Drame de Crans-Montana
Jacques Moretti est actuellement auditionné, sans son épouse jugée trop fragile

Le propriétaire du bar «Le Constellation» fait face ce lundi aux procureures du canton du Valais. L'état psychique fragile de son épouse a conduit la justice à annuler la confrontation prévue.
Jacques Moretti face aux juges cinq mois après le drame.
Photo: AFP

Jacques Moretti, propriétaire du «Constellation», est de nouveau entendu lundi par les procureures, cinq mois après sa dernière audition dans ce dossier. Comme en juin, cette audition devait initialement se dérouler en présence de son épouse, Jessica Moretti, également propriétaire du bar.

Mais les procureures du canton du Valais ont renoncé à entendre cette dernière après qu'une psychologue-psychothérapeute a alerté sur son «état de fragilité psychique particulièrement important» et les risques liés à une «confrontation directe» avec son mari. Jacques Moretti est en détention provisoire depuis mi-août pour des violences présumées sur son épouse à leur domicile.

Début d'audience à 8h30

Ce lundi, Jacques Moretti a directement rejoint le lieu de son audition qui débutait à 8h30 – le campus universitaire Energypolis de Sion (Valais) – en fourgon cellulaire, arrivant bien avant les premiers représentants des médias. Il a ensuite bénéficié de la présence de son avocat, Me Patrick Michod.

Plusieurs victimes, dont certaines portent les stigmates de l'incendie, ainsi que des proches de victimes, ont aussi fait le déplacement, ont constaté des journalistes de l'AFP. Plusieurs ont toutefois choisi d'assister à son audition. «Nous espérons que Jacques Moretti en finisse avec les faux-fuyants. Que les zones d'ombre soient dissipées dans ce dossier», a résumé, interrogé par Keystone-ATS, Me Gilles-Antoine Hofstetter, l'un des avocats des parties civiles, juste avant l'audition du jour.

Mère d’une victime, Laetitia Brodard-Sitre s’est dite «déçue de l’absence d’audience en mode confrontation. Je veux savoir ce qui s’est passé cette nuit-là». «Il n'y a que nos enfants qui comptent, on ne lâchera rien pour eux», a ajouté Astrid Panine, mère de l'une des serveuses décédées dans l'incendie.

Jacques Moretti avait déjà passé 14 jours en détention provisoire du 9 au 23 janvier dans le cadre du dossier de l'incendie du bar, qui a fait 41 morts et 115 blessés dans la nuit du Nouvel An. Le drame survenu en pleine célébration de la Saint-Sylvestre a principalement frappé des adolescents et de jeunes adultes, dont de nombreux étrangers, en particulier des Italiens et des Français.

Les premiers éléments de l'enquête font apparaître que l'incendie a été déclenché par les étincelles de bougies «fontaine» qui ont enflammé une mousse insonorisante au plafond du sous-sol du bar. Les investigations s'articulent autour de la question de la responsabilité des autorités communales et du couple Moretti.

17 inculpations

Les inculpations se sont succédé au fil de l'enquête pénale, qui vise désormais 17 personnes: le couple de Français propriétaire du bar, huit élus ou anciens élus communaux, dont le président de Crans-Montana, Nicolas Féraud, et sept employés ou anciens employés des services communaux.

Les responsables de la commune ont reconnu, juste après le drame, qu'aucun contrôle de sécurité ni inspection liée aux risques d'incendie n'avait été effectué dans le bar depuis 2019. Tous les prévenus sont poursuivis pour «homicide par négligence, lésions corporelles par négligence et incendie par négligence».

Début juin, deux avocats des parties civiles avaient réclamé aux magistrats suisses une requalification des charges pesant sur les Moretti, après la révélation d'échanges de ces derniers avec des employés attestant de leur connaissance d'un risque d'incendie.

Ils demandent aux magistrates de les inculper pour «meurtre par dol éventuel» et non plus pour «homicide par négligence». Le droit pénal suisse considère que le dol éventuel existe lorsqu'une personne n'a pas l'intention directe de provoquer un résultat, mais envisage sérieusement sa survenance et l'accepte malgré tout. Les peines encourues peuvent aller jusqu'à la prison à vie.

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