Nommé fin avril par le Conseil fédéral à la tête de la Table ronde pour Crans-Montana, Laurent Kurth sait que sa marge entre réussite et échec sera mince. L'ancien conseiller d'Etat neuchâtelois espère néanmoins pouvoir trouver un accord dans les deux ans.
«Le but de cette Table ronde est d'essayer d’inciter l'ensemble des parties (victimes, proches, appelés à réparer le dommage) à trouver un accord extra-judiciaire afin d'éviter une longue procédure civile qui pourrait durer quinze ans», résume le Neuchâtelois. «L'échec est une option, mais, pour l'heure, je suis plutôt confiant», avoue-t-il. «Je souhaiterais qu'en deux ans, on puisse aboutir à une convention ou qu'un résultat potentiel à brève échéance se dessine à ce moment-là.»
Cette Table ronde regroupera des représentants de l'Office fédéral des assurances sociales, de l'Office fédéral de la justice, du Canton du Valais, de la commune de Crans-Montana et divers avocats de victimes ou de prévenus. «Je n'ai pas encore eu contact avec ceux des époux Moretti», précise Laurent Kurth.
Plusieurs centaines de millions de francs
Laurent Kurth connait les enjeux financiers de la démarche. Celle-ci pourrait se chiffrer en centaines de millions d'indemnisations selon le Neuchâtelois. Des avocats ont récemment demandé respectivement 8,2 et 56 millions de francs d'indemnités. Une démarche qui interpelle M. Kurth. «Tout dépendra de ce que l'on parle: si un jeune de moins de 20 ans, victime de ce drame, est totalement empêché de travailler et doit recevoir des soins toute sa vie, son dommage atteindra effectivement plusieurs millions de francs», confirme le Chaux-de-Fonnier, interrogé par Keystone-ATS.
«Cette somme de 8,2 millions de francs – bien que conséquente – n'est donc pas lunaire pour une telle situation. Au cumul, on pourrait atteindre des demandes d'indemnisation pour plusieurs centaines de millions de francs pour l'ensemble des dommages subis. La question centrale est de savoir si elles pourront être honorées ou si les moyens manqueront.»
Un processus de médiation
Au vu des sommes en jeu, la table ronde voulue par le Conseil fédéral pourrait devenir le principal enjeu d'un drame qui a fait 41 morts et 115 blessés. Un avis que ne partage pas Laurent Kurth: «il s'agit plutôt d'un processus parallèle au travail de la justice pénale. La Table ronde servira à parler des questions financières, à faire preuve d'empathie et à la reconnaissance du drame.
Et d'étayer ses dires: «dans un processus de médiation, il y a des règles à respecter, notamment celle de la confidentialité des débats et de pouvoir travailler dans le respect et dans le calme. Rien de ce qui sera échangé ne pourra être utilisé dans le cadre de la procédure judiciaire.»
Au niveau politique, l'ancien conseiller d'Etat neuchâtelois n'estime pas que la mise sur pied de cette table ronde soit une forme de réponses à diverses critiques émanant de l'Italie. «Je n'ai pas ce sentiment», confirme-t-il. «En mettant sur pied cette Table ronde, il y a plutôt une volonté d’éviter un engorgement de la justice et toute forme d'iniquité dans le traitement des victimes. «