«On veut embellir Le Constellation pour les touristes»
La mère d'une victime accuse Crans-Montana de vouloir cacher la tragédie

Crans-Montana veut transformer les ruines du «Constellation» en lieu de mémoire, en habillant la façade du bar incendié. Une démarche que conteste une mère de victime. Elle accuse la commune de vouloir masquer la tragédie et réclame que les visages des victimes soient visibles sur le mémorial.
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La commune de Crans-Montana veut transformer «Le Constellation» en mémorial.
Photo: Commune de Crans-Montana

En bref

  • Dix mois après l’incendie, «Le Constellation» est condamné par des planches et scellé par la police
  • Le Commune de Crans-Montana prévoit un mémorial sobre avec une façade en bois, un auvent et des étoiles en hommage aux victimes
  • Une mère de victime, Vinciane Stucky, critique ces projets, qu’elle considère comme une façade
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Claude Ansermoz
Martin Meul et Claude Ansermoz

Près de dix mois après le terrible incendie du «Constellation» à Crans-Montana, le bar est resté figé: les fenêtres sont condamnées par des planches en bois et des scellés de police sont apposés à toutes les entrées.

Mais cela devrait bientôt changer: la Commune de Crans-Montana souhaite transformer le bar en mémorial. Une initiative que Vinciane Stucky, mère de Trystan, décédé dans l’incendie, approuve sur le principe, mais dont elle critique la forme. «On veut embellir 'Le Constellation' pour les touristes», déplore-t-elle auprès de Blick.

Des étoiles en mémoire des victimes

Lundi, la Commune a dévoilé son projet pour l’extérieur du bar incendié. «Le Conseil communal souhaitait accorder une attention particulière à l’apparence extérieure du Constellation», explique Marielle Clivaz, conseillère communale chargée des affaires sociales, dans un communiqué. Pour préserver les lieux et leur donner un «aspect sobre et respectueux», la Commune prévoit d’installer un écran sur la façade ainsi qu’un toit provisoire.

Les images du projet montrent un auvent orné d’étoiles et une façade vitrée recouverte de bois. Selon la Commune, le futur mémorial devant le Constellation se veut sobre et apaisant. «Les proches qui le souhaitent pourront y faire apposer le nom de leur défunt», relève l'élue.

Tout cela n’est-il qu’une façade?

Vinciane Stucky désapprouve ces projets. A ses yeux, les plans de la Commune relèvent moins d’un véritable hommage aux victimes que d’une volonté de masquer la tragédie. «On veut mettre un joli emballage par-dessus tout pour les fêtes, afin de dissimuler autant que possible les événements tragiques du 1er janvier.» Selon elle, le véritable objectif est de préserver le bon déroulement des festivités et d’éviter que les touristes ne soient dérangés.

«On dissimule les choses, comme toujours à Crans-Montana», regrette-t-elle. Selon elle, inscrire les noms des victimes sur le mémorial serait le strict minimum. «La Commune l’a tout juste accepté.» Vinciane Stucky aurait aussi souhaité que les visages des victimes soient représentés. Une proposition rejetée, au motif qu’elle risquerait de déranger le voisinage. «Les pauvres», ironise-t-elle.

Interpellée par Blick, Marielle Clivaz nous a fait parvenir cette réponse de la chancellerie: «La commune de Crans-Montana comprend la douleur des familles endeuillées et, dans ce qu'elle entreprend, elle veille à honorer la mémoire de celles et ceux qui sont si brutalement partis à cause de la tragédie. Dans cet esprit, nous avons prévu d’afficher les prénoms et noms des victimes sur la palissade temporaire qui est mise à l'enquête au Constellation. La commune rappelle qu'elle n'est pas la propriétaire de ce lieu et que toute action à cet endroit est encore fortement limitée en raison de l'instruction en cours.»

Une mère qui reste combative

Déterminée, Vinciane Stucky lance un avertissement à la Commune: «Je veillerai à ce que la photo de mon fils soit accrochée là-bas. S’il le faut, nous l'afficherons six fois par jour. Je réaménagerai personnellement ce mémorial.»

Pour elle, son fils et les 40 autres victimes de l’incendie ne peuvent pas être réduits à des simples prénoms, numéros ou statistiques, ni simplement être désignés comme «les victimes du 1er janvier». «Ce sont des êtres humains. Des enfants, des adolescents, des femmes et des hommes qui avaient un visage, une personnalité, une famille, des amis et leur propre histoire. Et toute une vie devant eux», rappelle-t-elle.

Vinciane Stucky comprend la nécessité de protéger le bâtiment. Mais elle refuse que cette mesure serve à masquer la tragédie. «Recouvrir les lieux d’un emballage étoilé pour effacer ce qui s’est passé ici, c’est hors de question. Jamais», martèle-t-elle. Pour elle, les habitants comme les touristes doivent pouvoir voir les visages de celles et ceux qui ont perdu la vie dans l’incendie.

Pour la commune, «ces deux projets sont temporaires car les démarches en vue de la création du Mémorial seront menées par l'association Mémorial Crans-Montana 2026. Cette association est déjà en contact avec les familles et la commune est convaincue que le comité de cette association sera sensible aux attentes et demandes des familles endeuillées.»

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