Oskar Freysinger revient dans l'arène politique, comme chef de campagne. Sur le site de l'UDC Suisse, nous constatons en effet, sous son nom, la mention de «chef de campagne pour la Suisse romande depuis 2026». L'ex-conseiller d'Etat valaisan et figure de l'UDC s'était pourtant retiré des affaires depuis la retraite. A 66 ans, il passe du temps avec ses petits-enfants. Lorsqu'on l'appelle, il est d'ailleurs avec eux. «Je suis au téléphone», les fait-il patienter.
Mobilisé pour le camp souverainiste
Il confirme l'information: «J'ai reçu un appel de membres de l'association Pro Suisse et de l'UDC en vue de mener campagne contre l'accord-cadre Suisse-UE et pour l'initiative sur la neutralité. On m’a demandé d’être la voix de ce mouvement de rébellion contre cette Suisse qui est en train de brader ses fondements.»
Alors que la campagne «Pas de Suisse à 10 millions» bat son plein, Oskar Freysinger, lui, se prépare pour la campagne contre l'accord-cadre, qui débutera en août. «Ce sera la mère de tous les combats, assure-t-il. Il s'agit du pilier même de tout ce que la Suisse a construit pendant des siècles. Tout le reste a moins d'importance.» Il n'en fallait pas plus pour le lancer sur le sujet.
L'accord-cadre, est-il convaincu, est une adhésion déguisée à l'UE «car on n'a pas osé demander à la population si elle veut y adhérer, parce que même à gauche et dans des milieux a priori inattendus, les gens se rebellent». Seuls 16% des Suisses soutiennent une adhésion à l’UE, selon une étude 2025 de gfs.bern pour Interpharmas.
«Vous pouvez voter, mais...»
L’accord-cadre, souligne l'ex-ministre valaisan, «c’est la fin irréversible de la souverainté suisse au niveau législatif dans presque tous les domaines, car cela concerne tout le marché intérieur européen: avec le mécanisme qui est en place, le peuple suisse ne pourra plus se prononcer, on pourra lui dire 'cause toujours'».
Il s'explique: «Pour basculer dans un système totalitaire comme l’UE, on nous dira 'vous pouvez voter, mais il y aura des sanctions de la part de l'UE, on ne sait pas lesquelles'». De la même façon, poursuit-il, «des lois vont entrer en vigueur avant que le peuple suisse ne les ait votées, dans plein de domaines comme celui l'énergie, et les cantons seront dépossédés de leurs pouvoirs».
Il conteste toute idée de sécurité juridique avec l'accord-cadre: «Quelle sécurité y a-t-il? Des lois dont on ignore ce qu'elles seront et qu’on est obligés de reprendre automatiquement, c’est la plus grande insécurité qu’on puisse imaginer.»
Du fédéralisme à la «délégo-cratie»?
Ainsi, poursuit le ténor de Pro Suisse et de l'UDC, le fédéralisme sera remis en question. «Si nous sommes traités comme une république, nous perdrons les prérogatives des cantons et communes, leurs lois pragmatiques, les impôts bas, et la faible quote-part de l’Etat, et tomberons dans les mêmes travers que les délégocraties, où le peuple donne un chèque en blanc pour 4 ans et où le personnel politique est coopté. Des pseudo-démocraties».
Bref, pour ce vétéran de l'UDC, «on rend les instruments qui ont fait le succès de notre pays. C’est fou!». Ce travail, Oskar Freysinger le fait par conviction: «Je n’ai pas envie de transmettre à mes enfants et petits-enfants une Suisse qui soit aux bottes de l’UE. Ce sera mon dernier combat politique.» Qu'il fera bénévolement: «Je ne suis pas rémunéré, il y aura juste un remboursement des frais.»
Récemment, Oskar Freysinger n'avait pas exactement disparu des radars: ce 9 mai, il a donné un discours à Lucerne lors d'un événement de Mass-Voll pour s’opposer aux accords institutionnels avec l’UE. Mass-Voll, c'est le mouvement fondé en 2021 par Nicolas Rimoldi. Cet ancien PLR de Suisse alémanique s'est d'abord focalisé sur la lutte contre l'obgligation de se vacciner durant le Covid, avant de militer pour une «neutralité perpétuelle intégrale», une immigration restrictive avec «remigration des étrangers illégaux et délinquants», la «démarxisation des écoles», le rétablissement du secret bancaire suisse et l’abrogation de l’assurance maladie obligatoire. Des membres du mouvement extrémiste Junge Tat ont également assisté à cet événement.
Message assumé chez Mass-Voll
Pour Oskar Freysinger, aucun problème: «Mass Voll m’a demandé si je voulais être orateur, il y avait 700 à 800 personnes sur place, ce sont des électeurs et je pouvais faire passer mon message. Ce que j’ai assumé, c’est mon message, c’est tout. Toutes les voix de citoyens suisses sont bienvenues, quelles que soient leurs idées. On n’est pas le juge des idées des gens. Tous ceux qui seront d’accord de faire couler cet accord-cadre pour maintenir la Suisse indépendante, sont les bienvenus.» Pour le Valaisan, «s'il y a des groupuscules de gauche qui m’invitent, j’y vais aussi si c’est pour le même but».
Il déplore les ratés de la gauche lorsqu'il s'agit de protéger le marché du travail: «Si la gauche défend vraiment le prolétariat et les petits salaires, elle ne devrait pas accepter qu'un afflux de main-d'oeuvre étrangère peu qualifiée aboutisse à augmenter le chômage et l'aide sociale.» Pour lui, il est important que la Suisse privilégie avant toute chose la formation des Suisses en tant qu'objectif prioritaire. Et que dans un deuxième temps, elle «garde le contrôle sur l'afflux de main-d'oeuvre extérieure, ne s'ouvrant que dans les secteurs où il existe de réels besoins, à des personnes déjà formées qui contribuent à la construction de l'économie.»
«J'en veux à Cassis»
Ensuite, ce sera la bataille pour la neutralité, l'UDC ayant déposé en 2024 l'initiative «Sauvegarder la neutralité suisse», désormais prête à passer en votation, à une date encore à définir. «Je mènerai aussi campagne pour la neutralité, confirme le Valaisan. Si on a en vue le bien de notre pays, il faut qu’on puisse rester souverains et neutres. C’est notre meilleure carte de défense.»
Oskar Freysinger réprouve l'attitude de la Suisse face à Donald Trump. «J’en veux à Cassis. Il me semble qu’un temps, on avait le souci du bien commun et qu’on n’était pas juste les courroies de transmission des intérêts d'autres puissances. On arrive à discréditer la politique en tant que telle par l’inanité du personnel.»