A bord du Bandero, au large de Reykjavik, l’incertitude règne. Depuis cinq jours, les militants anti-chasse à la baleine de la fondation Paul Watson sont confinés sur leur bateau par les autorités islandaises. Parmi les 21 membres d’équipage, cinq sont américains, quatre brésiliens, trois français, deux espagnols. Le reste vient d’Australie, de Belgique, du Canada, d’Allemagne, du Royaume-Uni, de Trinité-et-Tobago… et de Suisse romande.
Ce mardi 4 août, la Vaudoise Ophélie Rochat, membre de l’équipe médias, détaille à Blick l’intervention des garde-côtes islandais, dans la nuit du jeudi 30 juillet: «Ces derniers jours ont été éprouvants et stressants, car la situation n’est pas claire. Nos proches se sont inquiétés en voyant les images de l’arrestation, diffusées en direct sur Instagram, montrant les forces spéciales armées monter sur le bateau. Puis, ils n’ont plus eu de nouvelles pendant 24 heures.»
Depuis, tout n’est pas clair sur le bateau amarré dans le port de la capitale. «Les 24 premières heures, nous étions sous arrestation. Ensuite, les autorités nous ont dit que nous étions libres, mais qu’on n’avait pas le droit de quitter le Bandero, ni l’Islande. Et le navire est surveillé en permanence par la police, donc la situation reste très floue.»
Une photographe vaudoise en mission
Ophélie se plaint des conditions de détention, puis de la surveillance constante de son bateau. «On n’a reçu aucune nourriture supplémentaire à nos réserves. Les installations sanitaires sont insuffisantes: on ne peut pas vider les eaux usées trois fois par jour, on a demandé aux hommes d’uriner dans les lavabos.» Pour autant, elle se dit «reconnaissante qu’on soit tous en bonne santé à bord, soudés par notre mission.»
Originaire de Crissier et établie à Berlin, Ophélie Rochat cherche à réunir photos et vidéos afin de réaliser un documentaire «pour témoigner de ce qui se passe en mer». Un sujet très personnel pour celle qui a rédigé sa thèse de Master sur l’activiste Paul Watson et Sea Sheperd, la fondation qu’il a fondée.
«J’ai choisi de rejoindre cette mission parce que je considère que c’est important de documenter la réalité de la chasse à la baleine commerciale et de sensibiliser le public à cette question.» La chasse au rorqual est illégale à l’international, sauf dans trois pays: la Norvège, le Japon et l’Islande. Le gouvernement islandais prévoit d’introduire cet automne un projet de loi visant à interdire cette pratique.
Leur sort décidé cette semaine?
Les autorités islandaises vont probablement se prononcer cette semaine sur le sort des opposants à la chasse à la baleine, dont la police a demandé l’expulsion, a annoncé mardi la Direction de l’immigration à l’AFP.
L’équipage du Bandero est accusé d’avoir entravé l’activité du Hvalur 9, l’un des derniers navires baleiniers encore en activité dans le pays. Une des 21 personnes à bord a expliqué à l’AFP que le Bandero avait d’abord eu l’intention de percuter le baleinier mais que, trop lent, il avait utilisé une embarcation pneumatique pour déployer un filet susceptible d’endommager ses hélices, en vain là aussi.
Les militants sont accusés notamment de «violations du droit international de la mer et de mise en danger de la sécurité maritime». La police islandaise a demandé l’expulsion des militants ainsi qu’une interdiction de revenir sur l’île.
«Je peux confirmer que les dossiers des membres d’équipage du navire Bandero sont actuellement examinés par la Direction de l’immigration, conformément à la législation nationale, en vue d’une éventuelle expulsion et d’une interdiction d’entrée sur le territoire», a indiqué la cheffe des autorités de l’immigration, Kristin Volundardottir. Les décisions «devraient intervenir dans les prochains jours et, nous l’espérons, au plus tard d’ici la fin de la semaine», a-t-elle précisé dans un courriel à l’AFP.
Téléphones confisqués, documents en islandais
De son côté, la fondation affirme que l’arraisonnement s’est produit dans les eaux internationales et dénonce la «détention» de l’équipage, dont la durée dépasse largement les 24 heures autorisées par la législation islandaise, ainsi que la saisie de leurs téléphones.
«On nous a confisqué nos téléphones le jour de l’arrestation, sans présenter de mandat, et on ne nous les a toujours pas rendus. On m’a aussi pris des cartes SD, déplore Ophélie. Nous demandons de la transparence et le respect de nos droits fondamentaux. On aimerait connaître notre situation juridique et avoir accès à nos effets personnels.»
L’équipage dénonce aussi la documentation «contradictoire» remise par la police au moment des interrogatoires. «Un document parlait d’une expulsion immédiate, l’autre d’un confinement à bord pendant quatre semaines, et le dernier nous interdisait de quitter l’Islande», détaille Ophélie. Ces documents seraient «uniquement en islandais», ce qui a convaincu la photographe de ne rien signer. «Je considère que signer un document dans une langue que je ne connais pas est trop risqué.»
La Vaudoise indique qu’elle s’est vue attribuer un avocat islandais, quand bien même les militants avaient demandé à être défendus par l’homme de loi de la fondation Paul Watson. Elle assure encore avoir «contacté le consulat suisse en Islande», mais qu'il ne pourra pas l'aider.