Clarifications demandées
Le National freine les ambitions d'Albert Rösti sur le nucléaire

Le National veut renvoyer au Conseil fédéral le dossier sur l'avenir du nucléaire en Suisse. Objectif: obtenir des clarifications financières avant tout feu vert à de nouvelles centrales.
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ATS Agence télégraphique suisse

Le Conseil national veut se donner plus de temps avant de se prononcer sur le sort du nucléaire en Suisse. Lundi, il a voté par 100 voix contre 97 et 2 abstentions le renvoi du dossier au Conseil fédéral afin d'obtenir des clarifications sur le plan financier.

Le Conseil des Etats doit encore confirmer mardi la décision du National. En mars, il avait adopté par 26 voix contre 12 le contre-projet du gouvernement. La Chambre du peuple devait se prononcer sur le contre-projet indirect à l'initiative populaire «Stop au blackout» (De l'électricité pour tous en tout temps). Les deux textes prévoient de lever l'interdiction de construire de nouvelles centrales nucléaires. Le dossier est très controversé.

Une large majorité de centristes, appuyée par le camp rose-vert et le PVL, a soutenu la proposition de renvoi. L'UDC, le PLR et six élus du Centre auraient préféré adopter directement le contre-projet qui permet d'ouvrir un nouveau chapitre de l'atome en Suisse. Une position soutenue également par le conseiller fédéral Albert Rösti.

Trop d'inconnues

De l'avis de plusieurs parlementaires, la construction d'une nouvelle centrale impliquera inéluctablement un subventionnement étatique. Ce risque doit être mieux cerné avant de se lancer «à l'aveuglette», a soutenu Priska Wismer-Felder (Centre/LU).

Pour Benjamin Roduit (Centre/VS), il est nécessaire de rouvrir la porte sur le nucléaire dont les développements laissent présager une énergie propre et sûre. Mais «il ne s'agit pas de donner un chèque en blanc dont le prix serait un frein aux énergies renouvelables». Yvonne Bürgin (Centre/ZH) a chiffré le coût d'un nouveau réacteur à environ 13 milliards de francs. Céline Weber (PVL/VD) a rappelé les mésaventures de la centrale française de Flamanville, dont les coûts ont explosé et qui a pris des années de retard.

Assurer l'approvisionnement

Le débat marathon, très alémanique, a souvent pris des accents émotionnels. Le PVL s'en est ainsi pris au PLR sur son retournement de veste. «M. Wasserfallen (PLR/BE), êtes-vous fier de votre groupe parlementaire qui, après avoir suivi Petra Gössi hostile au nucléaire, est revenu à la ligne pro-nucléaire que vous n'avez cessé de promouvoir», a lancé Martin Bäumle (PVL/ZH).

Le PLR compte en effet plusieurs représentants au sein du comité de l'initiative Stop au blackout. Ce parti estime essentiel de garantir la sécurité d'approvisionnement en électricité à long terme. «La Suisse ne peut pas se permettre un blackout», juge Andri Silberschmidt (PLR/ZH).

Damien Cottier (PLR/NE) estime lui que la Stratégie énergétique 2050 a échoué. Le développement de la digitalisation et de l'IA augmente les besoins en électricité. On parle de 90 TWh à la fin du siècle. Le contre-projet permet d'ouvrir le débat et d'être pragmatique, selon le Neuchâtelois.

Dans l'air du temps

Les énergies renouvelables et le nucléaire ne se contredisent pas, mais se complètent selon la droite. Et il ne faut pas se priver d'une technologie en plein essor. Pour Nicolas Kolly (UDC/FR), le nucléaire est une énergie sûre qui provoque «0,0 décès par TWh produit, même en tenant compte des accidents de Tchernobyl et de Fukushima».

Sidney Kamerzin (Centre/VS) a rappelé la fermeture des deux réacteurs de Beznau (AG) à l'horizon 2033 puis de ceux de Leibstadt (AG) et Gösgen (SO) vers 2060, ainsi que l'objectif de la neutralité carbone en 2050. Le moment venu, on analysera tous les aspects financiers, sécuritaires et de traitement des déchets.

«Notre pays vit à 30% du nucléaire. Ce qu'il nous faut c'est plus d'électricité en hiver, a rappelé le conseiller fédéral Albert Rösti. Or des projets hydrauliques ou éoliens sont bloqués. Les renouvelables avancent moins vite que prévu. D'où la nécessité de se laisser ouverte l'option du nucléaire. Le ministre de l'Energie estime en outre faux de dire que le nucléaire freinerait l'extension des renouvelables.

Agir maintenant

La gauche a au contraire rappelé qu'une nouvelle centrale ne verra pas le jour avant 2050. «Il faut développer maintenant des solutions pour les 30 ans à venir», selon Delphine Klopfenstein Broggini (Vert-e-s/GE).

Les solutions existent qu'il s'agisse du solaire, de l'éolien, de l'hydraulique, du stockage ou de l'efficacité énergétique, a martelé Emmanuel Amoos (PS/VS). «Ce sont nos propres ressources qui n'appartiennent à aucun autocrate».

Sans parler du risque des déchets radioactifs qui n'est toujours pas réglé, ont souligné plusieurs élus roses-verts. Leur proposition de non entrée en matière a été refusée par 111 voix contre 88.

La sortie du nucléaire avait été initiée sous l'impulsion de l'ancienne conseillère fédérale PDC Doris Leuthard à la suite de la catastrophe de Fukushima en 2011. En 2017, le peuple avait accepté à plus de 58% la Stratégie énergétique 2050 qui reposait sur l'interdiction de construire de nouvelles centrales tout en maintenant celles en activité.

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