En bref
- Le sommet du G7, prévu à Evian à partir du 15 juin, coïncide avec une période cruciale pour le fauchage printanier en Suisse romande, mettant en danger les faons cachés dans les herbes hautes. Les survols de drones pour leur sauvetage sont limités à Genève et dans certaines zones du canton de Vaud en raison des restrictions aériennes liées aux mesures de sécurité.
- Des dérogations pour le survol de drones peuvent être demandées auprès des polices cantonales, notamment pour le sauvetage de faons. Cependant, les autorisations sont soumises à des contraintes strictes, et des refus peuvent survenir en cas d’exigences sécuritaires imprévues liées au G7.
- La date du 15 juin, qui marque le début du G7, est également essentielle pour les agriculteurs en raison des restrictions de fauchage visant à protéger la biodiversité. Chaque année, un grand nombre de demandes de survol sont déposées à cette date. A Genève, les pilotes concernés auront probablement le droit de voler, à condition de terminer leurs missions avant 6h du matin. Certaines demandes restent toutefois en attente.
Alors qu'il obnubile, enflamme et angoisse une bonne partie de la Suisse romande, le sommet du G7 risque aussi d'impacter la faune locale. Par un énième et malheureux hasard calendaire, l'événement tombe en plein fauchage printanier. Sachant que les chevrettes ont l'habitude de dissimuler leurs petits dans les herbes hautes, il s'agit d'une période incroyablement chargée pour les pilotes de drones: leurs appareils équipés de caméras thermiques sont effectivement capables de détecter les jeunes animaux et de les mettre en sécurité avant le passage des faucheuses. Ces missions sont typiquement réalisées très tôt le matin, dès le mois de mai, et se poursuivent jusqu'en été.
Or, en raison de l'immense dispositif de sécurité qu'exige le G7, les autorités genevoises ont été contraintes d'interdire le survol de drones dans l'ensemble du territoire, peu importe le poids de l'engin, du 10 au 19 juin. Idem pour le canton de Vaud, où le Conseil d'Etat s'est hâté d'adopter un arrêté urgent, resteignant les drones du 12 au 18 juin, dans des périmètres au-dessus de Lausanne, Bière et Payerne. «Cette mesure vise à faciliter le travail de sécurisation de l’espace aérien durant le sommet», peut-on lire sur une page officielle dédiée au G7. Si la moindre infraction est susceptible de mener à des poursuites, des dérogations exceptionnelles peuvent être demandées auprès de la police, dans les deux cantons.
Le 15 juin, début du G7, est un jour crucial pour le fauchage
A noter que le timing est particulièrement délicat. En effet, le fauchage de nombreuses parcelles ne peut être effectué avant le 15 juin, dans le but de préserver la biodiversité. «Il s’agit donc d’une date très importante, lors de laquelle nous recevons énormément d’appels d’agriculteurs», précise Marco Verdon, responsable du secteur Nord pour Sauvetage faons Genève.
Rappelant que le dispositif de sécurité entourant le G7 a exigé certaines restrictions indispensables, la Police cantonale vaudoise précise que le fait d’indiquer un motif relatif au sauvetage des faons permet d’être pris en considération plus rapidement. Par ailleurs, les associations concernées ayant demandé des informations en amont ont pu être immédiatement renseignées, afin de les aider à anticiper ces restrictions exceptionnelles. Une analyse au cas par cas de chaque demande est toutefois nécessaire.
C'est effectivement ce qu'observe Boris Bron, vice-président de la Fondation Sauvetage faons Vaud: «Selon les recommandations de la police cantonale, on peut annoncer les parcelles qu’on souhaite survoler via une application dédiée, en précisant qu’il s’agit d’un sauvetage de faons, explique-t-il. Ensuite, on reçoit l’autorisation, ou non.» Une carte interactive répertoriant les restrictions de vol est également disponible sur le site de l'Office fédéral de l'aviation civile (OFAC). Le canton de Genève, ainsi qu'une large zone du canton de Vaud, sont colorés de bleu, indiquant que des règles spécifiques sont en vigueur durant une période définie.
Un risque inévitable pour les faons
«Si l'on suit la procédure correctement, tout devrait bien se passer, sous réserve d’un événement ou d’un imprévu lié au G7, estime Boris Bron. Car à tout moment les autorités peuvent recevoir une instruction et se voir contraintes de refuser des vols. Le 11 juin, par exemple, vers le milieu de la journée, on m’a averti que je devais atterir à une certaine heure, en raison du G7. Même si l’impact devrait rester faible, il y a quand même un risque pour les faons, dans la mesure où il est possible qu'on ne puisse pas terminer ou même commencer certaines missions. Je trouve cela dommage, d’autant plus que c’est tout de même la France qui organise ce sommet, à la base.»
La Police vaudoise confirme: «Si une demande de survol tombe à un moment délicat et que nous recevons l’information qu’aucun drone ne droit survoler telle ou telle zone, les autorisations pourraient ne pas être possibles. Il s’agit de composer avec la situation et d’anticiper au maximum, afin que tout le monde puisse collaborer et faire au mieux son travail.»
Une situation plus incertaine, à Genève
Du côté de Genève, le point central du dispositif sécuritaire du G7, la situation est similaire, bien qu'un peu plus incertaine. «Nous avons obtenu des dérogations jusqu’ici, à condition de cesser les survols à 6h du matin, souligne Marco Verdon. Cela nous convient, car c’est généralement à cet horaire que nos missions se terminent. En revanche, pour ces prochains jours, nos demandes de vol sont encore en attente. L’incertitude règne donc, particulièrement pour les 15 et 16 juin.»
Les journées les plus importantes du G7 coïncident donc malencontreusement avec un moment crucial du fauchage, pour les agriculteurs. «Mais la coordination a été très minutieuse, nous avons travaillé très en amont, afin d’anticiper au maximum cette situation», relève notre intervenant.
Malgré cette inévitable imprévisibilité, Hélène Parini, responsable de l'association Sauvetage faons Genève, encourage quand même les agriculteurs à déclarer leurs parcelles, afin que les pilotes puissent adresser au plus vite leurs demandes de dérogations à la police. «La procédure peut aller très rapidement, mais il possible que l'agriculteur doive quand même faire son travail, si les demandes ne sont pas acceptées, admet-elle. Cette situation complique le sauvetage à tous les niveaux, mais chacun doit composer avec ses contraintes pour faire au mieux. Nous sommes reconnaissants de la flexibilité témoignée par les autorités, compte tenu du contexte actuel.»