Tokyo a indiqué jeudi avoir demandé la correction d'une nouvelle carte du monde adoptée par les Nations unies, après avoir découvert qu'elle faisait apparaître les îles Kouriles, dont la souveraineté est contestée, comme appartenant à la Russie. L'Assemblée générale de l'ONU a voté la semaine dernière en faveur d'une résolution, non contraignante, appelant à une utilisation plus large d'une carte du monde censée représenter plus fidèlement les superficies relatives des pays.
Les cartes du monde couramment utilisées, basées sur la traditionnelle projection de Mercator, sont souvent accusées de réduire visuellement la taille de l'Afrique, contribuant à une «perception amoindrie» du continent et d'autres régions proches de l'équateur, avait indiqué vendredi l'Assemblée générale de l'ONU dans un communiqué.
Dans sa résolution intitulée «Correct the map» («Corriger la carte», en anglais), l'Assemblée générale a donc préconisé un recours accru à la projection dite «Equal Earth» dans les cas où «la comparaison des superficies des continents est importante». Le Japon faisait partie des 164 Etats membres de l'ONU ayant voté en faveur du projet de résolution visant à rééquilibrer la représentation du monde.
De «fausses perceptions» dénoncées
Mais jeudi, Tokyo a contesté la nouvelle carte, car celle-ci représente dans la même couleur que la Russie les quatre îles administrées par Moscou mais revendiquées par le Japon, qui les appelle les «Territoires du Nord».
«Nous avons constaté que la carte publiée par le concepteur de la projection Equal Earth représentait ces territoires d'une manière contraire à la position du gouvernement japonais», a déclaré jeudi à la presse le porte-parole du gouvernement, Minoru Kihara.
«Nous avons protesté auprès de l'opérateur du site de la carte par voie diplomatique afin de demander la correction de cette représentation», a-t-il ajouté. Le Japon estime qu'il «est nécessaire d'empêcher la propagation de fausses perceptions concernant nos territoires et nos noms géographiques», a-t-il poursuivi.
Visite polémique de Poutine
Les relations entre le Japon et la Russie, déjà fortement dégradées notamment depuis l'invasion russe de l'Ukraine en 2022, ont connu un nouvel accès de tension le mois dernier après une visite surprise de Vladimir Poutine sur l'île contestée d'Iturup, appelée Etorofu au Japon, la première du président russe dans l'archipel.
Tokyo avait rapidement convoqué l'ambassadeur de Russie, tandis que la Première ministre Sanae Takaichi avait déclaré que la visite de Vladimir Poutine «offensait les sentiments du peuple japonais» et était «absolument inacceptable». Ces îles, avait-elle insisté, font «partie intégrante du territoire japonais, tant historiquement qu'en vertu du droit international».
Moscou avait répliqué en rejetant «catégoriquement» ces déclarations. La porte-parole du ministère russe des Affaires étrangères, Maria Zakharova, les avait qualifiées de «politiquement inappropriées, insultantes et, bien sûr, juridiquement infondées».