Les mesures d'économies portées par la conseillère fédérale Karin Keller-Sutter font trembler de nombreux secteurs. Le domaine de la formation ne fait pas exception, c'est quelque 460 millions de francs d'économies annuelles qui menacent l'enseignement supérieur dès 2027. Face à cette perspective, étudiants et syndicats entendent bien ne pas se laisser faire et multiplient depuis plusieurs mois des actions.
Cette semaine, des mobilisations sont organisées avec un mot d'ordre: dénoncer la hausse des taxes universitaires et les coupes dans la recherche et l'enseignement. Parallèlement, le Conseil national a débattu ce mardi du paquet d'allègement budgétaire (PAB) et affine les contours. Quelles actions sont prévues, et quelles sont les revendications des étudiants? Le point.
Pour saisir la situation actuelle, il faut rembobiner à septembre 2024. A cette date, un rapport établi par un groupe d'experts mandaté par le Conseil fédéral liste une série de mesures d'économies – et met immédiatement le feu aux poudres. Au total, le programme prévoit 8,5 milliards de francs d'économies sur trois ans, destinés à financer à la fois la 13e rente AVS et l'augmentation du budget de l'armée.
L'année dernière, de nombreuses mobilisations se sont succédé sur les campus romands. Le 1er octobre, une manifestation nationale a réuni des milliers d'étudiants à l'appel des syndicats. Dernier fait d'armes sur le plan politique: en décembre, le Conseil des Etats a réduit d'un tiers les économies souhaitées par le gouvernement, allégeant les coupes dans le domaine de la formation d'environ 67 millions de francs. Enfin, ce mardi, le Conseil national s'est à son tour emparé de ce controversé plan d'économies.
La crainte de la flambée du prix des taxes universitaires
La crainte principale des étudiants? Une hausse des taxes universitaires. En Suisse, celles-ci oscillent entre 500 et 1000 francs par semestre selon les établissements. Genève et Lausanne figurant parmi ceux qui pratiquent les tarifs les plus bas. Mais la donne pourrait changer sous l'effet du plan d'austérité, avertit le syndicat des services publics (SSP). «Des augmentations de taxes sont déjà pendantes dans différentes universités suisses», rappelle Léa Riegler, représentante du syndicat. Selon ce dernier, les frais d'études pourraient doubler, voire quadrupler.
Une crainte que la syndicaliste juge pleinement fondée: «C'est une suggestion à peine déguisée du Conseil fédéral pour compenser les coupes», tonne-t-elle. Des hausses de taxes ont déjà eu lieu cet automne, la HES SO a ainsi vu ses frais d'études grimper de 40%. Mais Le SSP va plus loin, il demande même la gratuité des études pour tous.
A Genève, l'association des étudiants CUAE tire également à boulets rouges contre ce plan d'austérité depuis des mois. Pour sa secrétaire, Zora Holzer, la situation reste «floue»: «Nous n'avons aucune garantie de la part du rectorat que les taxes universitaires n'augmenteront pas.» La membre du syndicat étudiant concède toutefois que, même pour le rectorat, la situation est «complexe».
22 millions de francs en moins par année pour l'Unige
Sollicitée, l'Université de Genève se dit «pas favorable» à une hausse des taxes universitaires, tout en soulignant que «la décision appartient aux autorités cantonales». Elle précise partager les craintes des étudiants et de son personnel, et confirme que les mesures d'économie envisagées par la Confédération «pourraient s'élever à plus de 22 millions de francs par année» pour l'institution.
Son porte-parole tient par ailleurs à rappeler que l'université mène «un important travail de sensibilisation auprès des parlementaires fédéraux». Et qu'elle s'engage, ajoute-t-il, dans le «débat public».
Une semaine de mobilisation
Le SSP organise cette semaine une trentaine d'actions à travers la Suisse romande, dont la majorité se déroule sur les campus. Ce mardi matin, une septantaine d'étudiants de l'Université de Neuchâtel (UniNE) ont manifesté dans la cour du Château, en marge de la session du Grand Conseil. Ils ont scandés «A bas les coupes!», rapporte l'ATS. A Lausanne, des tracts ont été distribués à la sortie des députés du Grand Conseil vaudois en fin de journée.
«C'est déjà la troisième semaine de mobilisation depuis un an», rappelle Léa Ziegler, pour qui remettre le sujet à l'ordre du jour est primordial alors que les discussions se tiennent à Berne même si elle dit ne pas nourrir «beaucoup d'espoir au vu des majorités présentes au parlement». Ces mobilisations comptent, insiste-t-elle: «Il est primordial que ce ne soit pas uniquement la voix des parlementaires qui soit entendue.» Une grande manifestation aura lieu à Genève jeudi soir. Des actions ont aussi lieu dans d'autres villes du pays comme Zürich, Berne ou Bâle.
Des coupes cantonales également
Ces mesures s'ajoutent par ailleurs aux coupes décidées au niveau des cantons. A Genève, par exemple, le Grand Conseil a ainsi voté en décembre dernier une réduction de deux millions de francs par an de la subvention aux hautes écoles passant de 35 à 33 millions. Une mesure que la gauche et le MCG avaient décidé de combattre par la voie du référendum. Pari réussi, en février, la Jeunesse socialiste genevoise (JSG) déposait à la Chancellerie 5954 signatures, rapportait alors «Le Temps».
Au bout du lac, la CUAE dénonce des attaques «permanentes» contre les étudiants, faisant référence au vote du 8 mars accordant une dérogation au salaire minimum – une mesure portée par les milieux patronaux.