Notre eau est-elle contaminée à cause de la chaleur?
«Plus la température de l'eau est élevée, plus le risque augmente»

L'Allemagne alerte: en raison de la chaleur, les bactéries se multiplient de manière fulgurante dans les canalisations d'eau. Dans plusieurs communes, l'eau doit être bouillie avant sa consommation. Blick s'est renseigné sur la situation en Suisse.
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La Suisse est actuellement confrontée à une période de sécheresse persistante.
Photo: Ralph Donghi
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Daniel Macher

Les informations en provenance de notre voisin allemand sont inquiétantes. A Buckow, station thermale du Brandebourg, les services sanitaires mettent en garde contre la présence de germes potentiellement dangereux dans l'eau du robinet. Des bactéries coliformes se seraient propagées dans l'ensemble du réseau de distribution d'eau.

Il a été recommandé aux personnes âgées, aux femmes enceintes et aux jeunes enfants de s'abstenir de prendre des douches jusqu'à nouvel ordre. Des cas similaires ont été signalés en Bavière, en Rhénanie-du-Nord-Westphalie et dans le Bade-Wurtemberg; les habitants de ces régions ont été invités à faire bouillir leur eau avant de la consommer.

Des experts allemands attribuent en partie cette situation au changement climatique: la faible profondeur des canalisations et le réchauffement des routes entraînent une hausse considérable de la température de l’eau. Or, les bactéries prolifèrent à des températures avoisinant les 25 à 30 degrés, notamment la légionelle, qui peut être inhalée sous la douche et provoquer une grave pneumonie.

Suisse: les préoccupations sont ailleurs

En Suisse aussi, l’été est exceptionnellement chaud et sec. Les ruisseaux sont asséchés, les nappes phréatiques baissent, certaines communes doivent acheter leur eau. Aucun avis n'a pourtant été émis concernant de telles proliférations de bactéries. Les préoccupations visent principalement la pénurie d’eau et les pics de consommation, et non la contamination des canalisations.

Christos Bräunle, de la Société suisse de l’industrie du gaz et des eaux (SSIGE), confirme à Blick: «A l’heure actuelle, on ne constate aucune augmentation des contaminations dues à la chaleur.» S'il est généralement admis que «plus la température de l'eau est élevée, plus le risque de contamination microbiologique est important», de tels problèmes peuvent survenir tout au long de l'année, même en hiver. Il est «difficile de dire» si les vagues de chaleur entraîneront une augmentation des cas à l'avenir.

Des règles claires concernant la température de l’eau

En Suisse, la réglementation technique est claire: dans le réseau public de distribution extérieure, la température de l’eau ne doit pas dépasser les 20 degrés. Ce seuil s'élève à 25 degrés pour les installations domestiques. Ces valeurs limites visent à empêcher la prolifération incontrôlée de germes, notamment de la bactérie Legionella, dans les canalisations chaudes et peu utilisées.

Le secteur est conscient du problème mais Christos Bräunle affirme que la situation est surveillée «de près». Si nécessaire, les contrôles pourraient être multipliés. Mais pour l'instant, on ne peut en aucun cas parler d’une crise aiguë.

L'OFSP enregistre plus de cas en été, mais pourquoi?

Depuis quelques années, l’Office fédéral de la santé publique (OFSP) enregistre un pic estival marqué pour la légionellose, maladie dont la déclaration est obligatoire. La plupart des cas surviennent en août et en septembre. Simon Ming, porte-parole, explique à Blick: «Les données recueillies montrent une forte saisonnalité depuis des années, avec un nombre de cas plus élevé pendant les mois d’été.»

Toutefois, L’OFSP ne peut déterminer, à partir des données, si les étés particulièrement chauds entraînent une augmentation des cas. Et dans la plupart des cas, la source précise de l’infection ne peut pas non plus être déterminée avec certitude. «Etant donné que la source d'infection ne peut être clairement identifiée dans la plupart des cas signalés de légionellose, il est impossible de déterminer les sources auxquelles ces cas sont principalement imputables.», précise Simon Ming.

La bactérie Legionella peut se trouver dans divers systèmes de distribution d’eau: des installations d’eau chaude aux tours de refroidissement en passant par les centres de bien-être. Faute de traçabilité claire, l'origine de la contamination des personnes infectées demeure inconnue.

Pourquoi la Suisse s’en sort mieux

L'un des atouts majeurs de la Suisse réside dans l'origine de son eau potable: environ 80% provient des nappes phréatiques et des sources, contre seulement 20% des eaux de surface, comme celles des lacs. «En Suisse, nous avons l'avantage de bénéficier d'une eau de très haute qualité, notamment de l'eau de source, qui ne nécessite aucun traitement», explique Bräunle.

Plus important encore, les eaux souterraines et de source suisses sont relativement pauvres en nutriments. «Cela signifie que les germes et les bactéries disposent de très peu de ressources pour se développer et ne peuvent donc pas proliférer de manière incontrôlée, même lorsque les températures sont propices à leur croissance», explique Christos Bräunle. En Allemagne, en revanche, l'eau potable est souvent plus riche en nutriments, ce qui favorise davantage la multiplication des micro-organismes et peut entraîner plus rapidement des problèmes d'hygiène lorsque les températures augmentent.

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