43'838 à 50'020, soit une hausse de 14,1%. Dans le même temps, la population n’a progressé que de 3,7%. Le nombre d’infractions pour 1000 habitants est ainsi passé de 86 à 94,2.

Deuxième derrière Bâle-Ville

Cette hausse n’est d’ailleurs pas propre à Genève. Le nombre total d’infractions a progressé encore davantage entre 2022 et 2025 dans le canton de Vaud (+50,3%) et à Bâle-Ville (+17,7%), contre +9,2% à Zurich. 

Mais Genève partait déjà de très haut. Avec 94,2 infractions pour 1000 habitants en 2025, elle occupe la deuxième place des cantons les plus exposés du pays, derrière Bâle-Ville (147,6). Viennent ensuite Soleure (80,2), Vaud (77) et Neuchâtel (69,1).

Hausse des home-jackings

La hausse genevoise est principalement alimentée par les atteintes au patrimoine, qui sont passées de 32'057 à 36'844 cas en trois ans. Les vols de véhicules ont notamment progressé de 19,1%, tandis que les cambriolages sont passés de 3334 à 3410 cas.

Certains phénomènes beaucoup moins fréquents attirent également l’attention de la Fondation. Les home-jackings sont passés de 11 cas en 2022 à 18 en 2025, soit une hausse de près de 64%.

Les violences graves ont, elles, progressé de 21,4%, de 201 à 244 cas. Le nombre de viols recensés est passé de 99 à 131 sur la période, même si l’étude rappelle que la réforme du droit pénal sexuel entrée en vigueur en juillet 2024 impose de manier cette comparaison avec prudence.

Beaucoup de policiers, peu de vols élucidés

Un autre chiffre interpelle la FLAG. Genève dispose d’environ un policier équivalent plein temps pour 350 habitants. Il s’agit du deuxième ratio le plus élevé de Suisse, juste derrière le Tessin. La moyenne nationale est d’un policier pour 477 habitants.

Pourtant, lorsqu’il s’agit d’identifier les auteurs des atteintes au patrimoine, Genève obtient le taux d’élucidation le plus faible des grands cantons urbains étudiés: 17,7%, contre 19,7% dans le canton de Vaud, 22,2% à Bâle-Ville et 25,8% à Zurich. L’étude souligne néanmoins que les vols et cambriolages sont, par nature, difficiles à résoudre, notamment en raison de la mobilité des auteurs, de l’absence de témoins et du caractère parfois transfrontalier des affaires.

Pour la Fondation, le problème ne se résume donc pas au nombre de policiers. Elle plaide plutôt pour une modernisation de leurs moyens opérationnels.

Deux patrons sur trois trouvent la situation moins sûre

Cette étude trouve son origine dans une enquête menée en 2025 auprès de dirigeants d’entreprises représentant près de 30'000 emplois, soit environ 10% de l’emploi cantonal. Résultat: 68,2% estimaient que la sécurité s’était dégradée au cours des trois années précédentes. Agressions, incivilités, cambriolages, home-jackings et impression d’une présence policière insuffisante revenaient notamment parmi leurs préoccupations. 

«Depuis, un signal nous a interpellés: dans notre enquête qualitative auprès des dirigeants genevois publiée en octobre 2025, 68,2% estimaient que la situation sécuritaire s’était dégradée au cours des trois dernières années, explique Karine Curti, directrice de la FLAG. Nous avons donc voulu confronter cette perception aux données et regarder objectivement ce qui avait évolué entre 2022 et 2025.» 

Surtout, la sécurité ne semble plus être uniquement une question de qualité de vie. Elle devient aussi un enjeu économique. Dans l’enquête de la FLAG, elle arrive en deuxième position, derrière la fiscalité, parmi les facteurs susceptibles d’influencer le départ d’un dirigeant du canton. «Pour nous, c’était un signal à prendre au sérieux. La sécurité arrive aujourd’hui en deuxième position parmi les facteurs susceptibles d’influencer une décision de départ ou d’investissement pour un dirigeant», souligne Karine Curti.

«Genève bénéficie d’atouts exceptionnels. Mais ces atouts reposent aussi sur une promesse de stabilité et de sécurité», estime Gilbert Ghostine, président de la FLAG. Pour la Fondation, une dégradation réelle ou ressentie de la sécurité finit par peser sur les décisions d’investissement, d’implantation et sur la capacité du canton à attirer des talents.

Bodycams et lecteurs de plaques

Que faire? La FLAG regarde notamment du côté des voisins romands. Vaud avance sur le déploiement des caméras-piétons, le Valais dispose désormais d’une base légale et le Jura a encadré les systèmes de recherche automatisée de véhicules. A Genève, le projet de loi sur les bodycams est toujours en commission et les lecteurs automatiques de plaques restent essentiellement cantonnés à la sécurité routière.

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Genève et la Suisse restent des territoires très sûrs à l’échelle internationale. C’est précisément pour cette raison qu’il est essentiel de préserver cet avantage
Karine Curti, directrice de la Fondation pour l’attractivité du canton de Genève
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La Fondation estime ainsi que Genève accuse un «retard relatif» dans la modernisation de ces outils et évoque notamment la possibilité de lancer des projets pilotes, avec un encadrement juridique et des garanties en matière de protection des données. Ses recommandations vont toutefois au-delà de la technologie: renforcer la présence visible des forces de l’ordre et mieux articuler prévention, répression, protection des victimes et accompagnement social. La Fondation insiste sur le fait qu’aucune de ces mesures ne peut constituer, seule, une réponse suffisante.

L’objectif n’est toutefois pas de présenter Genève comme un territoire dangereux, insiste Karine Curti. «Genève et la Suisse restent des territoires très sûrs à l’échelle internationale. C’est précisément pour cette raison qu’il est essentiel de préserver cet avantage.» La démarche de la FLAG se veut donc avant tout préventive. «Il s’agit de regarder les évolutions suffisamment tôt pour pouvoir agir avant qu’un atout ne devienne une faiblesse. La sécurité a toujours été une force, notre objectif est qu’elle le reste.»

Dans un canton qui mise largement sur sa stabilité pour attirer entreprises, organisations internationales et travailleurs qualifiés, la sécurité devient ainsi, aux yeux de la Fondation, une condition-cadre au même titre que la fiscalité ou les infrastructures.

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