Chute de la production d'électricité
La sécheresse paralyse une dizaine de centrales hydroélectriques suisses

Le manque d’eau dans les cours d’eau pèse sur la production d’électricité: les producteurs sont contraints de réduire la puissance de leurs centrales hydroélectriques, voire de les mettre à l’arrêt. Les ménages pourraient en faire les frais.
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La production d’eau de la Thur devrait bientôt être à nouveau à l’arrêt.
Photo: BRK News

En bref

  • La sécheresse met temporairement à l’arrêt de nombreuses centrales hydroélectriques au fil de l’eau en Suisse
  • La production d'électricité diminue fortement sur la Thur, la Limmat, le Rhin et l’Aar
  • Les prix spot ont bondi de 9%, et les tarifs de 2027 pourraient augmenter
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Martin Schmidt

La Suisse s’assèche! La chute du niveau des lacs atteint des records, tandis que les rivières se réduisent à de minces filets d’eau. Une situation qui a de quoi inquiéter les exploitants des centrales hydroélectriques situées au bord de l'eau. A l'image du directeur de la centrale de Thurkraftwerk, aux abords de la Thur en Argovie. Ayant grandi au bord de cette rivière, Kaspar Böhi s'alarme: «Je n’ai jamais vu une sécheresse pareille et un niveau aussi bas.»

Vendredi et samedi derniers, la pluie a permis à trois des cinq centrales hydroélectriques au fil de l’eau d'être remises en service. Mais selon Kaspar Böhi, la quantité d’électricité produite reste faible et l’effet des averses s’est pratiquement déjà dissipé. «S’il ne pleut pas dans les sept prochains jours, nous devrons toutes les arrêter une nouvelle fois.»

Combien de centrales vont disparaître?

La Suisse compte quelque 1400 petites centrales hydroélectriques, la plupart situées sur des rivières et des ruisseaux. A cette période de l’année, ces infrastructures au fil de l’eau fournissent entre 10 et 15% de l'électricité nationale. Sauf qu'actuellement, elles n’en produisent qu’une fraction, selon une enquête de Blick auprès de moyens et grands fournisseurs.

En effet, des dizaines de centrales fluviales et des centaines de turbines sont à l’arrêt dans le pays. La production des centrales à accumulation est également réduite, indique l’Association des entreprises électriques suisses (AES).

Le manque d’eau a déjà contraint trois petites centrales hydroélectriques de la vallée saint-galloise du Rhin à cesser leur activité. Aussi, les prévisions météorologiques n’annoncent pas de précipitations significatives dans les prochains jours. «Nous nous attendons à devoir déconnecter temporairement d’autres centrales hydroélectriques au fil de l’eau», indique une porte-parole des Forces motrices saint-galloises-appenzelloises (SAK) en réponse à Blick.

Sur la Limmat, la centrale de Höngg a aussi dû totalement interrompre sa production d’électricité. En cause, le niveau historiquement bas du lac de Zurich, dont le canton a réduit le débit sortant à la fin du mois de septembre.

Les répercussions sur la production sont importantes. Selon les Services électriques de la ville de Zurich (EWZ), leurs trois centrales au fil de l’eau ne produisent plus que la moitié de leur volume habituel d’électricité, alors que leur production était déjà exceptionnellement faible par rapport aux années précédentes. Si le débit des cours d’eau continue sur ce rythme, ces installations pourraient à leur tour devoir cesser complètement leur activité.

La production en chute libre

A l’automne, le niveau du Rhin est descendu encore plus bas que lors du record négatif enregistré durant l’été. Résultat: la production d’électricité de la centrale de Rheinau a poursuivi son déclin, indique Axpo. En septembre, elle n’a produit que 43% de la quantité moyenne d'électricité des dix dernières années. A la centrale d’Eglisau, c'est encore pire.

La situation est tout aussi préoccupante concernant les centrales hydroélectriques au fil de l’eau qu’Alpiq exploite sur l’Aar. Seules quelques machines sont encore en fonctionnement. De tels débits n’étaient observés que durant quelques jours en hiver. Ils sont désormais devenus la norme. Conséquence: selon Alpiq, la production d’électricité a chuté de 70% par rapport à son niveau habituel.

Les grands producteurs d’électricité, comme Alpiq, BKW ou Axpo, ont la chance de disposer de moyens pour compenser ces pertes. Ils peuvent augmenter la production d’autres installations ou acheter de l’électricité supplémentaire si nécessaire.

La situation est plus délicate pour les petits fournisseurs, dont la production dépend fréquemment des centrales au fil de l’eau. Ils doivent alors acheter davantage d’électricité sur le marché spot, où s’effectuent des transactions immédiates dont les prix dépendent de l'offre et la demande.

Les prix de l’électricité explosent

«Le faible niveau des cours d’eau fait actuellement grimper les prix sur le marché spot, car les centrales hydroélectriques au fil de l’eau manquent d’eau dans une grande partie de l’Europe centrale», explique René Baggenstos, expert en énergie chez Enerprice AG. En Suisse, le prix spot a augmenté de 9% en une semaine. Ces derniers mois, le principal moteur de la hausse reste toutefois la guerre en Iran et ses répercussions sur les prix du gaz.

Les ménages sont à l’abri de ces hausses. Pour l'instant du moins, car les tarifs de l’électricité pour l’année prochaine sont déjà fixés. Sur le marché à terme, en revanche, le prix d’achat de l’électricité pour 2027 a bondi de plus de 60% depuis l’été. Si les fournisseurs doivent s’approvisionner à ces prix, cette hausse pourrait se répercuter sur les factures des ménages l’année suivante.

René Baggenstos pointe également un autre risque: les producteurs exploitant des centrales hydroélectriques au fil de l’eau pourraient vendre moins d’électricité sur le marché à terme à l’avenir, anticipant une baisse durable de leur production. «Cela contribuerait également à faire monter les prix.»

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