Un projet à 15 milliards
La concertation sur le futur collisionneur du CERN a commencé

La concertation publique sur le futur collisionneur circulaire du CERN, un projet estimé à 15 milliards de francs, a débuté à Genève. Le débat, jugé non contraignant, soulève des questions environnementales et juridiques.
Chantal Balet Emery, ex-patronne romande d'EconomieSuisse, le 15 juillet 2008 à Berne.
Photo: KEYSTONE
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ATS Agence télégraphique suisse

La concertation publique sur le projet du futur collisionneur circulaire (FCC) du CERN a débuté lundi soir, à Genève, par une première réunion qui a attiré une bonne centaine de personnes, a constaté l'agence Keystone-ATS. L'utilité du processus a été remise en cause lors des questions.

Dès le début de la réunion, il a en effet été souligné que cette concertation publique n'aura «pas de poids sur la décision» de construire ou non ce super accélérateur de particules souterrain de 91 kilomètres de circonférence. «Il ne s'agit pas d'un référendum», a indiqué un responsable mandaté pour piloter la concertation.

La démarche vise uniquement à éclairer la décision et faire remonter les remarques. Pour assurer l'impartialité du processus, deux garants experts ont été nommés: Chantal Balet Emery, ex-patronne romande d'EconomieSuisse et Dominique Bourg, professeur spécialisé dans l'éthique du développement durable.

La très grande majorité des personnes présentes lors de cette réunion inaugurale était apparemment bien informée sur le projet de nouvel accélérateur de particules du CERN. Seuls quelques participants ignoraient de quoi il en retournait. La décision de réaliser un tel projet devrait être prise au plus tôt en 2028. Le FCC devait être formé d'un anneau souterrain de 91 kilomètres de circonférence. La galerie, située à environ 200 mètres de profondeur, se situerait à cheval sur la frontière franco-suisse. Elle traverserait le territoire genevois et les territoires des départements de la Haute-Savoie et de l'Ain.

Un microscope géant

Les coûts de construction du FCC sont estimés à 15 milliards de francs. Pour le CERN, ce serait une machine de référence mondiale qui permettrait à l'Europe de tenir son rang dans le domaine de la physique des hautes énergies. Ce «microscope» dédié à la physique fondamentale serait mis en service à partir de 2045.

Le CERN (Organisation européenne pour la recherche nucléaire) dispose actuellement d'un autre grand accélérateur de particules, le LHC (Grand collisionneur de hadrons), dont l'arrêt est programmé pour 2041. L'accélérateur de 27 kilomètres de circonférence a permis aux chercheurs de confirmer l'existence du boson de Higgs en 2012.

«Un risque hydrologique»

Le FCC doit prendre le relai du LHC. Il s'agit toutefois d'un projet de grande ampleur qui aura un impact sur l'environnement. Dans les régions concernées, il soulève de nombreuses oppositions. L'association Noé21 s'inquiète de l'énorme quantité de gravats qui devra être extraite lors du creusement de la galerie.

Le FCC utiliserait de l'eau pour refroidir son équipement et sa consommation électrique s'élèverait à 1,3 TWh (térawattheure) par an. L'accélérateur représente «un risque climatique et un risque hydrologique», a fait remarquer, lors des questions, Jean-Bernard Billeter, membre du comité Noé21.

Cet ingénieur diplômé de l'EPFZ, qui est l'auteur d'une étude sur l'impact du FCC, a aussi voulu savoir pourquoi la concertation publique n'avait pas de valeur contraignante. Un autre intervenant a demandé si le projet de futur collisionneur pourrait être arrêté en Suisse avec une initiative.

La décision de construire un futur accélérateur de particules revient aux 25 Etats membres du CERN. Il n'y a apparemment pas d'outils juridiques qui permettent de s'opposer à ce projet, selon les organisateurs de la concertation publique. «Peut-être en lançant une initiative constitutionnelle», a avancé Chantal Balet Emery. Un processus de concertation publique semblable sera lancé en France le mois prochain sous l'égide de la Commission Nationale du Débat Public (CNDP). Ces concertations publiques vont durer plusieurs mois.

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