Mercredi soir, les supporters qui voulaient suivre la demi-finale de la Coupe du monde entre l'Angleterre et l'Argentine lors d'une projection publique ont dû se demander s'il fallait sortir le parapluie ou non. En comparant MétéoSuisse et l'application alémanique Landi Wetter, ils ont découvert des prévisions radicalement différentes.
Alors que Landi Wetter annonçait de violents orages dans la région de Zurich au coup d'envoi, à 21h, MeteoSwiss ne prévoyait à la même heure qu'un seul nuage de pluie au-dessus de la région de Zoug. Pour la région zurichoise, l'application nationale tablait donc sur un temps sec.
Pourquoi les orages restent si difficiles à prévoir?
Comment expliquer de tels écarts entre les prévisions de différents services météorologiques? «A première vue, cela ressemble à une erreur pour beaucoup. Mais les situations comme celle de mercredi soir sont généralement difficiles à évaluer», explique à Blick Jacopo Riboldi, chercheur à l'Institut de l'atmosphère et du climat (IAC) de l'EPF de Zurich.
La directrice de l'IAC, Sonia Seneviratne, souligne que «les prévisions météorologiques en Suisse sont particulièrement complexes en raison de notre topographie». Elle évoque notamment «l'effet papillon»: «De minuscules variations dans l'atmosphère, que l'on peut comparer au battement d'ailes d'un papillon, peuvent avoir des répercussions importantes sur la météo et, par conséquent, sur les prévisions des jours suivants.»
La prévision des orages est particulièrement délicate. Malgré les modèles probabilistes, il reste difficile de déterminer avec précision où ils éclateront. Le comportement des cellules orageuses est complexe et conserve une part d'imprévisibilité.
Prévisions et réalité
Comme le montrent les données d'archives de MétéoSuisse, le temps était finalement calme et légèrement nuageux à Zurich mercredi à 21h. Un faible orage n'a traversé la ville qu'en fin de soirée. Dans ce cas précis, les prévisions de Landi Wetter se sont donc révélées inexactes. Pour autant, elles n'étaient pas totalement erronées, nuance Jacopo Riboldi: «Il y a eu quelques orages dans la soirée, et ils sont passés tout près de Zurich.»
Lorsqu'il compare différentes applications météo, le chercheur recommande de s'intéresser aux sources utilisées par chaque prestataire. Pour des prévisions aussi précises que possible, il conseille de se tourner vers les services météorologiques nationaux comme MétéoSuisse, qui disposent généralement de modèles plus sophistiqués pour effectuer leurs calculs. «Cela ne signifie toutefois pas qu'ils soient nécessairement meilleurs à chaque prévision», souligne-t-il.
Satellites et ballons météorologiques
Des applications comme Apple Météo sont disponibles dans le monde entier grâce à des données globales. Mais cette couverture internationale se fait parfois au détriment de la précision locale. Selon Jacopo Riboldi, les prévisions à grande échelle reposent sur des modèles météorologiques mondiaux, c'est-à-dire de vastes simulations informatiques de l'atmosphère. «On peut se représenter cela comme un grand écran de télévision. On voit beaucoup de choses, mais rien en détail», explique-t-il.
Ces modèles nécessitent une puissance de calcul considérable et sont coûteux à développer, si bien qu'il n'existe que quelques centres de ce type dans le monde. L'un d'eux est le Centre européen pour les prévisions météorologiques à moyen terme (CEPMMT). Celui-ci recueille chaque jour des données provenant notamment de navires, d'avions, de satellites et de ballons météorologiques. «Ces données sont collectées quotidiennement et utilisées pour établir les prévisions», explique le chercheur.
Les prévisions sont ensuite comparées à l'évolution réelle de la météo afin d'identifier les éventuelles erreurs et d'améliorer les modèles. Grâce à ces progrès, les prévisions à sept jours sont aujourd'hui relativement fiables. «Dans les années 80, les prévisions ne pouvaient être établies avec le même degré de certitude que jusqu'à quatre jours à l'avance», rappelle Jacopo Riboldi. Depuis lors, la recherche est parvenue à gagner environ un jour de fiabilité supplémentaire par décennie.
Comparaison des services météorologiques
Les deux experts en météo l'affirment: leur référence reste avant tout MétéoSuisse. Mais quelles sont les autres applications les plus populaires? Et surtout, d'où proviennent leurs données? Blick a comparé pour vous les principaux services météo.
MétéoSuisse
L'application officielle de l’Office fédéral de météorologie et de climatologie se concentre exclusivement sur la Suisse. Elle informe non seulement sur la météo, mais aussi sur les risques d'intempéries, de crues, d'avalanches, de sécheresse ou encore d'incendies de forêt.
Design: simple, épuré et centré sur l'essentiel: des données météo précises et faciles à consulter.
Source des données: MétéoSuisse combine les mesures de son propre réseau d'observation avec des modèles météorologiques internationaux. L'office exploite environ 260 stations météorologiques automatiques réparties à travers le pays.
SRF Météo
En plus des prévisions élaborées par les météorologues de la SRF, l'application propose des caméras en direct dans les Alpes ainsi qu'un radar des précipitations avec des prévisions sur plus de 48 heures.
Design: moderne, clair et agréable à utiliser.
Source des données: les prévisions pour la Suisse, les alertes météo et les projections radar sont produites par SRF Météo. Les données radar proviennent quant à elles de l'Office fédéral de météorologie et de climatologie.
Meteo News
Ce service météorologique privé suisse met à jour plusieurs fois par jour ses prévisions et alertes, spécialement adaptées aux particularités du relief suisse et à sa météo souvent complexe.
Design: dense, très riche en informations et orienté vers les données détaillées.
Source des données: selon l'entreprise, Meteo News s'appuie sur son propre réseau de stations de mesure, ses propres webcams et ses propres modèles météorologiques. De nombreuses données et images proviennent également de partenaires en Suisse et à l'étranger, tandis que d'autres sont fournies par des organismes publics ou internationaux.
Landi Météo
Entièrement tournée vers la Suisse, cette plateforme figure parmi les applications météo les plus populaires côté alémanique, avec plus d'un million de téléchargements. Ses prévisions locales et son radar des précipitations sont généralement considérés comme particulièrement fiables.
Design: sobre, intuitif et facile à comprendre.
Source des données: Landi Météo s'appuie sur les données du service météorologique privé zurichois Meteo News.
Les applications météo des smartphones
Les applications préinstallées sur les téléphones, comme celles d'Apple ou de Google, ne produisent pas elles-mêmes de prévisions météo. Elles agissent plutôt comme des plateformes mondiales qui redistribuent des données météorologiques à des milliards d'appareils dans le monde.
Design: minimaliste, moderne et pensé pour une consultation rapide.
Source des données: ces applications s'appuient principalement sur des modèles météorologiques globaux et sur les données fournies par des services météo internationaux. Contrairement aux acteurs suisses spécialisés, Apple et Google ne disposent pas de leurs propres stations météorologiques en Suisse, ce qui limite leur capacité à refléter avec précision les particularités climatiques régionales du pays.