Le président des Jeunes du Centre Vaud évitera-t-il l’exclusion du parti cantonal? Jean-Robert Terrier s’apprête à être entendu, suite à des critiques qu’il a formulées à l'encontre de Valérie Dittli, par le comité de présidence du Centre Vaud, dans le courant de la semaine prochaine. En attendant, de nombreux soutiens du Centre et d'autres partis se sont manifestés auprès de Blick, pour témoigner en sa faveur, à visage découvert, et dire combien ils trouvent excessive la procédure d’exclusion qui vise le Bussignolais de 23 ans.
Décision le 25 juin
Pour rappel, le 23 mai, la RTS révélait que Jean-Robert Terrier était sous le coup d’une procédure disciplinaire pour avoir critiqué la ministre Valérie Dittli. Le 19 mai, une motion visant ce but était présentée par Pascale Wolff, membre de la section Bourg-en-Lavaux, lors de l’assemblée générale du Centre Vaud. Officiellement, la cause précise de la procédure serait cette déclaration de Jean-Robert Terrier au «Temps» le 5 mai: «Pour la première fois, j’ai honte de dire que je suis centriste». Pascale Wolff aurait dénoncé ces propos car il porteraient selon elle «un préjudice grave à la réputation, à la cohésion et aux valeurs du parti.»
Le 25 juin, une décision sera prise quant à son exclusion ou non par le comité cantonal du Centre Vaud. Si Jean-Robert Terrier était exclu du parti, cela ne concernerait pas sa présidence des Jeunes, car ces derniers sont une association indépendante, et ils devraient statuer eux-mêmes. La conseillère d'Etat Valérie Dittli, 33 ans, fait aussi partie des Jeunes du Centre Vaud.
Pressions et contre-coup psychologique
Depuis qu’il s’est exprimé, Jean-Robert Terrier subirait des pressions pour démissionner, selon nos informations, et recevrait de nombreux coups de fil à ce sujet. En outre, des pressions s’exerceraient depuis le niveau fédéral (Jeunes du Centre Suisse) sur différentes sections romandes de jeunes pour éliminer le soutien à Jean-Robert Terrier. Eprouvé au plan psychologique, le vingtenaire «doit régulièrement couper son téléphone pendant 3 heures pour déstresser», selon l’un de ses proches.
Le président des Jeunes du Centre Vaud s’est adjoint une aide externe et neutre pour le conseiller. Interrogé par Blick, il se dit révolté qu’une phrase sortie de son contexte ait été retenue contre lui: «Il est intellectuellement malhonnête de ne retenir, dans mes propos, que la phrase ‘j’ai honte d’être centriste’ et de faire fi du reste de mes déclarations, qui portent sur les pressions qui s’exercent au sein du parti et sur le manque de liberté de parole que nous subissons. Par ailleurs, je n’ai jamais été contacté par le parti après mes déclarations, ni reçu un seul appel ou mail pour m’expliquer. Il y a eu directement la motion d’exclusion».
«Attaque crasse contre la liberté d'expression»
Gabriel Mühlebach, membre du parti du Centre Vaud exprime clairement son désaccord avec ce qui se passe: «Je suis profondément attristé de ce type de démarches, qui sont une attaque crasse contre la liberté d’expression. Si les règles du Centre Vaud devaient s’appliquer au Grand conseil vaudois, qui a adopté la même posture que Jean-Robert Terrier vis-à-vis de Valérie Dittli, on aurait 145 députés dans un conseil de discipline. Cherchez l’erreur.»
«Ce que je dénonce avant tout, c'est le baillonnage de Jean-Robert Terrier», dit aussi Gabriel Haddad, 21 ans, président des Jeunes du Centre Genève. «Pour moi Jean-Robert Terrier était totalement légitimé à parler de cette situation, compte tenu du fait que non seulement il est représentant de la jeunesse d'un parti et que c'est son rôle, mais que c'est même son devoir de s'exprimer, d'autant que la ministre est membre des Jeunes. Il était donc plus que normal pour lui de prendre position».
Un membre du Centre, s'exprimant sous couvert d'anonymat, pointe plusieurs problèmes. D'une part, «on ne peut pas exclure quelqu'un qui appartient à l'association des Jeunes du Centre Vaud. Ce genre de décision leur appartient. Il faudrait donc classer le dossier, en laissant aux Jeunes du Centre la prérogative de se prononcer». Ensuite, poursuit cette personne expérimentée, «c'est le rôle des partis jeunes d'être le 'poil à gratter' des partis: les jeunes du Centre sont donc dans leur rôle quand ils challengent un peu le parti». Ensuite, et c'est là le point le plus sérieux: «on éjecte quelqu'un en général quand il a commis un acte grave au sens de la loi: harcèlement, détournement de fonds etc, et que cela nuit vraiment au parti. Mais exclure quelqu'un qui s'oppose à une personne, une politique ou un objet de vote, c'est complètement insensé». Et de conclure: «J'espère juste que dans sa sagesse, le comité de présidence va clôturer ce dossier très rapidement. Ne serait-ce qu'instruire ce dossier serait une faute grave, pour moi. Il s'agit du président des Jeunes, pas d'un simple membre. Et son opposition est légitime. S'il y a un vote sur l'exclusion de Jean-Robert Terrier, nous aurions un sérieux problème de gouvernance avec le parti du Centre Vaud, qui nous signifierait: 'soit vous êtes alignés avec le parti, soit vous partez'. Ce dossier devrait être fermé. N'importe qui peut demander l'exclusion de n'importe qui; charge à la présidence de classer la demande lorsqu'elle est non justifiée».
Un membre du Centre, s'exprimant sous couvert d'anonymat, pointe plusieurs problèmes. D'une part, «on ne peut pas exclure quelqu'un qui appartient à l'association des Jeunes du Centre Vaud. Ce genre de décision leur appartient. Il faudrait donc classer le dossier, en laissant aux Jeunes du Centre la prérogative de se prononcer». Ensuite, poursuit cette personne expérimentée, «c'est le rôle des partis jeunes d'être le 'poil à gratter' des partis: les jeunes du Centre sont donc dans leur rôle quand ils challengent un peu le parti». Ensuite, et c'est là le point le plus sérieux: «on éjecte quelqu'un en général quand il a commis un acte grave au sens de la loi: harcèlement, détournement de fonds etc, et que cela nuit vraiment au parti. Mais exclure quelqu'un qui s'oppose à une personne, une politique ou un objet de vote, c'est complètement insensé». Et de conclure: «J'espère juste que dans sa sagesse, le comité de présidence va clôturer ce dossier très rapidement. Ne serait-ce qu'instruire ce dossier serait une faute grave, pour moi. Il s'agit du président des Jeunes, pas d'un simple membre. Et son opposition est légitime. S'il y a un vote sur l'exclusion de Jean-Robert Terrier, nous aurions un sérieux problème de gouvernance avec le parti du Centre Vaud, qui nous signifierait: 'soit vous êtes alignés avec le parti, soit vous partez'. Ce dossier devrait être fermé. N'importe qui peut demander l'exclusion de n'importe qui; charge à la présidence de classer la demande lorsqu'elle est non justifiée».
Ce que déplore le Genevois, «c'est la volonté de certains membres du parti, et des intimés de manière générale, de vouloir le faire taire». Lui-même engagé depuis ses 18 ans en politique, «regrette profondément la volonté d'exclure le président des Jeunes du Centre Vaud, alors que c'est l'un des seuls qui arrive à maintenir une certaine unité et image du parti dans ces moments tourmentés».
Une relève maltraitée et sommée de s'aligner?
Des Jeunes PLR (Parti libéral-radical) et Socialistes ont aussi apporté leur soutien à Jean-Robert Terrier. A l’instar de Yoan Bontems, 19 ans, membre du PLR Vaud et des Jeunes PLR vaudois. «Il s’agit d’une atteinte grave à la liberté de parole, estime-t-il. Le Centre Vaud est en train de bafouer ces principes et dit clairement aux jeunes, qui sont la relève de la politique, qu’ils n’ont pas le droit de parler, et qu’il faut s’aligner».
Yoan Bontems étaient présent à l’AG du 19 mai. «Pour avoir côtoyé Jean-Robert Terrier souvent ces derniers jours et avoir assisté à l’AG, je désapprouve totalement ce qui lui arrive. On parle d’un président de parti de jeunes auquel il est demandé de soutenir une conseillère d’Etat qui est clairement dysfonctionnelle et qui n’arrive pas à bien gérer son département», dénonce Yoan Bontems. «On essaie de museler un jeune parce que c’est le seul qui ose parler de manière publique, et dès lors on le menace. Et nous avons une conseillère d’Etat qui menace ses membres de procédures parce qu’ils la critiquent. Le message donné est que les jeunes doivent s’aliger sur le parti mère.»
Aux yeux de Yoan Bontems, quand Jean-Robert Terrier affirme avoir «honte d’être centriste», cela ne va pas à l’encontre des valeurs du Centre Vaud, mais au contraire cela vise à protéger ces valeurs: «Aujourd’hui, les valeurs du parti son devenues les valeurs de Mme Dittli».
Yoan Bontems estime que ces pratiques auront un prix: «Il est déjà tellement compliqué d’intéresser les jeunes à la politique, et déjà difficile de trouver de la relève, et voilà qu’on dit à la relève qu’au final, ‘vous n’avez pas votre mot à dire’.»
«Tournant assez grave pour la démocratie»
C’est aussi l’avis d’Abdel Saiah, 20 ans, co-président du Parti socialiste à Yverdon: «On lui reproche d’aller contre les valeurs du parti? Prenons le cas des Jeunes socialistes, ils ont toujours exprimé leur mécontentement à l’encontre de conseillers fédéraux ou de conseillers d’Etat. Il a pu même arriver que de Jeunes socialistes disent qu’ils avaient honte d’être socialistes. Mais il n’y a jamais eu de mesures aussi extrêmes prises à leur encontre.»
Plus généralement, l’Yverdonnois est lui aussi très remonté par ce qui arrive à Jean-Robert Terrier: «C’est scandaleux. Je n’ai jamais vu un parti où, quand des oppositions sont exprimées, on se retrouve avec une enquête administrative sur le dos». Pour Abdel Saiah, c’est un «tournant assez grave pour la démocratie». Ce qu’on constate avec cette enquête administrative, résume-t-il, «est qu’on essaie de museler quelqu’un qui a exprimé son avis et qui, en ligne avec la position des autres partis, appelle à ce que le Centre Vaud prenne plus de mesures à l’encontre de sa conseillère d’Etat.»
Pour le Socialiste, il aurait été compréhensible, à la rigueur, d’appeler Jean-Robert Terrier à plus de retenue. Mais «proposer une motion pour l’exclure parce qu’il a dit qu’il faut que Valérie Dittli parte, c’est inimaginable», estime le vingtenaire. D’autant que «beaucoup de monde appelle à sa démission, et que la suite logique est que les Jeunes le fassent également».
En conclusion, Abdel Saiah estime que le Centre Vaud a perdu en crédibilité. «Utiliser son pouvoir au sein d’un parti pour pousser à la démission un opposant est problématique. Je suis co-président du Parti socialiste à Yverdon et agir de la sorte pour moi serait inimaginable.»