En bref
- Migros veut fusionner ses dix coopératives pour gagner en efficacité face à Coop et Lidl. Ursula Nold et Mario Irminger croient dans le succès de la réforme
- La présidente promet de maintenir les produits régionaux et une baisse des prix à terme
- Les deux dirigeants promettent de maintenir la plupart des emplois, mais affirment que des postes dans le management et l'administratif seront supprimés
C'était une image qui va rentrer dans l'histoire: dix présidents régionaux de Migros, avec au centre leur présidente, Ursula Nold, et leur CEO, Mario Irminger. Ensemble, ils ont convié la presse à Berne pour annoncer la vaste transformation de Migros en une coopérative unique.
A la suite de cette «journée historique», Blick a rencontré les deux dirigeants de Migros pour une interview en duo sur l'avenir du géant orange.
Ursula Nold, avez-vous déjà trinqué à la fin des dix coopératives régionales?
Nous trinquerons lorsque nous aurons remporté la votation générale. Ce serait une étape historique si le projet est mené.
Mario Irminger, comment avez-vous dormi?
Très bien, honnêtement. Toutes les coopératives soutiennent pleinement notre projet. Cela nous donne de l'élan pour la prochaine phase.
Vous arrivez avec cette réforme 25 ans après Coop. Pourquoi si tard?
Mario Irminger: La situation économique de Migros est totalement différente de celle de son concurrent il y a 25 ans. Coop a agi par nécessité économique, alors que nous agissons aujourd’hui en position de force.
Ursula Nold: Nous perdons beaucoup de temps en concertations internes. C’est autant de temps que nous ne pouvons pas consacrer à notre clientèle.
La réforme semble raisonnable. Mais quels sont les gains pour Migros, en dehors de la baisse des coûts?
Mario Irminger: J'aime bien utiliser cette métaphore: aujourd'hui, onze maîtres du gril se retrouvent autour d'un même barbecue. Lorsque nous aurons remporté la votation générale et réalisé la fusion, il n'y aura plus qu'un seul maître du gril. Cela signifie qu'à l'avenir, nous pourrons travailler plus rapidement et plus efficacement, tout en élaborant des solutions de meilleure qualité.
La restructuration se répercutera-t-elle dans le porte-monnaie des consommateurs?
Mario Irminger: Nous avons déjà investi 500 millions de francs par an pour aligner les prix de nombreux produits phares de Migros sur ceux des discounters. Il s’agit désormais d’améliorer la qualité, de renforcer l’offre régionale et de moderniser les supermarchés. Une organisation centralisée permettra de mener ces changements plus simplement et plus efficacement.
Ursula Nold: Si nous supprimons les structures parallèles, les prix pourront également baisser à long terme. La réforme doit pleinement profiter à la clientèle.
Quel est le concurrent le plus dangereux de Migros?
Mario Irminger: Dans le secteur clé des supermarchés, Coop et Lidl sont les deux concurrents les plus sérieux.
Coop et Lidl affichent une forte croissance. Est-ce aux dépens de Migros?
Mario Irminger: Le marché est globalement en croissance, ce dont tous les acteurs profitent. Coop et Lidl, entre autres, semblent bien réussir à capter une partie de cette croissance.
Votre objectif est-il que Migros redevienne numéro un du commerce de détail suisse?
Mario Irminger: Oui, nous voulons redevenir le premier choix pour notre clientèle dans tous les secteurs d'activité. Nous le sommes déjà dans certains domaines, comme dans le commerce en ligne non alimentaire. Le succès de Digitec Galaxus en est un parfait exemple.
Pouvez-vous promettre qu'il y aura encore des produits régionaux en Suisse orientale et dans le Valais d'ici dix ans?
Ursula Nold: Oui, c'est promi! Nos clients sont très attachés aux produits régionaux. Ce serait fatal de les retirer de notre assortiment.
Vos employés doivent trembler face à la crainte de suppressions de postes.
Ursula Nold: Cette réforme n’a pas pour objectif de réaliser des économies, et la plupart des collaborateurs ne seront pas concernés. Certains postes seront toutefois supprimés dans le management et l’administration. Mais nous ignorons encore combien. En parallèle, nous aurons besoin de renforcer nos effectifs.
En juillet 2019, Ursula Nold, 57 ans, est devenue la toute première femme à prendre la présidence de la Fédération des coopératives Migros (FCM). Auparavant, cette Bernoise avait présidé pendant dix ans l’assemblée des délégués de la FCM. Aujourd’hui, elle siège dans différents conseils de fondation et d’administration. Elle est mariée, a quatre enfants adultes et vit à Köniz, près de Berne.
En juillet 2019, Ursula Nold, 57 ans, est devenue la toute première femme à prendre la présidence de la Fédération des coopératives Migros (FCM). Auparavant, cette Bernoise avait présidé pendant dix ans l’assemblée des délégués de la FCM. Aujourd’hui, elle siège dans différents conseils de fondation et d’administration. Elle est mariée, a quatre enfants adultes et vit à Köniz, près de Berne.
Mario Irminger: En effet. Nous souhaitons ouvrir 140 nouvelles filiales et reconquérir des parts de marché. Pour cela, nous avons besoin de plus de personnel.
Ursula Nold: Migros engage en moyenne 10'000 personnes chaque année. D'ici à 2031, 11'000 collaborateurs partiront à la retraite. Nous devons veiller à trouver suffisamment de personnel pour assurer le fonctionnement de Migros.
Que dites-vous à une collaboratrice qui a aujourd'hui peur de perdre son emploi?
Ursula Nold: Que nous assumons notre responsabilité sociale. Nous veillerons à pouvoir proposer le plus rapidement possible un nouvel emploi aux personnes concernées au sein du groupe Migros.
Mario Irminger, 61 ans, dirige depuis mai 2023 la Fédération des coopératives Migros en tant que directeur général. Ce sont notamment les résultats obtenus à la tête de Denner, l’enseigne discount qu’il a dirigée pendant douze ans, qui lui ont ouvert les portes de la direction de Migros. Auparavant, il a travaillé durant 15 ans pour Heineken Switzerland. Il vit sur la rive gauche du lac de Zurich et a un fils adulte.
Mario Irminger, 61 ans, dirige depuis mai 2023 la Fédération des coopératives Migros en tant que directeur général. Ce sont notamment les résultats obtenus à la tête de Denner, l’enseigne discount qu’il a dirigée pendant douze ans, qui lui ont ouvert les portes de la direction de Migros. Auparavant, il a travaillé durant 15 ans pour Heineken Switzerland. Il vit sur la rive gauche du lac de Zurich et a un fils adulte.
Comment avez-vous réussi à convaincre les dix présidents de coopératives d'accepter cette réforme radicale?
Ursula Nold: Ils souhaitaient tous une collaboration plus étroite, car Migros perd des parts de marché depuis 25 ans. Cela pèse également sur les collaborateurs. Il fallait agir.
Vous semblez tous les deux former une équipe bien rodée. Mais nous avons lu sur un portail en ligne qu'Ursula Nold vous aurait contraint à démissionner, Mario Irminger...
Ursula Nold: Est-ce que je t'ai poussé dehors, Mario? Maintenant, tu peux le dire! (rires)
Mario Irminger: Certains médias surpassent même Trudi Gerster (ex-élue du Grand Conseil de Bâle-Ville connue comme conteuse, ndlr) lorsqu'il s'agit de raconter des contes. (rires)
Vous n'avez donc pas évincé Mario Irminger pour devenir la nouvelle grande patronne?
Ursula Nold: Ce sont de folles rumeurs. Il n'y a rien de vrai! Nous avons toujours travaillé dans un climat de confiance et Mario a fait avancer la transformation de Migros. Nous nous entendons très bien.
Mario Irminger, quelle est la véritable raison de votre démission?
Mario Irminger: Je soutiendrai la restructuration de toutes mes forces jusqu'à la votation générale. J'aurai 62 ans, au moment où commencera ce processus de transformation qui s'étendra sur plusieurs années. Je pense que c'est le bon moment de passer le relais à une nouvelle équipe dirigeante.
Les personnes qui votent reçoivent 500 points Cumulus. Une façon d'acheter des voix?
Ursula Nold: (rires) Certainement pas! A la rigueur, ce serait le chocolat distribué lors de chaque votation générale. Pour l'anecdote, c'est ce que nous ont dit les coopératrices et coopérateurs quand on leur a demandé ce qui était le plus important pour eux, lors de la votation générale. Plus sérieusement, nous organiserons le scrutin de manière totalement équitable et intègre.
Au moins 25% de tous les coopérateurs doivent voter pour que le résultat soit valable. Le chocolat et les points Cumulus suffiront-ils à les convaincre?
Ursula Nold: Lors du vote sur l'autorisation de la vente d'alcool, la participation s'élevait à 27%. Les 25% requis sont donc réalistes à mon avis.
Qu’est-ce qui vous rend confiants dans le fait que la base vous suivra également sur le fond?
Ursula Nold: Les coopératrices et les coopérateurs s’identifient à nos valeurs et veulent une Migros forte. Nous sommes un employeur équitable et nous nous engageons en faveur de la société. Pour atteindre ces objectifs, nous devons réussir sur le plan économique. Les bénéfices restent au sein de Migros et ne sont pas distribués sous forme de dividendes. A elle seule, notre contribution culturelle représente environ 140 millions de francs par an.
Mario Irminger: Nous avons de solides arguments en faveur de cette réforme. Aujourd’hui, les coopératrices et les coopérateurs sont membres d’une coopérative régionale. A l’avenir, ils seront associés à l’ensemble de l’univers Migros, y compris à Migros Bank, Galaxus et Medbase. Nous voulons aussi leur permettre de participer davantage à la réussite économique de Migros.
Ursula Nold: Certaines coopératives au sein du groupe Migros ont déjà traversé un processus de fusion, comme Migros Aar. Nous n'avons donc pas peur de la votation générale.
Les dix coopératives doivent approuver la réforme. Que se passe-t-il si une seule région dit non?
Ursula Nold: Alors, nous répéterons le vote dans cette région.
Et si plusieurs régions votent contre?
Ursula Nold: Si six régions disent non, le verdict des coopératrices et des coopérateurs sera clair et nous devrons l'accepter. Mais nous nous réjouissons des votations. C'est une chance immense de pouvoir échanger aussi directement avec les propriétaires. Cette proximité avec les gens permet également d’éviter que le siège ne perde le contact avec la réalité.
Vous avez dit que vous n'aviez pas de plan B en cas de défaite.
Ursula Nold: Si nous en arrivons là, nous réanalyserons la situation de départ. Nous formons une équipe bien rodée et trouverions rapidement des solutions.
Que restera-t-il de l'identité de Migros après la restructuration?
Ursula Nold: Nous resterons une coopérative avec deux objectifs: réussir économiquement et nous engager pour la société. Gottlieb Duttweiler, le fondateur, nous a transmis cette vision. Migros préservera ses valeurs, son aspect régional et son identité coopérative.
Mario Irminger: Il faut aussi le souligner: quelle autre grande entreprise laisse sa base voter sur son avenir? Nous resterons organisés de façon démocratique, avec six régions et 300 membres dans les conseils régionaux. Ceux-ci élisent les délégués, notre sorte de parlement. La contribution culturelle demeurera également ancrée dans les régions.
Mario Irminger, resterez-vous lié à Migros après votre démission?
Mario Irminger: Je resterai à jamais attaché à Migros, tant par l’esprit que par le cœur. Mais une chose est claire: je quitterai mes fonctions en milieu d'année. Des solutions transitoires restent peut-être envisageables, mais aucune n’est suffisamment aboutie à ce stade pour être annoncée.
Où en êtes-vous dans la recherche du successeur de Mario Irminger?
Ursula Nold: Nous cherchons tant à l'interne qu'à l'externe. Nous voulons trouver une décision d'ici début 2027. Il est important que la nouvelle personne puisse diriger Migros au cours des six à huit prochaines années. Il existe au sein de Migros des personnalités compétentes pour cette tâche exigeante.
Une femme est-elle en pole position?
Ursula Nold: C'est la personne la plus qualifiée qui doit assumer cette responsabilité. Il est important qu'elle adhère à nos valeurs, fasse preuve d'intégrité et ait une vision stratégique. Nous avons besoin de quelqu'un capable de faire avancer Migros avec un véritable esprit entrepreneurial, plutôt que de se limiter à l'administrer.
Combien de points Cumulus avez-vous?
Ursula Nold: (Elle consulte l’application Cumulus.) En tout, 4052! J’ai certainement plus de points que Mario, parce que je fais les courses pour une famille nombreuse.
Avez-vous déjà fait secrètement des achats à la Coop?
Mario Irminger: Je fais régulièrement mes achats chez des concurrents, notamment à la Coop. C’est important pour voir comment la concurrence évolue, que ce soit au niveau de l’assortiment ou des caisses. Je suis convaincu que nos collègues font de même chez nous.
A quand remonte la dernière fois où vous avez vous-même été derrière une caisse Migros?
Ursula Nold: Pour des raisons de conformité, je n’ai encore jamais travaillé à une caisse dans un supermarché Migros classique. En revanche, j’ai tenu une caisse dans le bus Migros. L’année dernière, j’ai également passé une journée dans une filiale Migros et une autre dans un magasin Denner, à Lausanne. Il est essentiel pour moi de rester proche des collaborateurs et de leur réalité quotidienne.
Combien de points Cumulus avez-vous?
Ursula Nold: (Elle consulte l’application Cumulus.) En tout, 4052! J’ai certainement plus de points que Mario, parce que je fais les courses pour une famille nombreuse.
Avez-vous déjà fait secrètement des achats à la Coop?
Mario Irminger: Je fais régulièrement mes achats chez des concurrents, notamment à la Coop. C’est important pour voir comment la concurrence évolue, que ce soit au niveau de l’assortiment ou des caisses. Je suis convaincu que nos collègues font de même chez nous.
A quand remonte la dernière fois où vous avez vous-même été derrière une caisse Migros?
Ursula Nold: Pour des raisons de conformité, je n’ai encore jamais travaillé à une caisse dans un supermarché Migros classique. En revanche, j’ai tenu une caisse dans le bus Migros. L’année dernière, j’ai également passé une journée dans une filiale Migros et une autre dans un magasin Denner, à Lausanne. Il est essentiel pour moi de rester proche des collaborateurs et de leur réalité quotidienne.