Inaction du DFAE
Le Jura demande de bannir un ministre israélien de la Suisse

Le Parlement jurassien a adopté une résolution dénonçant l'inaction du DFAE face au traitement des militants pro-palestiniens arrêtés par Israël. Il demande l'interdiction d'entrée en Suisse pour le ministre israélien Itamar Ben Gvir.
Le Parlement jurassien s'attaque à un ministre israélien après les scandales liés à la flotille pour Gaza.
Photo: keystone-sda.ch
sda-logo.jpeg
ATS Agence télégraphique suisse

Le Parlement jurassien a accepté mercredi une résolution dénonçant le traitement réservé aux militants de la flotille pour Gaza, arrêtés dans les eaux internationales par l'armée israélienne, parmi lesquels se trouvaient des citoyens suisses. Il demande au Conseil fédéral d'interdire l'entrée sur le territoire suisse au ministre d'extrême-droite israélien Itamar Ben Gvir et regrette l'«extrême frilosité» du DFAE face aux actes israéliens.

Le 20 mai dernier, une vidéo diffusée par le ministre israélien en charge de la sécurité nationale Itamar Ben Gvir montre les militants les mains attachées dans le dos et accroupis devant leurs tortionnaires, qui s'en prennent à un moment à une militante scandant «Libérez la Palestine», en lui collant le visage au sol.

«Ce genre d'actes sont inacceptables et plusieurs pays, et l'ONU, l'ont fait savoir de différentes manières à l'État d'Israël, le plus souvent de manière énergique, afin de dénoncer fermement ces actes humiliants et méprisables», indique le texte de la résolution. La France et l'Irlande ont par exemple décidé d'interdire l'entrée sur leur territoire à Itamar Ben Gvir, mais aussi à son collègue Bezalel Smotrich pour des incitations à la violence contre les Palestiniens.

«Hausser le ton»

Le DFAE avait réagi sur X en déplorant «le traitement inacceptable réservé à certains participants, qui semble incompatible avec les assurances reçues des autorités israéliennes quant au respect du droit international et des droits fondamentaux. Ces engagements doivent être respectés dans la pratique, notamment en ce qui concerne des conditions de détention humaines, les garanties procédurales et le droit à la défense.» Le DFAE fait ainsi preuve d'une «retenue indéfendable», indique le texte de la résolution.

Son auteur, Rémy Meury (CS-POP), a estimé mercredi à la tribune que «la Suisse doit hausser le ton face à ces actes inacceptables.» La résolution a été co-signée par des députés du PS, du PLR, du PCSI, des Vert-e-s et du CS-POP. Seuls l'UDC et le Centre ne sont pas représentés parmi les co-signataires.

«Etendard de l'extrême-gauche»

La tension est ensuite montée dans la salle du Parlement. Lysiane Farner (UDC) a estimé que «le drapeau palestinien est un étendard de l'extrême-gauche à travers l'Europe». Si la Suisse n'a pas accepté de reconnaître l'Etat de Palestine, c'est «pour une bonne raison», a-t-elle souligné, rappelant que le Hamas avait commis, le 7 octobre 2023, «le plus grand massacre envers les juifs depuis la Seconde Guerre mondiale».

Dénonçant le «communautarisme», elle a aussi rappelé l'explosion des actes antisémites et évoqué une manifestation pro-palestinienne qui a dégéré en fin d'année dernière à Berne, faisant de nombreux dégâts. «Nous refusons que ce conflit politico-religieux soit importé dans le Jura.»

Des déclarations qui ont fait bondir Yann Rufer (PLR). «Je suis atterré de ce que je viens d'entendre, s'est-il exclamé. La résolution demande de condamner des actes qu'un Etat démocratique commet sur un autre Etat. Signer cette résolution, ce n'est pas supporter le Hamas, c'est totalement faux. Cette résolution est profondément humaine.» Le texte a été accepté avec 37 oui, 16 non et 5 abstentions.

Articles les plus lus