En bref
- Le prix Nobel de la paix 2026 a été décerné le 9 octobre à Navi Pillay, juriste sud-africaine de 85 ans et ancienne haute-commissaire de l'ONU aux droits de l'homme. Ce prix honore son engagement pour la justice internationale et le multilatéralisme.
- Pillay a joué un rôle clé dans la reconnaissance du viol comme crime de génocide en 1998. Elle a également contribué à l'établissement de la Cour pénale internationale
- Entre 2021 et 2025, elle a dirigé une commission d'enquête de l’ONU sur Gaza et Israël.
Donald Trump doit déjà maudire ce 9 octobre 2026. Une fois de plus, même s'il n'avait pas cette fois publié de message en ce sens sur ses réseaux sociaux, le président des Etats-Unis estimait sans doute mériter ce prix Nobel de la paix 2026. Encore raté! A Oslo, cette capitale norvégienne pas si éloignée du Groenland que Trump voulait annexer, le choix des jurés de ce prix prestigieux s'est au contraire porté sur une femme qui incarne l'ordre international pilonné par le locataire de la Maison-Blanche. Basée à Genève comme Haute-Commissaire aux droits de l'homme de l'ONU entre 2008 et 2014, l'avocate sud-africaine de 85 ans Navi Pillay s'est toujours battue contre ce que Donald Trump défend mordicus: le droit des puissants et des plus forts à imposer leurs vues au reste du monde.
La récompense attribuée à cette Genevoise d'honneur, toujours présente lorsqu'elle était en fonction à l'ouverture du Festival du film et forum international sur les droits humains de Genève (FIFDH), est surtout un signal de soutien envoyé par le Comité Nobel à toutes les institutions qui, sur les bords du Léman, se battent pour le respect du droit international: Le Haut-Commissariat, bien sûr, mais aussi le Conseil des droits de l'homme, le Haut-Commissariat aux réfugiés, OCHA pour l'aide humanitaire ou le Comité international de la Croix-Rouge.
Tout au long de sa carrière, passée à combattre d'abord l'apartheid dans son pays puis les violations des droits de l'homme dans le monde, Navi Pillay s'est appuyée sur les institutions onusiennes. En 1998, au Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR), cette dernière obtient pour la première fois la reconnaissance explicite du fait que le viol et les violences sexuelles peuvent constituer des actes de génocide lorsqu'ils sont commis dans l'intention de détruire un groupe protégé. Le droit international intègre cette nouvelle notion. Des millions de femmes voient leur combat récompensé.
Responsabilité pénale des dirigeants
Autre fait marquant de la carrière de juriste internationale de Navi Pillay: son rôle dans la reconnaissance de la responsabilité pénale de ceux qui incitent directement et publiquement à commettre un génocide. Ces dernières années, cette évolution du droit international a souvent été évoquée à propos des dirigeants israéliens, à commencer par le Premier ministre Benyamin Netanyahou. La «jurisprudence» Pillay permet aussi de sanctionner certains discours criminels indépendamment de la participation matérielle de leur auteur aux massacres. En clair: les plus hauts dirigeants politiques peuvent être personnellement tenus responsables de crimes internationaux.
L'attribution du prix Nobel à cette infatigable combattante des droits de l'homme, d'origine indienne, est par ricochet un soutien affirmé à la Cour pénale internationale (CPI), dont la lauréate fut l'une des juges et qui se trouve dans le viseur conjoint de Donald Trump et de Benyamin Netanyahou.
La CPI, dont ni les Etats-Unis ni Israël ne sont membres, fait depuis le 6 février 2025 l'objet de sanctions américaines. Preuve de l'irritation de Trump ou coïncidence malencontreuse, de nouvelles sanctions contre l'institution ont été annonçées par les Etats-Unis ce 9 octobre, quelques heures après la décision du comité Nobel. Washington les justifie par sa volonté de «défendre la souveraineté américaine et ses citoyens contre la menace que représente la Cour pénale internationale». La CPI a riposté en assimilant ces sanctions à «une attaque contre le droit international. Elle a averti que «l'histoire jugera ce moment».
Son procureur Karim Khan et sa présidente, Tomoko Akane, avaient déjà été sanctionnés par le décret présidentiel 14203, qui reproche à la Cour ses enquêtes concernant les militaires américains en Afghanistan et surtout les mandats d'arrêt délivrés en novembre 2024 contre le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou et son ancien ministre de la Défense Yoav Gallant. Les mesures prises sont les suivantes: gel des avoirs relevant de la juridiction américaine, interdiction de certaines transactions financières avec les personnes sanctionnées, restrictions d'entrée sur le territoire américain pour les magistrats et interdiction faite aux personnes et entreprises américaines de fournir des services et des informations à la CPI.
Victoire de la parole libre
L'autre victoire genevoise remportée avec ce prix Nobel 2026 est celle de la parole libre face aux exactions commises à Gaza. Pour mémoire: la rapporteuse spéciale de l'ONU sur les territoires palestiniens occupés, Francesca Albanese, s'exprime régulièrement au siège européen de l'ONU, malgré les pressions de l'Etat hébreu. Pour sa part, Navi Pillay a présidé entre 2021 et 2025 la Commission d'enquête internationale indépendante de l'ONU sur les territoires palestiniens occupés et Israël. En 2025, cette commission conclut qu'Israël a commis un génocide à Gaza, conclusion rejetée par les autorités israéliennes.
Donald Trump prétend en permanence réussir à faire la paix par la force ou via ses «deals». Le prix Nobel 2026 lance un tout autre message à travers l'exemple de Navi Pillay: il n'y a pas de paix durable sans justice.