Les cambriolages dans les armureries se sont multipliés en Suisse ces derniers temps. Ce sont le plus souvent des bandes internationales, composées de jeunes, qui sont à l'oeuvre. Ces infractions s'inscrivent dans un phénomène plus large lié à la criminalité organisée internationale qui a atteint la Suisse, selon fedpol.
La police valaisanne a été informée samedi peu avant minuit d'un cambriolage survenu à Sion. Les auteurs avaient forcé la porte d'entrée d'une armurerie avant de s'emparer d'un butin dont la nature n'a pas été précisée et de prendre la fuite en voiture en direction du Bas-Valais. Ils ont franchi un barrage de police.
Des drones, des chiens et un hélicoptère Super Puma de l'armée suisse équipé d'un système de vision nocturne et d'imagerie thermique ont été mobilisés pour les recherches. De même que plusieurs polices cantonales ainsi que l'Office fédéral de la douane et de la sécurité des frontières. Les efforts ont permis d'arrêter sept auteurs présumés, originaires de France et âgés de 16 à 31 ans.
Deux autres cambriolages du même type ont été commis à Sion. Mi-juin, des malfaiteurs s'étaient introduits dans un magasin d'armes à l'aide d'explosifs. Des vols dans des armureries ont également eu lieu cette année au Tessin ou dans les cantons de Zurich et de Schwyz. L'année dernière, des cas avaient été signalés dans les cantons de Saint-Gall, de Zurich et d'Argovie.
Augmentation du nombre de cas
L'Office fédéral de la police (fedpol) a recensé 23 cas de cambriolages ou de tentatives de cambriolage dans des armureries rien que depuis le début de l'année, a-t-il indiqué à Keystone-ATS. Il constate une augmentation du nombre de cas depuis l'année dernière déjà.
Selon les communiqués de police, il s'agit dans presque tous les cas de bandes de voleurs originaires d'autres pays, notamment de France. Ils commettent leurs méfaits avant de prendre la fuite. Fedpol dispose d'indices indiquant que les armes volées en Suisse sont acheminées vers la France. Ces armes sont ensuite utilisées très rapidement lors d'affrontements violents entre groupes rivaux. Les conclusions des enquêtes en cours montrent que ces groupes ont gagné en puissance ces dernières années. Parallèlement, ils agissent «de manière de plus en plus violente, audacieuse et professionnelle».
«Crime-as-a-service»
Parallèlement aux vols d'armes, ceux de véhicules de luxe dans les garages augmentent aussi depuis 2025, selon fedpol. Une recrudescence des «home-jackings», soit les cambriolages de domiciles en présence des occupants, a aussi été observée, qu'ils soient tentés ou réussis, notamment dans la région de Genève.
Fedpol explique que ces différents délits s'inscrivent dans le phénomène du «crime-as-a-service» (CAAS - criminalité en tant que service), une méthode à laquelle recourent de plus en plus souvent des groupes criminels français. Il y a d'un côté les commanditaires, qui donnent le mandat et financent les infractions, et de l'autre les recruteurs, qui enrôlent des «soldats» potentiels via les réseaux sociaux et par le biais de services de messagerie cryptés.
Dans les affaires liées à la Suisse, le recrutement s'effectue généralement via Snapchat. Des vidéos promotionnelles sont également disponibles sur TikTok et Telegram.
Les logisticiens veillent ensuite à ce que les moyens nécessaires à l'infraction soient disponibles, comme des véhicules, des outils, des contacts ou des moyens financiers. L'acte est ensuite commis par les «soldats».
De 500 à plus de 10'000 euros
Depuis janvier, «environ 300 à 350 cas en Suisse» peuvent être attribués à ce phénomène, comme des vols de véhicules ou des braquages. Les auteurs sont «pour la plupart des mineurs ou de jeunes adultes inexpérimentés, sans lien direct avec une organisation criminelle», indique fedpol. En Suisse, ce sont presque exclusivement des hommes qui sont mis à contribution.
Ces jeunes sont généralement contraints de se filmer sur le moment. Les images servent non seulement de matériel de propagande pour recruter, mais aussi de moyen de chantage pour contraindre les jeunes à commettre d'autres infractions.
Si la mission n'est pas menée à bien, les «soldats» s'exposent à des représailles de la part des recruteurs. En échange de sommes d'argent allant de 500 à bien plus de 10'000 euros, ils sont ainsi impliqués dans des infractions pénales, souvent organisées et commises au-delà des frontières nationales.
Selon fedpol, les sommes d'argent proposées sur les réseaux sociaux ne cessent d'augmenter. Le risque que des infractions plus graves impliquant la Suisse soient commanditées s'en trouve ainsi accru.
Taskforce nationale
Des cas de recrutement dans le pays ont été signalés, notamment dans les cantons de Saint-Gall et de Zurich. Fedpol évoque au moins 360 «soldats» identifiés pour des infractions commises en Suisse entre 2025 et la fin juin de cette année, dont dix jeunes Suisses. L'âge moyen était de 21 ans, le plus jeune auteur connu ayant 14 ans.
Fedpol souhaite combattre ce phénomène sur le long terme. La Confédération et les cantons ont mis en place une taskforce nationale.