Conseil d'Etat vaudois
Isabelle Moret défend le contre-projet sur le salaire minimum

Le Conseil d'Etat vaudois a présenté jeudi son contre-projet sur le salaire minimum, soumis au vote le 14 juin. Défendu par Isabelle Moret, il fixe le montant à 23 francs, mais privilégie les conventions collectives de travail.
La conseillère d'Etat vaudoise Isabelle Moret le 24 septembre 2025 à Lausanne.
Photo: KEYSTONE
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ATS Agence télégraphique suisse

Isabelle Moret a défendu jeudi la «voie médiane» du Conseil d'Etat vaudois sur l'introduction d'un salaire minimum, soumise au peuple le 14 juin. Un tel salaire doit être instauré dans le canton, mais en tenant compte des «réalités du terrain».

Les deux initiatives, portées par la gauche et les syndicats, proposent un salaire de 23 francs par heure. Le contre-projet du Conseil d'Etat prévoit le même montant, mais avec une différence majeure: les conventions collectives de travail (CCT) doivent primer sur ce salaire minimum.

«Notre contre-projet poursuit le même objectif: pouvoir vivre dignement de son travail», a relevé Isabelle Moret, jeudi devant la presse à Lausanne. Selon elle toutefois, le contre-projet tient compte «des réalités économiques» des différentes branches, en leur permettant de négocier des CCT. «C'est le principe du partenariat social, lequel fait partie de l'ADN de la Suisse», a-t-elle affirmé.

Nouvelles exceptions

Une autre différence réside dans les exceptions à l'application d'un salaire minimum. Les initiatives en prévoient quelques-unes (pour l'agriculture, les personnes en apprentissage ou en réinsertion professionnelle), tandis le contre-projet en liste de nouvelles (jobs d'été pour les étudiants, certaines activités de garde d'enfants, etc). Là aussi, l'idée consiste à mieux appréhender «la réalité du terrain», a estimé la ministre de l'économie.

Les initiatives souhaitent encore que le salaire minimum soit indexé automatiquement en cas d'inflation - il serait aujourd'hui de 23,6 francs -, tandis que le contre-projet prévoit que le Conseil d'Etat évalue, chaque année, une éventuelle adaptation. Celle-ci tiendrait compte de l'inflation, mais aussi de la conjoncture générale.

Ces différences font dire à Isabelle Moret que l'approche suivie par les initiatives est «rigide et uniforme», alors que celle du contre-projet est «pragmatique, équilibrée et adaptée aux réalités économiques».

Coalition économique

De leur côté, les partisans des initiatives jugent que le contre-projet est «une coquille vide» et réduit le salaire minimum «à peau de chagrin», ont-ils affirmé, la semaine dernière en lançant leur campagne.

Selon eux, leurs initiatives (l'une constitutionnelle, l'autre législative) seraient le seul moyen de lutter efficacement contre la précarité. En particulier dans certains secteurs (restauration, soins à domicile, coiffure, nettoyage, etc), et à des postes souvent occupés par des femmes

Les partis de gauche et les syndicats défendent les initiatives, tandis que ceux de droite militent pour le contre-projet. Celui-ci bénéfice aussi du soutien d'une coalition d'une dizaine associations économiques.

A noter toutefois que les milieux économiques ne suivent pas unanimement le Conseil d'Etat. Pour le Centre patronal par exemple, il faut rejeter toute ingérence étatique dans la politique salariale des entreprises, et ainsi refuser les deux initiatives ainsi que le contre-projet.

Environ 5% des salariés

Selon des chiffres de 2022, 5-6% des salariés vaudois, soit environ 20'300 personnes, gagnent actuellement moins que 23 francs par heure. Parmi ces employés, il n'existe pas de statistique pour dire ceux qui sont couverts ou non par une CCT.

Ailleurs en Suisse, un salaire minimum a déjà été introduit dans les cantons du Jura, Tessin, Bâle-Ville, Neuchâtel et Genève. Les trois premiers font primer les CCT, les deux autres le salaire minimum. Ce débat vient aussi d'avoir lieu au niveau national, le Parlement fédéral estimant que les CCT devaient primer sur le salaire minimum

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