Dissimulées partout dans notre environnement, les dioxines, les furanes (PCDD/Fs) et les PCB (polychlorobiphényles) constituent une menace discrète, dont on sous-estime souvent les effets néfastes. Souvent issus de la combustion (incinération, incendies) ou d'anciennes méthodes industrielles, ils s'accumulent dans l'environnement et dans la chaîne alimentaire, avant de s'immiscer irrévocablement dans l'organisme humain.
Pour rappel, Lausanne s'était lancée, début 2026, dans un vaste programme d'assainissement des sols pollués aux dioxines, en nettoyant une quinzaine de sites touchés, dont des écoles et des crèches. Or, d'après le Centre universitaire de médecine générale et santé publique (Unisanté), il est également possible de réduire activement notre exposition à ces polluants, grâce nos habitudes alimentaires.
Une nouvelle recherche basée sur des données biologiques suisses (soit le lait maternel de mères suisses et le sérum de la population installée dans la région lausannoise) a pu démontrer que notre charge corporelle en dioxines vient davantage de la consommation de certains aliments que d'autres sources d'exposition, comme l'ingestion de sol ou de poussières, dont l'impact reste «limité».
Les produits d'origine animale sont principalement concernés
«Les résultats montrent que l’alimentation au quotidien constitue la principale source d’exposition, particulièrement via les produits d’origine animale riches en lipides, tels que la viande, les produits laitiers et les œufs», précise la recherche.
«D’une façon générale, les dioxines et furanes ont tendance à se concentrer dans les graisses, nous précise le professeur David Vernez, chef du Département santé, travail et environnement, à Unisanté. Leur présence dans l’environnement à faible concentrations conduit à une accumulation progressive dans la chaîne trophique. Les graisses animales (vaches, poules, moutons…) contiennent donc davantage de ces polluants que les végétaux ou les céréales, par exemple.» Ainsi, notre expert souligne qu'une alimentation riche en graisses animales tend à augmenter l’exposition à ces polluants.
Un problème accentué à Lausanne
Par ailleurs, le fait de consommer régulièrement des oeufs issus de poules élevées en plein air sur des surfaces polluées peut entraîner une augmentation de l’exposition. Une carte détaillant la pollution aux dioxines est constamment mise à jour par l'Etat de Lausanne, depuis que des taux inquiétants ont été découverts dans la région en 2020. Après une analyse approfondie de 126 sites, en 2021, les résultats avaient identifié un périmètre assez étendu, allant de Lausanne au Mont-sur-Lausanne, en passant par Epalinges, Pully et Prilly.
Ainsi que le précise le professeur Vernez, les risques peuvent s'accentuer dans le cas d’une contamination locale plus importante, comme à Lausanne: «Il est donc important, dans ce cas, de réduire la consommation des aliments issus d’élevages dans la zone contaminée, note-t-il. L’exposition étant cumulative, il faut surtout éviter la consommation régulière de ces aliments, par exemple en variant ses sources d’alimentation.»
Pas de panique, toutefois, si vous vivez dans l'une des régions touchées! D'après les dernières analyses menées en 2024, le canton de Vaud affirme que «les risques pour la santé liés aux dioxines des personnes habitant actuellement autour de l’ancienne usine d’incinération du Vallon qui ont consommé ou consomment des aliments issus des zones contaminées ne diffèrent pas significativement de ceux de la population générale».
Cancérigènes et perturbateurs endocriniens
Mais la vigilance reste essentielle, puisque les dioxines sont associées à diverses conséquences néfastes pour la santé générale et le développement neurologique, prévient Unisanté.
«Sur le plan chronique, les effets les mieux documentés sont le cancer et la perturbation endocrinienne, pointe le professeur Vernez. Celle-ci est d’ailleurs considérée comme l’effet le plus sensible et la baisse de la fertilité masculine a d’ailleurs été utilisée pour établir les seuils réglementaires de dioxines.»
Le Canton tend toutefois à rassurer, via sa page d'information officielle: en ce qui concerne les risques pour la reproduction, il assure que «cette baisse de fertilité est une tendance mondiale dont les causes sont multifactorielles». Quant au risque de cancer, le Canton souligne que «les quantités de dioxines ingérées dans le cadre de l’alimentation du quotidien sont inférieures au seuil à partir duquel un cancer peut être observé».
Comment adapter son alimentation?
L'étude d'Unisanté suggère toutefois que la vigilance reste de mise, en ce qui concerne les aliments d’origine animale. Elle recommande ainsi de privilégier un régime «diversifié et équilibré», riche en aliments d'origine végétale, comme les fruits, légumes, céréales, légumineuses et huiles végétales, «afin de réduire l’exposition globale aux polluants persistants».