Un mécanisme émotionnel très ancré
Vous vous ruez sur le sucre quand vous êtes stressé? Votre cerveau a quelque chose à vous dire…

Les périodes de stress occasionnent, chez vous, une course immédiate vers le tiroir à biscuits? D'après une chercheuse en psychologie de l'alimentation, il s'agit d'un mécanisme d'alimentation émotionnelle très courant... et exploité par les industries.
D'après Géraldine Coppin, professeure à UniDistance, le stress peut nous encourager à choisir des aliments sucrés et gras.
Photo: Vladyslav Shchcerbakov
Ellen De Meester - Journaliste Blick
Ellen De MeesterJournaliste Blick

Un rapport important à rendre dans l'après-midi? Ce paquet d'Oreos n'a pas la moindre chance. Une nuée de contrôles pédiatriques enchaînés en l'espace de deux jours? Cette tablette de chocolat ferait bien de prononcer ses derniers mots… Les périodes de stress ou de pression importantes peuvent provoquer, chez de nombreuses personnes, une envie irrépressible de se jeter sur les aliments les plus caloriques et réconfortants qui soient.

Et les niveaux de stress ne font qu'augmenter. D'après le dernier rapport de Sanitas (Sanitas Health Forecast), publié début 2026, une personne sur quatre vivant en Suisse, dont une majorité de femmes, se sent profondément et souvent stressée. Par ailleurs, 32% des Suisses se disent davantage stressés qu'il y a cinq ans. On imagine donc la prévalence des réflexes alimentaires spécifiquement liés à ces émotions désagréables.

On ne mange pas plus… mais moins bien

Or, l'idée que le stress donne faim ne se vérifie pas forcément chez tout le monde: «Si certaines personnes verront leur consommation alimentaire augmenter durant une période de stress, d’autres ne percevront aucune différence ou auront même tendance à moins manger, en raison d’une sensation d’estomac noué», explique Géraldine Coppin, professeure à UniDistance et chercheuse dans le domaine de la psychologie de l'alimentation. Le plus grand impact concerne plutôt la qualité des aliments qu’on choisit: en effet, sous l'influence du stress, on s’orientera davantage vers des produits qu’on a l’habitude de consommer, typiquement très caloriques, riches en graisses et en sucres.»

Les madeleines de Proust en somme. Cette expression est bien trouvée, en l'occurrence, puisque la fameuse pâtisserie française est aussi sucrée que grasse - et que le stress nous pousse à choisir spécifiquement ce type d'aliment.

Un «super stimulus» pour le cerveau

Selon Géraldine Coppin, qui a justement étudié la question, ce phénomène repose sur la combinaison de plusieurs mécanismes cérébraux: d’un côté, on note le système habituel, qui s’enclenche lorsqu’on commence automatiquement à se brosser les dents en saisissant son tube de dentifrice, par exemple. De l’autre, il y a le système dirigé vers nos buts, nécessaire à la volonté de commencer une nouvelle activité ou d’apprendre un instrument. «Durant une phase de stress, le système habituel prend le dessus sur le système de buts, précise notre intervenante. La preuve: face à un stress, on aura moins tendance à se ruer sur les brocolis que sur le chocolat ou les chips. Et on cherchera parfois des aliments riches en gras et en sucres puisque la coexistence de ces deux macro-nutriments constitue une sorte de “super-stimulus” pour le cerveau.»

A noter que ce type de comportement, surnommé l'alimentation émotionnelle, n’est pas uniquement lié au stress, mais peut être la conséquence de nombreuses émotions différentes, même très positives: l'ennui ou la joie débordante peuvent, de même, nous encourager à acheter un éclair au chocolat!

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Les industries connaissent le penchant des personnes stressées pour les aliments à la fois gras et sucrés, qu’ils peuvent alors proposer en grandes quantités.
Géraldine Coppin, professeure à UniDistance
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Une manipulation des industries?

Les industries semblent, par ailleurs, avoir bien compris ce mécanisme, au point de l'exploiter pour populariser leurs produits, quitte à en créer de nouveaux pour satisfaire nos fringales. «Quand on est stressé, potentiellement à cause d’hormones comme le cortisol, les indices de la prise alimentaires comme l’odeur, la couleur de l’emballage ou le logo qu’on y reconnaît, sont d’autant plus saillants, explique notre experte. Les industries le savent très bien et connaissent également le penchant des personnes stressées pour les aliments à la fois gras et sucrés, qu’ils peuvent alors proposer en grandes quantités.»

Car, ainsi que le rappelle Géraldine Coppin, les aliments naturels ne sont pas riches à la fois en gras et en sucres: la fusion des deux est une création purement industrielle et assez récente. «Sans oublier que les industries tentent de créer des habitudes dès le début de la vie, dans le but de pouvoir répondre à nos futurs années de stress, poursuit-elle. En Europe, il existe une certaine régulation concernant les publicités visant les enfants, mais ce n’est pas le cas aux Etats-Unis, par exemple.»

Un réflexe efficace contre le stress?

Hélas, il reste encore une mauvaise nouvelle à souligner: ce réflexe, aussi commun et explicable soit-il, n'est malheureusement pas susceptible de réduire nos taux de stress. Ou en tout cas pas autant qu'on pourrait le penser, lorsque notre fringale tente de nous persuader qu'un sachet de caramels pourrait constituer une solution universelle à tous les problèmes du jour.

«Le fait de manger quand on est stressé peut faire du bien dans l’immédiat, dans la mesure où toute prise alimentaire conduit à la libération de plusieurs hormones, dont les endorphines, indique Géraldine Coppin. En revanche, le stress réduit la capacité à expérimenter du plaisir, ce qui diminue par conséquent la satisfaction qu’on peut tirer du repas.»

D'autant plus qu'une récente étude menée par l'Université de San Fransisco, en Californie, et citée par le magazine «Science et vie», note que les aliments sucrés ou ultra-transformés ont un impact négatif sur la santé mentale, l'anxiété et les troubles dépressifs.

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Tout le monde mange parfois un aliment gras lors d’un épisode émotionnel, c’est tout à fait normal! D’ailleurs, c’est plus fréquent chez les femmes que chez les hommes, qui auront davantage tendance à se tourner vers l’alcool.
Géraldine Coppin, professeure à UniDistance
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Quelles autres méthodes pour gérer le stress?

Cela suggère que l'alimentation émotionnelle ne représente pas une stratégie de régulation efficace. «D’autres fonctionnent beaucoup mieux, souligne notre intervenante. C’est pour cela qu’on propose parfois aux parents d’éviter de suggérer des aliments à leurs enfants, dès que ceux-ci ressentent une émotion désagréable, pour leur apprendre d’autres stratégies, à la place. La distraction ou la réévaluation cognitive, soit le fait de prendre un pas de recul pour relativiser la situation, peuvent très bien fonctionner. Et cela vaut aussi pour les adultes, bien sûr.»

Cela dit, il convient de prendre un pas de recul: l'alimentation émotionnelle en soi n'est pas dangereuse, tant qu'on ne tombe pas dans les excès. «Il ne faut absolument pas culpabiliser, car il s’agit souvent d’un mécanisme appris et ancré, que nous sommes très nombreux à répéter, rassure Géraldine Coppin, Tout le monde mange parfois un aliment gras lors d’un épisode émotionnel, c’est tout à fait normal! D’ailleurs, c’est plus fréquent chez les femmes que chez les hommes, qui auront davantage tendance à se tourner vers l’alcool.»

En revanche, si cela devient trop fréquent, qu’on en souffre et qu’on souhaite modifier cela, notre experte souligne que plusieurs techniques peuvent atténuer l'habitude, petit à petit: elle conseille, par exemple, de changer d’environnement pour éviter de s’entourer d’aliments qui nous tentent. Voilà qui est plus facile à dire qu'à faire, dans un monde qui nous bombarde de stimuli olfactifs et visuels aussi appétissants qu'insistants. Mais rien n'est impossible.

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