«Conséquences extrêmes»
Le manque d’eau sur le Rhin pourrait alourdir la facture des Suisses

Le faible niveau du Rhin freine fortement le transport de marchandises par bateau. Pour assurer son approvisionnement, la Suisse puise dans ses stocks obligatoires. La situation pourrait encore se compliquer cet hiver.
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«Hors service», telle est actuellement la situation de nombreux bateaux qui naviguent habituellement sur le Rhin.
Photo: IMAGO/Marc John

En bref

  • Le faible niveau du Rhin limite fortement le transport de marchandises vers la Suisse
  • Le rail et la route peuvent à peine remplacer les bateaux
  • L'industrie et les agriculteurs paient davantage; en 2018, le volume transbordé a diminué de 19%
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Moritz Meister

Le Rhin, une importante artère d'approvisionnement, est confronté à de faibles niveaux d'eau, ce qui pousse le transport de marchandises par bateau dans ses derniers retranchements. Ces dernières semaines, les mesures d’urgence ont commencé à montrer leurs limites.

La Suisse a déjà dû puiser dans ses réserves d’aliments pour animaux. «Depuis des semaines, les importations d’aliments protéinés sont fortement limitées», explique Sandra Helfenstein, porte-parole de l’Union suisse des paysans. La sécheresse complique encore la situation, car les agriculteurs disposent aussi de moins de fourrage grossier, comme le foin et la paille. Ils doivent donc parfois compléter davantage les rations avec des aliments protéinés.

Puiser dans les stocks obligatoires

La demande d’aliments protéinés augmente alors que les possibilités d’importation sont limitées, explique Sandra Helfenstein. Pour combler ce manque, la Suisse a débloqué ses stocks obligatoires. C'est la première fois en près de 100 ans, depuis la création des stocks obligatoires, que ces réserves d'urgence doivent être utilisées pour combler les lacunes d'approvisionnement.

D’autres stocks ont déjà été sollicités. Il y a quelques semaines, la Suisse avait puisé dans ses réserves obligatoires d’essence et de diesel pour assurer son approvisionnement en produits pétroliers.

Le rail et la route à la peine

Les basses eaux entravent fortement la navigation sur le Rhin, explique Martin Ditzler, porte-parole des Ports rhénans suisses. Sur le Rhin supérieur, les transports ne sont pratiquement plus rentables. «Les conséquences sont extrêmes», souligne-t-il.

Une partie des marchandises doit désormais être acheminée par le rail ou la route. Depuis l’été, la situation s’est aggravée et le coût du transport fluvial a fortement augmenté. Il atteint actuellement 275 francs par tonne. Les bateaux ne peuvent charger qu’un peu moins de 20% de leur capacité maximale.

Le rail et la route ne peuvent toutefois pas absorber l’ensemble des marchandises concernées. Anna Bähni, porte-parole de l’Association suisse des transports routiers (Astag), le confirme. «Nous constatons depuis plusieurs semaines déjà une hausse du trafic routier, notamment dans la région de Bâle.» Les grands axes sont déjà saturés. Dans la région bâloise, les habitants des villages et des quartiers voisins s’agacent de voir les véhicules emprunter les routes secondaires pour éviter les bouchons.

D'autres secteurs sous pression

Les difficultés du transport rhénan se répercutent aussi sur l’économie. «Les secteurs les plus touchés indirectement sont ceux qui acheminent par le Rhin de grandes quantités de matières premières ou de produits intermédiaires, comme l'industrie chimique, pharmaceutique ou la construction», explique Rudolf Minsch, chef économiste d’Economiesuisse. Il ne craint toutefois pas de pénuries à ce stade.

Outre les agriculteurs et le secteur de la navigation, d'autres branches souffrent également de la hausse des coûts d'approvisionnement, explique Rudolf Minsch, chef économiste d'Economiesuisse.
Photo: Yoshiko Kusano

La situation pourrait cependant rapidement changer si les basses eaux persistent. En Allemagne, l’approvisionnement en carburant connaît déjà des perturbations. L’Office fédéral pour l’approvisionnement économique du pays suit de près la situation des produits pétroliers et du gaz naturel. La Suisse pourrait, elle aussi, rencontrer des difficultés d’approvisionnement en carburant ou en mazout.

Un manque de produits pétroliers toucherait également la construction, au-delà de la seule hausse des prix à la pompe. La Confédération surveille notamment les stocks d’huiles moteur et d’huiles hydrauliques pour anticiper d’éventuelles pénuries. Les entreprises font par ailleurs déjà face, depuis un certain temps, à des retards de livraison de matériaux pour les routes et de structures en acier pour les bâtiments.

Le précédent de 2018

Claude Maurer, de l’institut de recherches économiques BAK, compare la situation à celle de 2018. «L’expérience de l’époque et la situation actuelle montrent que l’économie suisse peut relativement bien faire face à de telles pénuries, mais que cela a un coût», explique-t-il à Blick. Si les pluies restent insuffisantes ces prochaines semaines, les consommateurs devraient supporter une part croissante de ces frais supplémentaires.

Cet hiver, les basses eaux pourraient se conjuguer à des réserves de gaz peu remplies en Europe et provoquer une crise plus grave. Si l’industrie suisse doit réduire sa consommation de gaz, les installations capables de fonctionner aussi au mazout basculeront vers ce combustible. Le transport sur le Rhin jouera alors un rôle crucial, car les routes ne pourront pas absorber de tels volumes.

Le même problème pourrait toucher les centrales à charbon d’Europe centrale. Si elles sont sollicitées pour compenser un manque de gaz, il faudra pouvoir les approvisionner en combustible. Dans le pire des cas, ces difficultés pourraient contribuer à une pénurie d’électricité.

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